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Ouattara : Le spectre du facisme

le Jeudi 9 Février 2012 à 06:40 | Lu 1104 fois



Ouattara : Le spectre du facisme
Lors des événements de Novembre 2004, qui placèrent la Côte d’Ivoire au centre de l’actualité internationale pour quelques jours, la Wochenzeitung, hebdomadaire de gauche suisse allemand, avait publiée un article intitulé «Gbagbo, le fasciste des Tropiques.»

Le ou la journaliste s’y évertuait à démontrer que le Président de la République d’alors avait voulu de l’Opération Dignité pour bouter les Français définitivement hors de Côte d’Ivoire. On reprochait à Laurent Gbagbo, entre autres, son ‘ultra-nationalisme’ ; on faisait de lui l’inventeur de l’ivoirité, dont il était clair pour beaucoup d’observateurs européens qu’elle était l’idéologie qui mènerait au prochain génocide africain, comme le Hutu Power avait mené à l’inimaginable au Rwanda en 1994.

Et c’était là l’impardonnable acte de ‘fascisme’ commis par Laurent Gbagbo. Outre le mensonge que constitue cette affirmation (Bédié, grand frère attitré de l’actuel Président, est le parrain de l’ivoirité politique), la bien-pensance de gauche européenne commettait une erreur d’analyse classique en utilisant ses propres grilles d’analyse pour lire des situations politiques qui lui sont étrangères.

Qu’est-ce à dire ? Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Europe s’est méfiée des nationalismes qu’elle tient pour responsables du plus grand conflit de tous les temps. Fautil le rappeler, la Seconde Guerre mondiale marque le véritable début du déclin de l’Europe dans l’ordre international, alors qu’elle avait pris les devants de la scène mondiale cinq siècles auparavant. C’est en effet la volonté d’hégémonie de l’Allemagne, mise en branle par le nazisme, qui a entraîné ce conflit, de loin le plus meurtrier de l’Histoire. Le nazisme, basé sur l’idée de la supériorité de la « race aryenne » sur le reste du monde, s’était inspirée en grande partie du fascisme, lui-même invention de l’italien Benito Mussolini(1883-1945).

Le fascisme était avant tout un nationalisme virulent, qui avait pour ennemis la démocratie libérale et son corollaire, le parlementarisme. Avant et après son arrivée au pouvoir à Rome en octobre 1922, le mouvement fasciste avait fait de l’utilisation de la violence sur la voie publique sa marque de fabrique. Cette violence servait à intimider ses adversaires politiques.


Les Chemises noires, milices au service du Parti national fasciste italien (PNFI) de Mussolini étaient préposées à cette tâche. Ces groupements de miliciens étaient dirigés par des chefs de bande dont le contrôle échappait parfois à Mussolini lui-même. Dans ces années après la Première Guerre mondiale, l’adversaire principal du fascisme – certains diront son concurrent principal - était le mouvement ouvrier, qui venait de triompher en Russie avec la Révolution d’Octobre 1917 menée par Vladimir Oulianov Lénine. En Italie, les réunions politiques des socialistes et des communistes, émanations politiques du mouvement ouvrier, étaient régulièrement interrompues par les Chemises noires, qui, à l’aide de gourdins et d’huile de ricin, se chargeaient de disperser les manifestations au vu et au su d’une police complice et complaisante.

Il n’était pas rare à ces occasions qu’il y ait mort d’homme. Après leur prise du pouvoir, les Fascistes tentèrent de maintenir un semblant de démocratie. L’intolérance croissante devant les agissements des autres partis finit par éclater au grand jour avec l’assassinat en 1924 du député socialiste Giacomo Matteoti, au lendemain d’élections législatives remportées par le PNFI à l’aide de ce qu’on a appelé les combinazzioni, en d’autres termes la fraude. Mussolini assuma alors publiquement cet acte odieux et en profita pour instaurer le parti unique. Il devint alors le Duce (le guide.) La dictature totalitaire était née en Italie.

Nous sommes habitués en Afrique aux exagérations de la presse occidentale prisonnière du story-telling et de ses grilles de lecture éculées. Elle n’hésite pas à parler, quand il s’agit de caractériser les situations politiques africaines, de ‘dictatures’, de ‘fascismes’. Nous sommes moins habitués à l’analyse rigoureuse des faits tels qu’ils se présentent effectivement. Au vu des pratiques de ceux mêmes qui mirent ce système politique au point il y a de cela presque cent ans en Italie (puis en Allemagne), ne serait-on pas fondé à parler de ‘fascisme’ de la part du régime Ouattara en Côte d’Ivoire pour décrire les séquences meurtrières de Vavoua et de Sikensi de décembre dernier, étant donné que celles-ci s’inscrivent dans un cycle de représailles qui ont pour boussole une dangereuse soif de vengeance et une volonté d’anéantir l’adversaire politique?

Serait-ce vraiment une extrapolation de qualifier de ‘fasciste’ le brutal assaut donné contre le meeting de rentrée du FPI le 21 janvier dernier à Yopougon, quand bien même les forces de l’ordre, en plein accord avec les jeunes au service du parti au pouvoir, participaient pleinement de la répression du simple droit de se réunir en un lieu publique ? Il ne suffit pas que quelques aspects de la question nous rappellent des pratiques politiques venues d’ailleurs pour simplement donner dans l’insulte et dans l’opprobre. Ce serait reproduire le geste de la Wochenzeitung dénoncé à l’ouverture de ce billet.

En effet, le nationalisme de Laurent Gbagbo ne suffit pas pour l’accuser d’être des héritiers politiques de Mussolini. Mais ce que nous ne gagnerions certainement pas c’est l’attention des Hillary Clinton et autres Alain Juppé, car ils feraient alors l’argument qu’il est trop facile de la part de l’opposition politique en Côte d’Ivoire de placer les régimes Gbagbo et Ouattara sur le même pied d’égalité.

Mohammed Tourama
Nouveau Courrier

Jeudi 9 Février 2012
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