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Rébellion de 2002 / Le fils du colonel Dagrou raconte l’assassinat de son père : Ses vérités à Soro

L'Afrique en mouvement - linfodrome.com le Lundi 21 Septembre 2015 à 07:19 | Lu 4549 fois



Dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002, la Côte d’Ivoire a enregistré un coup d’État mué en rébellion. Le colonel Dagrou Loula est une des victimes de cette crise. 13 ans après, son fils Morison, président du Mouvement des orphelins et victimes de guerre en Côte d’Ivoire (Mogeci), raconte les faits, de passage dans nos locaux, le jeudi 17 septembre 2015. Ce qu’il dit de Soro Guillaume.

Comment avez-vous appris la mort de votre père ?

Dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002, j’étais sur le campus, encore étudiant. J’avais un contrat de maintenance en informatique à signer le lendemain au ministère de l’Éducation nationale. Mon père était à Abidjan le 18 matin. Étant en congé, il est retourné au village pour finir ses courses. Il a reçu un coup de fil dans la nuit de ce 18 et il est retourné à Bouaké. On l’a appelé du téléphone fixe de la maison, mais quand il a essayé de rappeler, le téléphone ne passait plus. Du coup, il était inquiet.

Les quelques rares personnes qui réussissaient à l’avoir lui demandaient de rentrer à Bouaké. Mais quand il appelle Bouaké, il n’arrivait pas à joindre les gens. Étant le chef de corps du troisième bataillon, il fallait qu’il y aille pour savoir ce qui se passe. Il est arrivé à Bouaké aux environs de 18h-19, selon la version de mes petits frères et sœurs. Quand il est arrivé, il n’a trouvé aucun élément dans le camp militaire, à part sa famille. Il s’est rendu au bureau, tout était vide, aucun militaire ne circulait dans la cour. Revenu, il a donné l’information à sa femme et demandé qu’ils attendent demain, pour voir. Ils sont donc allés se coucher.

Aux environs de 2h du matin, ils entendent de coups de feu. Les gens sont rentrés dans la maison et demander que mon père sorte de sa chambre. Sa porte étant hermétiquement blindée, ils n’arrivaient pas à l’ouvrir. Puisqu’il ne sortait pas, ils ont pris les filles qui étaient dans la chambre d’à côté en otage. Il s’est donc rendu. Ils ont négocié avec lui de 3h du matin jusqu’à 11h. Moi, n’ayant pas su qu’il s’est passé des choses dans la nuit, épuisé par la conception de logiciel, le matin j’ai sauté dans le premier taxi qui m’a déposé juste au camp Galliéni. Parce qu’on disait qu’il n’y avait pas d’accès du quartier Dallas à Adjamé, jusqu’au Plateau. J’étais maintenu là. Mais comme je devais signer un contrat, je voulais forcément arriver au ministère de l’Enseignement.

Je suis donc passé du côté du camp Galliéni. Ce jour-là, j’ai trouvé Ibrahim Coulibaly (I.B), paix à son âme, que je connaissais pratiquement depuis 15 à 20 ans pour avoir fait Akouédo, Sapeurs pompiers et Daloa avec lui. Il m’a dit qu’est-ce que tu fais ici, tu ferais mieux de rentrer à la maison. Je lui demande ce qui se passe, et lui me demande si je n’ai pas appris la nouvelle. Il a insisté que je rentre et a sorti un véhicule pour que je retourne sur le campus. Je lui ai dis non, parce les gens que je voyais étaient à moitié treillis et moitié civil. Certains même étaient sans chaussures. On était au 19 matin, et je n’avais pas encore appris le décès de mon père.

Au environ de 8h-9h, j’étais dans un taxi en partance chez une amie, à Angré, parce que dans les cités universitaires, quand il y a ce genre d’évènement, l’atmosphère se surchauffe. C’est à l’entrée de la cour de cette amie, vers 9H15, que Rfi annonce la mort de mon père. J’ai perdu connaissance… Quand mes petits frères sont arrivés, ils ont dit que le vieux avait abattu aux environs de 11h. (…) C’était dur. Il y a une de mes petites sœurs qui était venue totalement malade. Elle n’arrivait plus à parler, elle avait les yeux grand écarquillés. Elle a été internée à Bingerville pendant 6 à 7 mois. Dieu merci, aujourd’hui, elle s’est retrouvée. C’était dur pour nous…

La justice pénale a t-elle sa raison d’être dans un processus de restauration, de paix et de réconciliation ?

Exactement ! Mais comme je le disais, je m’inspire du modèle de certains pays, surtout l’Afrique du Sud. On juge ou on les laisse tomber. Quand on engage des poursuites judiciaires contre des individus qui ont commis des actes, je crois que cela doit être répertorié sur tous les bourreaux, sans exception. J’arrive, je viens retrouver des gens qui sont à la justice pour avoir tué le général Robert Guéi. C’est légal. Dans tout pays, ça se fait. Quand vous commettez un acte qui va à l’encontre de la loi pénale, on vous poursuit. Malheureusement, le général Guéi est décédé le 19 septembre, mon père aussi est décédé le 19 septembre. Ou sont nos bourreaux ? Ils sont où ?

Avez-vous porté plainte ?

Oui ! On a porté plainte comme tout le monde, depuis lors où nous avons créé notre fédération des associations des victimes de guerre. Mais attendez, on vient aujourd’hui juger des personnes qui ont tué Robert Guéi. On est tous censés savoir dans ce pays que le colonel Dagrou Loula est décédé à Bouaké. Et à Bouaké, nous savons qu’en son temps qui était le secrétaire national des Forces nouvelles, qui est le premier responsable de ces personnes qui ont tué mon père.

Ce sont ceux-là qui gèrent le pays aujourd’hui et qui jugent ceux qui ont tué le général Guéi, sans juger les gens qui ont tué le colonel Dagrou Loula. Raison pour laquelle je dis qu’il faut s’inspirer de l’exemple des autres pays : ou on juge, ou on laisse tomber. Quand c’est une amnistie, c’est général. Mais quand vous finissez de juger les assassins du général Guéi, moi le fils de Dali Yoblé, du colonel Dagrou Loula, du colonel Esmel, quelle idée voulez-vous que j’ai ? Vous relâchez tout le monde ou vous jugez tout le monde !

Vous voulez dire que la justice qui a cours en ce moment est partiale ?

C’est le constat que je fais, dites moi le contraire. Je prends deux exemples. Le général Guéi était pour moi comme un grand-père. Son fils Franck et moi, nous étions très amis. Je ne peux pas être contre le fait que l’on juge les assassins de son père. Bien au contraire, je suis bien d’accord. En retour, qu’on juge aussi les gens qui ont tué mon père…

Soro Guillaume a écrit sur tweeter que « un certain 19 septembre, des Ivoiriens se sont levés au prix de leur vie pour dire non à cette autre bêtise humaine ». Quelle réaction face à cet éloge ?

C’est un éloge pour lui. Le 19 septembre, ce ne sont pas ses hommes qu’il a perdus. Loin de nous la politique, mais si monsieur Soro se souvient bien, après le 19 septembre, nous nous sommes vus. J’ai été fait des dons pour des enfants à Bouaké, à Katiola. Parce que l’individu qui prend un arme et que nous appelons, dans le nord rebelle et dans le sud loyaliste, quand il est abattu, son enfant n’a rien à voir avec. Malheureusement ! Comme, je suis président des orphelins de guerre, quand un homme prend les armes au nord, qu’on appelle rebelle, est abattu, sa famille devient victime de guerre.

Lui Soro, à la tête des Forces nouvelles, qu’a-t-il fait pour ses enfants ? Fallait encore moi qui était au sud pour aller apporter de l’aide à ses enfants. Il est tout à fait normal qu’il soit fier de sa bataille qui paie aujourd’hui, mais je voulais lui dire qu’il se souvienne des enfants de ces personnes-là. Parmi ceux qui ont aidé Soro à être chef ou secrétaire des Forces nouvelles, on a des hommes qui sont décédés. Ceux-là, leurs enfants sont encore là, de Korhogo à Bouaké.

Dans cette crise, beaucoup des acteurs sont sortis très riches alors que les victimes sont pauvres. Au regard de l’exemple rwandais que vous citez, que demanderiez vous que les bourreaux fassent pour les victimes ?

Ce qu’on leur demande, c’est que tout cet argent qu’ils ont amassé par le sang de nos parents versé, qu’ils le ramènent pour que nous ayons le minimum de conditions de vies. J’irai à Bouaké, à Korhogo, croiser mes victimes qui sont encore là…

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Lundi 21 Septembre 2015
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