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Naturalisation ivoirienne de Blaise Compaoré, la réalité d’une cabale du pouvoir ivoirien

L'Afrique en mouvement - Afrik53.com : Infos 7J/7 le Samedi 27 Février 2016 à 11:51 | Lu 1037 fois



L’obtention de la nationalité ivoirienne par l’ex-Président Burkinabé, Blaise Compaoré, est l’objet de supputations depuis que le public a eu connaissance du décret signé par Alassane Dramane Ouattara. Si la loi donne droit à Blaise Compaoré, marié à une ivoirienne d’obtenir la nationalité, les conditions de cette naturalisation, et de surcroît celle obtenue par son frère François laissent pour le moins perplexe.

Blaise Compaoré, le personnage sulfureux à la fois et très controversé.

Pour ceux qui suivent l’histoire de la politique africaine, il n’est pas difficile de comprendre que Blaise Compaoré fut le bras armé de la politique néocoloniale de la France. Il s’agit de ce qui est communément appelée « la Françafrique ». Il fut médiateur dans les crises togolaise, ivoirienne, guinéenne et malienne… On se souviendra également du rôle qu’il a joué dans les crises libérienne et Sierra leonaise.

Blaise Compaoré est surtout soupçonné d’avoir commis de nombreux crimes - pendant les vingt-sept (27) années de dictature qu’il a exercées à la tête de son pays -, au nombre desquels celui du journaliste Norbert Zongo et du Président Thomas Sankara. Chassé du pouvoir par la rue, cet homme aurait dû être remis entre les mains de la justice burkinabé pour qu’il réponde de tout ce dont il est soupçonné. Mais il a profité des largesses du pouvoir français, qui l’a exfiltré pour le mettre à l’abri en Côte d’Ivoire. Prime à l’impunité pour service rendu ? En tout cas, l’empressement des autorités françaises à voler au secours du dictateur Blaise Compaoré, « pompier pyromane » en Afrique de l’Ouest, est troublant.

Plusieurs éléments probants accablent également l’ex-Président du Burkina d’avoir mis son pays à la disposition de l’ex-rébellion, comme base arrière, pour faire chuter Laurent Gbagbo du pouvoir. Aujourd’hui, le lancement de mandats d’arrêts internationaux qui visent Blaise Comporé et Guillaume Soro empoisonne les relations entre la Côte d’Ivoire et son voisin, le Burkina Faso. Au-delà de la naturalisation de Blaise Compaoré et de son frère François ; c’est la question de l’impunité qui se pose ; c’est la question de la démocratie ; c’est la question de la liberté et de la justice dans son ensemble et c’est la question de la tenue du pouvoir de Ouattara qui reviennent en surface.

Laurent Gbagbo et Blé Goudé à La Cour pénale internationale, une déculottée qui tourne en procès de Nuremberg.
Parce que défait dans les urnes, Alassane Dramane Ouattara a été installé au pouvoir par son ami Nicolas Sarkozy, qui a utilisé personnellement les moyens de l’armée française pour chasser militairement Laurent Gbagbo du pouvoir. Dès lors, la défaite démocratique de Ouattara se transforme en une victoire militaire.

Cette victoire militaire qui implique par ailleurs fortement l’ex-Président Burkinabé, Blaise Compaoré devient l’objet d’une justice des vainqueurs. Cela pose une grande question sur le processus démocratique en Afrique. On pourrait alors s’interroger si l’Hexagone qui met la démocratie en avant sur le manteau des « ingérences humanitaires » est réellement pour l’exercice démocratique en Afrique. Cette question en appelle une autre : Les autorités françaises successives se tiennent-elles suffisamment à l’écart pour que les élections s’organisent sur ce continent, sans interférences qui affectent les résultats des urnes ? Plusieurs indices font pencher vers une réponse négative. On peut citer, pour illustrer notre propos les exemples du Gabon, de la Côte d’Ivoire et du Tchad …

Les cas du Bénin et du Congo qui se profilent à l’horizon, font partie d’une succession de scènes de la tragi-comédie que le pays des droits de l’homme, la France cautionne. Souvent et finalement de façon hypocrite, on entend : « on est liés à l’Afrique ; on veut aider les Africains ; c’est aux Africains de choisir ce qui convient pour eux … » En réalité, tous ces propos font partie d’un répertoire de formules convenues et conformistes que les élites françaises utilisent à l’envie pour nourrir une communication qui trompe l’opinion publique. Sinon, comment expliquer que plus de cinquante ans après les indépendances pour la plupart des pays d’Afrique, cette partie du monde qui, sur ces 30 353 212 Km2 comptait en 2015, plus d’un milliard (1 154 721 274) d’habitants, connaît un tel état de pauvreté ?

L’Afrique est un continent riche. Mais pourquoi les jeunes africains quittent-ils ce continent pour partir en Europe ? C’est là une question fondamentale qui, si son diagnostic est connu et largement discuté – surtout en ces moments de grandes migrations porteuses de drames –, les différents acteurs refusent d’approcher la problématique de front pour trouver des solutions viables.

Laurent Gbagbo disait : « Quand ils vont finir avec moi, ils viendront chez vous ». Ceux qui voulaient prendre des positions importantes dans la sous-région ouest-africaines et/ou qui se croyaient à l’abri, ont fermé les yeux quand ils n’ont pas simplement aidé à la chute de Laurent Gbagbo - indocile pour l’ancienne puissance tutélaire -, au lieu de lui apporter de la solidarité. Tout laisse aujourd’hui à penser que Laurent Gbagbo est à La Haye pour servir d’exemple. Pour dire aux chefs d’Etat africains : « voilà ce qui arrivera à tous ceux qui oseront revendiquer la souveraineté ; la liberté et la dignité de l’Afrique.

Le parti socialiste français, pour des intérêts financiers a laissé tomber le camarade Laurent Gbagbo de l’International socialiste. Pis, le PS a même exclu le parti de Laurent Gbagbo, le Front populaire ivoirien, de l’international socialiste. Il faut dire qu’au « forum économique (qui s’est tenu le) mercredi 4 décembre 2013, au ministère français des Finances, en guise de prologue au sommet de l'Elysée pour la paix et la sécurité en Afrique, les Français Hubert Vedrine et Jean-Michel Severino, le Béninois Lionel Zinsou, le Tunisien Hakim El Karoui et l’Ivoirien Tidjane Thiam ont rédigé 15 propositions pour favoriser la dynamique économique entre la France et l’Afrique… ». Le rapport Védrine – du nom de l’ancien ministre des Affaires étrangères - sur les stratégies de reconquête de l'Afrique par la France avait été remis à François Hollande.

Processus démocratique entravé : Guerre économique en Afrique souvent par la création et le soutien à des rébellions.
Les Africains souvent naïvement s’écrient : « Ah ! Mais les Blancs ne veulent pas nous laisser nous développer … » Cette naïveté parfois méthodique doit interpeller les élites africaines. Car n’est-il pas normal de sauvegarder des intérêts ? Rappelons que plus loin de nous, des leaders africains comme l'Almamy Samory Touré – grand père de Sékou Touré, premier Président de la Guinée actuelle – et le roi Béhanzin du Dahomey (actuel Bénin) … se sont opposés à la pénétration des troupes françaises sur des terres africaines.

Près de nous, Ruben Um Nyobé ; Kwame Nkrumh ; Patrice Eméry Lumumba ; Amilcar Cabral ; Barthélémy Boganda et Thomas Sankara … ont mené le combat contre le néocolonialisme. Ils ont été liquidés d’une manière ou d’une autre. Le Président Laurent Gbagbo qui demande un « partenariat gagnant-gagnant » est vu par le système impérialiste comme un danger contre les intérêts de ceux qui veulent continuer de piller l’Afrique sans contrepartie.

En réalité, Laurent Gbagbo n’est pas pour l’affrontement. Il avait aussi de bonnes raisons de penser qu’une nouvelle mentalité pouvait naître au sein de l’élite française du fait du changement de générations ; celle montante pouvant être plus encline à comprendre que le monde a changé. Nous constatons cependant que la logique coloniale reste ancrée dans l’inconscient des héritiers du système impérialiste. Il faut tout de même retenir que l’esprit de résistance qui remonte à très longtemps, eu égard aux rappels faits ci-dessus, n’est pas pour s’estomper quoiqu’on veuille faire disparaître les porteurs du moment.

A côté de ou face à toutes ces guerres d’influences voilées ou déclarées, il y a une constante. Les jeunes générations africaines deviennent de plus en plus politisées. Ces jeunes veulent vivre librement et voir leurs pays se développer, pour vivre aussi le bonheur de la vie. Ce n’est donc pas d’une défiance vis-à-vis des impérialistes dont il s’agit. C’est au minimum une question de survie et de dignité. Il faut dire que sous les déboires de l’Afrique, deux écoles se font face. La première est une classe minoritaire d’élites - retournées avec des avantages plus ou moins directs - qui se bat pour la perpétuation de l’ordre ancien. L’autre classe est constituée de la majorité d’Africains, précaire et paupérisée, qui mène une lutte souvent inégale pour l’avènement de conditions de vie meilleures et dignes.

La nécessité d’aller vers de grands ensembles pour réussir la lutte.

Au moins depuis la conférence de Berlin de 1885, la violence livrée par la balkanisation de l’Afrique a porté un coup à la solidarité entre Africains. Pour « diviser » et fragiliser afin de mieux régner, le système impérialiste a cultivé des égoïsmes entre les pays atomisés pour que chacun ne fasse pas attention à ce qui se passe ou arrive chez le voisin. Nous le voyons aujourd’hui, dans différents pays africains, quand s’organisent des élections qui n’obéissent pas à des standards démocratiques, les autres Africains qui ne sont pas du pays, théâtre des opérations, ne se sentent pas concernés.

L’ancienne puissance coloniale, toujours par un « jeu du troisième homme », arrive à imposer celui qui peut préserver ses intérêts au détriment de ceux des populations locales. Après de nombreuses années d’observations et d’échecs ; après avoir été l’objet actif ou passif de duperies remaniées en permanence, il serait opportun, à l’image de grands pays qui constituent des blocs pour se protéger, que les élites africaines se réveillent pour prendre leurs responsabilités.

Au XXIè siècle, il est inconcevable que les Africains soient bâillonnés sous la pression des bases militaires et des ingérences intempestives. Nous avons vu que pour fragiliser la cible – accuser son chien de rage pour le tuer –, des médias sont utilisés pour intoxiquer, diaboliser au lieu de relater les faits. Le système impérialiste a ainsi réussi à transformer Laurent Gbagbo en dictateur, à le diaboliser pour le lyncher médiatiquement en vue de préparer l’opinion à sa descente aux enfers. Mais comme dans le cas de l’Afrique du Sud sous l’Apartheid, il existe des journalistes d’investigation pour faire preuve d’indépendance pour réveiller l’opinion. Ainsi, les faits nombreux pour résister à la manipulation contre Laurent Gbagbo, vont rattraper ceux qui se refusent à comprendre que l’Afrique connaît aussi des mutations dans ce monde changeant et cela doit être pris en compte.

Que doivent alors faire les élites ?

Laurent Gbagbo a compris très tôt que le monde est un espace où des lignes bougent. Même si la cupidité et l’esprit véreux de certaines élites ont entaché ses actes de rassemblement s’ils ne les ont pas réduits à des aventures intéressées, il reste que tous ceux qui ont l’amour de leur pays commun doivent agir en responsables. Ainsi, dans ce processus de lutte, la Diaspora, puisqu’elle se trouve près des lieux de décision, doit amplifier son rôle. La Diaspora n’a cessé de jouer – notamment dans le cas de la Côte d’Ivoire –, un rôle important en transposant la lutte en Occident parce que les chances d’avoir droit à manifester au pays était quasi-nulle. Mais ce que l’on doit surtout retenir, c’est qu’en face du système impérialiste, il faut opposer un système structuré de libération.

Dans le souci de l’érection d’un nouveau paradigme, pour construire un partenariat « gagnant-gagnant » deux voies peuvent donc être ouvertes : La première serait douce ; elle consisterait à susciter des discussions avec les autorités françaises. Il nous faut pour cela se munir d’un pouvoir, à l’occasion des élections à venir. Le potentiel électoral de la Diaspora africaine et de leurs amis peut jouer pour signer des contreparties avec des candidats. En veillant à canaliser des auteurs de perturbations saisonnières, il faudrait que des élites de la Diaspora, originaires des différents pays africains prennent les choses en main pour mettre au cœur de la campagne présidentielle de 2017, la question de la Liberté, des migrations, de la démocratie et du développement des pays africains.

Pour la deuxième voie, il faut au départ préciser que personne ne peut demander qu’il y ait absolument de la violence. Malheureusement, des violences peuvent naître si devant l’injustice, devant les frustrations qui s’empilent sans relâche, ceux qui sont à l’origine des prédations, s’évertuent à faire du dilatoire pour gagner du temps. Le sentiment anti-français monte malheureusement en Afrique parce que les politiques africaines de la France se ressemblent malgré les incantations des autorités successives. Si la première voie ne peut pas raison gardée résoudre la question du besoin de liberté, de la démocratie et du développement de l’Afrique, les Africains unis n’auront pas d’autres choix que de mener le combat d’une rupture brutale.

Cette réflexion invite donc tous les acteurs politiques africains et occidentaux à revisiter leur praxis politique. Sur la question du rassemblement, nous constatons par ailleurs que du fait d’une frustration des jeunes de ne pas être impliquer dans les appareils politiques africains, de micro partis se créent souvent par défiance. Or généralement, le nombre des militants et sympathisants de ces partis se réduit à des petits chefs entourés de quelques courtisans, sans avoir une réelle prise sur les paysages politiques locaux.

Aux aînés de penser à revoir leur façon de pratiquer la chose politique. Car bien souvent, de part leurs positions, de petits noyaux s’emploient à prendre des décisions, et avec une certaine suffisance parfois, ne tiennent pas compte des suggestions de préventions, de prévisions ou de prospectives. Pourtant, quand les résultats et conséquences de leurs approches sont mauvais, ils s’empressent à demander de la solidarité devant des actes que quelques individus ont pris, parfois sur de très longues années.

De ce qui précède, il faut retenir que la Diaspora de tous les pays africains et alliés doit se mettre ensemble pour arracher des contreparties favorables au continent africain. A défaut, elle perdra son avenir et compromettra à jamais celui de sa descendance. Car dans de nombreux cas en Occident, les enfants même diplômés ne réussissent pas toujours à avoir un emploi à la mesure de leurs formations ; si en plus de cela leurs parents ne peuvent rien obtenir pour leurs pays d’origine, ce sera tout simplement dramatique.

Au total, on peut retenir que la naturalisation précipitée de Blaise Compaoré participe de la volonté d’Alassane Dramane Ouattara de le soustraire à la justice burkinabé. Alassane Dramane Ouattara, par le bras de Guillaume Soro a tenté de déstabiliser les autorités de la transition pour prendre le contrôle du Burkina. Ceci pour pérenniser un pouvoir qu’il a eu dans un bain de sang. Ces deux bras armés (Ouattara et Compaoré) de la Françafrique sont aux abois. Le combat juste consiste donc de se rassembler pour mettre entre autres, Alassane Dramane Ouattara et son hôte, nouvel Ivoirien, hors d’état de nuire. Les faits de l’histoire sauront nous y aider peu que nous nous organisons mieux.

Claude Koudou

Président de l’ONG CPDA (Convergences pour la Paix et le Développement de l’Afrique) ;
DEA Sciences physiques du Centre scientifique d’Orsay ;
Doctorat ès Sciences de l’Université Pierre et Marie Curie (Paris VI Jussieu) ;
Enseignant-Ecrivain ; Directeur de la Collection « Afrique Liberté » chez les Editions L’Harmattan.

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Samedi 27 Février 2016
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