La journée du 15 août 1960 débute par un office religieux. L'abbé Fulbert Youlou accompagné du ministre André Malraux, participe en la basilique Sainte-Anne de Brazzaville à la messe de 8 heures célébrée par Mgr Michel Bernard, l'archevêque du Congo.
La cérémonie officielle se déroule ensuite au centre-ville de Brazzaville où tous les officiels congolais ainsi qu'une foule nombreuse sont massés.
La première allocution est prononcée par l'envoyé du général De gaulle qui, dans une envolée lyrique stylée, déclare: «Cette nuit a retenti la salve solennelle qui salue l'indépendance des peuples et qui retentira dans la mémoire de vos enfants, comme celles qui saluaient jadis la naissance des rois...» Puis André Malraux de poursuivre: «La France vous lègue des organisations économiques, administratives et financières… Celles-ci furent au service de l’État français, parfois assez noblement. Les voici au service de la République du Congo : ce n’est pas un transfert d’attributions, c’est un transfert de destin…»
C'est ensuite au président Fulbert Youlou, sous un tonnerre d'applaudissements de lancer à la foule:«Cette indépendance de la République du Congo, mes chers concitoyens, je la proclame solennellement et universellement». (extrait du discours).
La cérémonie est ensuite agrémentée par un défilé militaire de l'armée de la Communauté.
Un peu plus tôt dans la matinée, l'Assemblée nationale, sous la direction de son président, Alphonse Massamba-Débat, se réunit en session extraordinaire. Après lecture du message du général de Gaulle, puis un discours du premier président de la République, l'Assemblée ratifie, par un vote unanime, les nouveaux accords que viennent de signer le chef de l'État Fulbert Youlou et Jean Foyer, le représentant du gouvernement français.
Mais cette journée du 15 août 1960 est loin d'être terminée.
Le cortège officiel se rend au square De Gaulle, où un buste a été dressé en 1959, en hommage au héros de la France Libre.
Le président de la République, accompagné d' André Malraux, suivi de la délégation française, de Joseph Kasa-Vubu, président de la République congolaise d'outre-Pool, qui a franchi le fleuve pour l'occasion, salue «le tout-Brazza» enthousiaste.
Place de la Mairie, c'est André Malraux qui reprend la parole pour vanter le courage extraordinaire du général De Gaulle...
Réponse du président Fulbert Youlou qui n'hésite pas à glorifier l'homme de Brazzaville: «Lorsque, voici vingt ans, le 28 août 1940, le Congo, à l'appel d'une voix lointaine venue de Londres alors en pleine tourmente, décidait de se rallier à la France-Libre, une ferveur unanime a uni tous les habitants de ce pays, Européens et Africains, pour le combat en faveur de la liberté du monde. Alors, Brazzaville, modeste chef-lieu de l'Afrique équatoriale française, voyait peu à peu son nom prendre un lustre nouveau en tant que capitale de la France libre et combattante».
Il est maintenant près de 20 heures...La fête bat déjà son plein dans les quartiers de la capitale.
Pour la délégation française et les officiels congolais,la journée se termine par une grande réception dans les jardins du palais du haut commissaire général, devenu depuis cette nuit, la résidence du président de la République du Congo.
Ce jour même, le gouvernement congolais envoie un télégramme au secrétariat général des Nations unies pour son adhésion et la reconnaissance internationale de sa souveraineté.