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Libéré après deux mois de détention: Le ministre Dano Djédjé raconte La Pergola

le Dimanche 10 Juillet 2011 à 10:31 | Lu 681 fois



Libéré après deux mois de détention: Le ministre Dano Djédjé raconte La Pergola
Notre Voie-10/7/2011

Le professeur Sébastien Dano Djédjé, ancien ministre en charge de la Réconciliation nationale de l’avant-dernier gouvernement du président Gbagbo, a passé près de 2 mois à l’hôtel La Nouvelle Pergola à Abidjan, en compagnie de nombreuses autres personnalités du régime renversé le 11 avril 2011. Il a recouvré la liberté le 18 juin, tout comme 17 autres personnes retenues en résidence surveillée. Dans l’interview qui suit, l’homme raconte les conditions de détention des proches de Laurent Gbagbo dans cet hôtel et décline ses espoirs pour la réconciliation des Ivoiriens.

Notre Voie : Monsieur le Ministre, depuis le samedi 18 juin, certains disent que vous êtes libérés, d’autres disent que vous êtes sortis de la Pergola. Bref, vous êtes dehors après deux mois de captivités. Comment vous sentez-vous ?

Sébastien Dano Djédjé : Je me sens bien. Dans tous les cas, je suis heureux que nous soyons dehors, parmi vous. En même temps, je suis triste que certains de nos camarades soient restés là-bas. J’aurais souhaité que nous sortions tous, aussi bien ceux qui sont à la Pergola, à Bouna, Korhogo qu’à Katiola et à Odienné. Mais les autorités n’ont voulu faire sortir que les 17 que nous sommes. Ce qui représente en soi un geste louable qui va dans le sens de la réconciliation nationale et qu’il faut saluer à sa juste valeur. J’adresse mes sincères remerciements et ma profonde gratitude aux nouvelles autorités pour la promptitude avec laquelle elles ont bien voulu accepter de nous sécuriser et de nous prendre en charge dans cet établissement hôtelier même si les informations qui nous parviennent dans ces derniers jours ne nous rassurent pas beaucoup.
De toute façon, j’ai foi en la sagesse des hommes et j’espère que la sagesse nous habitera tous pour œuvrer ensemble dans le sens de l’amélioration de la situation sociopolitique en côte d’Ivoire.

NV : Comment êtes-vous arrivés à la Pergola ?

SDD : Pour la plupart d’entre nous, nous y sommes allés après négociation et non par contrainte. C’est notre camarade, frère et ami, l’Ambassadeur Alcide Djédjé qui a négocié avec l’ONUCI pour assurer notre sécurité compte tenue de la situation d’insécurité généralisée qui sévissait dans les quartiers où chacun était physiquement menacé dans sa cachette après avoir presque tout perdu. L’ONUCI, n’ayant pas les commodités requises, a pris attache avec le nouveau gouvernement qui a bien voulu nous mettre dans cet hôtel. Nous y sommes allés chacun à son rythme, soit par nos propres moyens soit sous escorte. Moi-même, je suis arrivé à la Pergola avec ma famille le 22 Avril 2011 à 11h. Après avoir passé quinze jours dans la clandestinité. Nous étions au total au nombre de 23 personnes. Par la suite des personnes appréhendées à la résidence du Président Gbagbo et retenues au Golf Hôtel ont été transférées à la Pergola. Elles étaient au nombre de 15 personnes. A tout cela, il faut ajouter les personnalités interpellées soit sur leur lieu de travail, soit ailleurs et qui étaient au nombre de 09. Mais la totalité des personnalités interpellées sur leur lieu de travail ont été toutes libérées.

NV : Mais vous les quinze, comment votre libération est-elle intervenue ?

SDD : C’est à la suite d’une rencontre avec le ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur que nous avons été informés qu’un certain nombre de pensionnaires dont moi-même, étaient autorisés à regagner leurs domiciles. Aux noms des 17 bénéficiaires de cette mesure, je voudrais renouveler mes remerciements et ma gratitude au président de la République, au gouvernement à toutes les personnes et groupes de personnes qui ont contribué à la réalisation de cette action de haute portée humanitaire et politique. Je souhaite que les autorités ne s’arrêtent pas en si bon chemin et qu’elles continuent dans le sens de l’apaisement et du rassemblement.

NV : Sous la responsabilité de quelle force étiez-vous à la Pergola ? Quelles forces vous surveillaient-elles là- bas?

SDD : Ce sont les Forces républicaines de côte d’Ivoire (FRCI) qui nous surveillaient. La force française Licorne était dehors, l’ONUCI était stationnée à l’entrée principale de l’hôtel. Les FRCI étaient à l’intérieur et en contact avec nous. Ceux-ci faisaient correctement leur travail. Quant à nous, nous faisions l’effort de ne point les contrarier mais au contraire de nous soumettre aux conditions sécuritaires et de discipline en vigueur.

NV: Quelles étaient vos conditions de détention ?

SDD : Je souhaiterais qu’on parle de conditions de séjour au lieu de conditions de détention pour éviter des polémiques inutiles. Nos conditions n’étaient pas mauvaises. C’était un régime d’internat, nous mangions à notre faim, c’est-à-dire trois repas par jour, et dormions dans de bonnes conditions puisque nous étions dans des chambres d’hôtel. Ce qui nous manquait, c’était évidemment la liberté : Nous n’avions ni le droit de téléphoner ni celui de recevoir des visites. Dans cet environnement, nous sommes organisés. Les camarades m’ont désigné comme leur porte-parole et médiateur et m’ont donné le titre de chef de village. J’avais pour notable le député Martin Sokouri Bohui, le ministre Alcide Djédjé ayant le titre de chef de terre pour avoir négocié notre arrivée à La Pergola. Nous essayions par tous les moyens d’entretenir la meilleure ambiance possible, pour garder le moral mais aussi et surtout pour favoriser et maintenir un esprit d’apaisement et de rassemblement par rapport à la situation sociopolitique actuelle.

NV: Partis vous mettre en sécurité, vous vous êtes retrouvés en résidence surveillés entendus pour des enquêtes. Au cours des auditions qui ont eu lieu, étiez-vous assistés par des avocats ?

SDD: Oui, chaque fois qu’un interrogatoire devrait avoir lieu, nous nous faisions fort d’informer les avocats. Cela n’a pas été facile parce qu’au début nous étions dans l’impossibilité de les joindre du fait de l’interdiction de communiquer avec l’extérieur. Mais, par la suite les choses sont rentrées dans l’ordre et les avocats étaient là chaque fois que les camarades devaient êtes auditionnés. A La Pergola, l’interrogatoire est fait dans une salle en présence du juge, de ses assistants et des avocats comme dans un tribunal classique.

NV: Jusqu’à la libération des 17 que vous êtes, combien étiez-vous à La Pergola ?

SDD : Une cinquantaine de personnes sont passées à La Pergola dont 8 personnes appréhendées sur leur lieu de travail et qui ont été libérées au fur et à mesure de leur arrivée. Le Premier ministre Affi a été transféré à Bouna. Avant notre libération, nous étions 39 pensionnaires à La Pergola. Aujourd’hui, il en reste 22 dont plusieurs sont inculpés et mis sous mandat de dépôt.

NV : Depuis le Golf hôtel, QG du nouveau président, on vous a accusé de préparer la résistance ou un coup d’Etat à la Pergola…
SDD : (Il coupe, sec) Je m’inscris en faux contre de telles allégations ! Je suis arrivé à l’hôtel La Nouvelle Pergola le 22 avril 2011 et tout le temps que j’y suis resté, personne ne m’a contacté ni pour parler d’un coup d’Etat ni pour évoquer une résistance. En ce qui me concerne, je me suis rendu à la Pergola pour me mettre sous la protection de l’ONUCI et du gouvernement et je me suis plié aux conditions de protection jusqu’à ma sortie. Je puis dire que tout le monde étaient dans le même état d’esprit que moi, à savoir n’entreprendre aucune action qui vienne compromettre nos rapports avec les nouvelles autorités. Nous avons toujours préconisé l’apaisement et affirmé notre volonté à nous inscrire dans le processus de réconciliation et de reconstruction.

NV : Monsieur le ministre, comme vous y faites constamment référence, parlons de cette réconciliation pour laquelle aviez travaillé jusqu’à la formation de l’avant-dernier gouvernement Gbagbo. Malgré vos actions, il y a eu la guerre. Aujourd’hui, est-ce que vous croyez encore en cette notion pour la Côte d’Ivoire ?

SDD : Je crois en la réconciliation, mais il y a plusieurs conditions. La réconciliation nationale doit être vue comme l’objectif final d’un long processus parce qu’il y a eu une crise depuis au moins 10 ans. Si les Ivoiriens veulent aller à une réconciliation vraie, totale et sincère, il faut qu’ils y aillent sur des bases saines et consensuelles.

NV : Par quoi doit-on commencer ?

SDD : Par se convaincre que, en matière de réconciliation, ce sont deux individus ou deux groupes d’individus qui, à la suite d’un différend, décident de se de départir des mauvais sentiments ou des mauvais comportements pour s’écouter, se parler, se comprendre, se tolérer et se pardonner mutuellement afin de réapprendre à vivre ensemble sur une base plus fraternelle et plus solidaire. Dans la situation où nous sommes aujourd’hui, il s’agit de deux groupements de partis politiques, LMP et RHDP. On confond souvent les termes réconciliation et paix. Actuellement, on peut dire qu’il ya la paix en Côte d’Ivoire parce qu’il ya eu la guerre, elle est finie et nous sommes dans la phase de la consolidation de cette paix à travers la réinstauration de la sécurité. Nous sommes en paix parce qu’il n’ya plus de coups de canon et de fusils. Mais pour être réconcilié, il faut que les deux individus ou groupes d’individus opposés hier, s’asseyent et se parlent pour tracer ensemble les voies de la réconciliation. Ainsi chacun fera un pas vers l’autre.

NV : Mais qui fait le premier pas, entre pouvoir et opposition ?

SDD : Le premier pas, je pense que c’est celui qui est en position de force qui doit aller vers celui qui est en position de faiblesse. En claire, Il faut discuter d’abord pour arriver à la réconciliation. La réconciliation ne se décrète pas. Elle se négocie, se construit et elle se vit.

NV : Pensez-vous que les nouvelles autorités sont dans une prédisposition pour tendre la main afin d’engager la réconciliation ?

SDD: Je pense que oui parce qu’il ne faut pas faire des procès d’intentions. A partir du moment où notre crise s’est terminée par la guerre et qu’il y a eu un vainqueur et un vaincu, il y avait deux possibilités. Ou bien le vainqueur dit « j’ai gagné la guerre, je m’impose à tous et je dicte ma loi » ou bien il dit « j’ai gagné la guerre mais je veux qu’on se réconcilie ». Je crois que c’est cette seconde voie que le Président Ouattara a choisie. Maintenant, comment mettre en œuvre cette option, voilà tout le débat.

NV : Le nouveau président a créé justement une commission vérité, Dialogue et Réconciliation et il a nommé à la tête de celle-ci Charles Konan Banny. Que pensez-vous de cette commission et de son appellation ?

SDD : je pense que l’appellation actuelle convient. Le débat est ouvert et le principe de la création d’une telle commission est une bonne chose. Il appartient maintenant à la commission de se donner les moyens et la capacité nécessaire pour répondre à l’attente des Ivoiriens. Nous attendons beaucoup de cette commission.

NV : Qu’en attendez-vous précisément ?

SDD : Nous attendons qu’elle fasse que les Ivoiriens se réconcilient et que nous formions une nation unie, solidaire et fraternelle.

NV : Quel rôle vous, cadres FPI et anciens détenus, pouvez-vous jouer dans le processus de réconciliation ?

SDD : Notre rôle est de nous inscrire dans le sens de l’apaisement pour faire travailler notre parti, à la base et mener une opposition démocratique, républicaine et responsable. Evitons la guerre des clochers. Dans quelques mois, les élections nous attendent il faut les préparer. Il faut donc tout faire pour que la sécurité revienne dans le pays. S’il faut aider le gouvernement pour que la sécurité revienne, il faut le faire. Une fois que la sécurité est revenue, nous serons libres d’exercer nos activités politiques, nous serons libres d’aller parler à nos militants, libres de battre campagne comme il faut et gagner les élections pourquoi pas ? Ça, c’est mon sentiment personnel. Le volet sécuritaire nous préoccupe. Il faut que la peur quitte les Ivoiriens et que chacun puisse tranquillement vaquer à ses occupations. Et que ceux qui sont déplacés ou exilés puissent revenir chez eux parce que le pays aura été pacifié. Pour moi, les élections législatives doivent constituer le socle de la réconciliation nationale en Côte d’Ivoire. Faisons donc en sorte qu’elles se déroulent dans de bonnes conditions.

Interview réalisée par César Etou et Boga Sivori Coll. : Djè Abel

Dimanche 10 Juillet 2011
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