Ca va de soi, puisque les contextes national et international, depuis 2007, année des précédentes législatives, ont remarquablement changé. Durant ce rendez-vous sinistre des anales politiques algériennes, rappelons-le, le taux de participation n'a même pas pu franchir la barre des 36%, un taux , d'ailleurs fortement contesté. Ce qui a fait que la chambre basse du parlement mérite, durant 5 ans entiers, son qualificatif.
L'échiquier politique régional, suite aux "printemps arabe" a, à ne pas en douter, connu des mutations notables, du moins dans les pays qui ont accusé des bouleversements, ce qui mènera ces populations à s'intéresser davantage à la chose politique. "Cela ne serait-il pas le cas de l'Algérie ?" S'interrogent les acteurs de la scène politique nationale. Ou encore : "L'Algérie ne fait-elle pas exception ? ". Même le Premier ministre et Secrétaire général d'un RND qui aspire, c'est légitime, à une bonne part de voix, s'est refusé les commentaires, tant que nous avons toujours navigué à vue.
En effet, l'Algérie ne dispose pas de structures de sondage et d'enquête sociologique, culturels, psychosociaux… qui puissent permettre de voir plus loin que notre nez. L'Algérien s'intéresse-t-il plus ou moins à la chose politique qu'en 2007 ? Difficile d'y répondre. Ce qui est sûr, en revanche, c'est que les formations politiques, petites ou grandes, agrées ou en voie de l'être, se frottent déjà les mains.
Même d'ailleurs celles qui nous ont habitué à la politique de la chaise vide, à l'image du FFS, semblent en voie d'opter pour la participation. Sentent-elles les "réformes" pilotées par le Chef de l'Etat qui sont si encourageantes ? Encore une question à laquelle même un fin politologue ne saurait répondre, puisque ces mêmes formations, à l'exception peut-être du RND et du FLN, ont émis des critiques quant à certaines dispositions contenues dans les lois, objets de réformes.
Une sacrée épreuve pour les islamistes
Certains crieront à une énième manœuvre politicienne pour détourner le vent de la "révolte" qui a soufflé sur la région, d'autres, peut-être plus lucides, parleront d'une déviation des "bonnes intentions" du Président l'invitant, l'implorant, le priant même d' intervenir pour "sauver ses réformes". Mais dans toutes les critiques entendues jusque là, l'on sent des espoirs et des ambitions politiques certaines. L'exemple le plus édifiant est, sans doute, le MSP qui a osé prononcer le divorce d'avec les formations d'Ouyahia et de Belkhadem.
Cette rupture dénote, à elle seule, le nouvel optimisme nourri par l'héritier de Nahnah qui est aussi celui des autres partis d'obédience islamiste. Soltani , qui a longtemps fait partie des cercles de décision, chauffé à blanc par les victoires des islamistes chez les voisins, veut donc ratisser large à l'image d'ailleurs de tous les partis qui portent les mêmes couleurs. L'enjeu des élections, auxquelles sont invités des observateurs internationaux pour les vêtir d'un maximum de transparence, serait probablement à chercher du côté de ce genre de formations.
Pourront-ils mobiliser les électeurs ? Pas de réponse envisageable pour le moment. Mais, ça sera, on le sait, une épreuve décisive pour tous les " Soltani ". Si l'urne se montrera avare à leur égard, le coup leur serait certainement dur, et l'Algérie ferait vraiment cette exception dans la région, et si l'on assiste au contraire, ce sont les rapports de forces, cela va de soi, qui vont changer. L'enjeu est aussi dans le taux participation, mais également dans les penchants de ceux qui y participeront. Il est, en effet, établi que la structure sociopolitique de la population algérienne offre à tous les courants une part de l'électorat. Donc, la bataille serait à ceux qui pourront mobiliser les leurs.
On sait que les islamistes, dans ce contexte, usent de tous les procédés imaginables pour la besogne, ce qui a mené, entre autres, le ministre des Affaires religieuses à interdire d'emblée toute utilisation de la mosquée à des fins électorales. Cela, rappelons-le, se passe à 4 mois du rendez-vous crucial. La question n'est donc pas uniquement de savoir s'il y aura abstention, mais aussi de savoir qui sont ceux qui s'abstiendront. En d'autre termes : qui votera et pour qui votera-t-il ?