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Les mauvais enseignants du concept d'Ivoirité des trois mille morts en Côte d'Ivoire

L'Afrique en mouvement - Isaac Pierre Bangoret le Dimanche 5 Octobre 2014 à 06:12 | Lu 517 fois



La pédagogie, nous dit Raôul Duguay, est non seulement l'art de transmettre des connaissances, des informations, des théories mais aussi celui d'en favoriser l'intégration de manière pratique. Les idéologues du PDCI-RDA ont doublement failli à cette mission pédagogique, en transmettant mal, en paroles et en actes, le concept d’ivoirité né en 1945 à Dakar d’étudiants ivoiriens, et repris par le président Bédié en 1994 dans un contexte de crise économique.

Ces derniers, incapables d’en favoriser son intégration de manière pratique, ont plutôt créé les conditions favorables à « la fissure du mur, de la forteresse ivoirienne à travers laquelle l’araignée tapie dans la broussaille est entrée furtivement, afin de tisser sa toile », qui fait, aujourd’hui, de tous les Ivoiriens des prisonniers, opposés, à tort, les uns aux autres, après une guerre fratricide qui a provoqué sur notre sol plus de trois mille morts Nous ne pouvons aller véritablement à la réconciliation, créer les conditions favorables à l’unité de tous les habitants de la Côte d’Ivoire que si chaque parti politique assume, sans faux-fuyant, ses responsabilités, corrige ses propres erreurs.

Les leaders politiques qui refuseront de s’engager dans un tel processus seront simplement vomis progressivement par le peuple ivoirien. Soro Guillaume et les Forces Nouvelles affirment, en effet, avoir pris les armes pour combattre l’ivoirité, qui aurait provoqué l’exclusion des jeunes ivoiriens du Nord, et jeté, selon la FIDH (la Fédération Internationale des ligues des droits de l’homme), les bases d’un système xénophobe. Analysons les faits pour en tirer des conclusions objectives utiles à la mémoire collective de notre pays. Le président Bédié, en reprenant le concept d’ivoirité pour défendre l’identité nationale dans un contexte de crise économique, a, à priori, adopté l’attitude de tous les hommes politiques du monde qui s’évertuent à défendre les caractères nationaux dans le but de conquérir le pouvoir politique. Sarkosy et Hollande parlent, à dessein, d’une France forte, compétitive.

L’erreur commise par Bédié et les idéologues de l’ivoirité est celle d’avoir exprimé, à travers leurs actes, un sentiment national exclusif et non inclusif, à l’endroit des militants, qui ne partageaient pas leur vision de la chose politique au sein du PDCI-RDA. Les conséquences d’une telle politique ne se sont pas faites attendre. Durant le congrès extraordinaire du PDCI-RDA, en avril 1994, la parole fut refusée à Georges Djeni Kobina Kouamé, un membre des instances dirigeantes de ce grand parti qui choisit de rompre avec le PDCI-RDA et de fonder le RDR, un parti situé au Centre-Gauche de l’échiquier politique national ivoirien ; un parti plus proche du FPI, des aspirations du peuple que du PDCI-RDA.

De fortes personnalités politiques quitteront, après lui, le PDCI-RDA, pour des raisons qui leur sont propres : Laurent Dona Fologo, N’Dri Appolinaire, Gaoussou Koné… Cette brève genèse de la création du RDR et des motivations de son président Djeni Kobina mort le 19 octobre 1998 dévoile que le RDR n’est pas né du désir des musulmans, ou des fils du Nord de se rassembler sous une même bannière, mais du refus d’un dialogue franc, constructif au sein du PDCI-RDA dirigé par le président Bédié. C’est sous Alassane Ouattara que le RDR s’identifiera au parti des musulmans, des étrangers, des fils du Nord. Sous Bédié, le dialogue, héritage politique d’Houphouët Boigny, est devenu un monologue.

Cette ère de la pensée unique étrangère à toute idée de conciliation trouvera son couronnement dans sa déclaration d’Iffo, de Daoukro, relative à la candidature unique du RHDP, et de l’alternance politique en 2020. A l’image du berger, qui se retrouve seul face au lion après avoir, à maintes reprises, crié : « au lion », l’autoritarisme légendaire de Bédié à la tête du PDCI-RDA ne nous permet plus de discerner les décisions réfléchies du successeur d’Houphouët Boigny de celles qui lui sont imposées par son partenaire Alassane Ouattara, contre lequel il avait lancé un mandat d’arrêt international.

Cet autoritarisme est devenu une arme que manie avec habileté le président du RDR pour l’amener à prendre des mesures impopulaires qui discréditent le PDCI-RDA. Le dialogue politique au sein de ce grand parti aurait permis à Bédié d’éviter la création du RDR, de suffoquer le ressentiment des fils du Nord de notre pays et des Ivoiriens d’adoption, originaires des pays de la CEDEAO dont les
pères se sont sentis « trahis » par Houphouët Boigny, qui a préféré la Loi-cadre, « l’autonomie » des colonies indépendantes à la Fédération du Mali. Ce monologue (ce dialogue exclusif et non inclusif) fut préjudiciable au concept d’ivoirité dont se servait, apparemment, Bédié pour conquérir le pouvoir politique et non pour défendre l’unité nationale.

Alassane Ouattara profita de cette fissure dans le mur du PDCI-RDA pour démissionner de ses fonctions de Directeur Adjoint du FMI et se tenir prêt à prendre le pouvoir politique, avec la bénédiction de la France, afin d’achever ce qu’il avait commencé, comme premier ministre, sous Houphouët Boigny. Le rejet de sa candidature non conforme à la Constitution ivoirienne fut mal interprété par les musulmans qui se sentirent victimes d’une manipulation politique puisque le concept d’ivoirité tel que présenté, vécu par Bédié et son clan, contenait en lui les germes de sa propre destruction. Le RDR devint, dès cet instant, sous Ouattara, un instrument politique de la majorité des fils du Nord du pays pour tirer vengeance de Bédié, de son clan, et non du FPI, qui ne bénéficiait d’aucun soutien international, en s’accaparant, à jamais, le pouvoir politique.

Cette intention est résumée par la doctrine politique du «rattrapage ethnique ». Deux obstacles apparaîtront sur le parcours politique d’Alassane Ouattara : le Général Guéi, auteur du coup d’État contre Bédié, puis le président Gbagbo, sorti vainqueur des élections contre le Général, et proclamé président, au grand dam de la France et d’Alassane Ouattara, qui virent le pouvoir politique ivoirien leur échapper. Face à Gbagbo, qui avait su rassembler l’armée, autrefois fidèle au Général, autour des valeurs républicaines, se forma au Burkina Faso une armée parallèle formée de rebelles que l’on verra plus tard aux côtés du RDR dirigé par Alassane Ouattara. L’objectif principal du RDR d’Alassane Ouattara n’était ni le Général Guéï ni le président Gbagbo mais le PDCI-RDA de Bédié, qui devait, dans le cadre du rattrapage ethnique, devenir le parti vassal du RDR.

Il leur fallait avilir les fils spirituels d’Houphouët Boigny. Il était désormais temps, pour eux, de voir les fils du Nord et les Ivoiriens d’adoption, originaires des pays voisins s’enrichir, eux aussi, pendant, au moins, quarante ans. Sans l’avènement inopiné du FPI de Gbagbo à la tête de la Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara et la France auraient déjà atteint leurs objectifs, à savoir la vassalisation du PDCI-RDA, et la prise de contrôle totale de tous les leviers de développement de notre pays, des banques nationales, etc… en vue de nous affamer si nous nous opposons aux décisions de la Communauté internationale, de la France, si nous aspirons à des élections démocratiques. L’arrivée de Gbagbo à la tête de la Côte d’Ivoire fut salutaire, de prime abord, pour le PDCI puis pour les Ivoiriens.

Il empêcha, involontairement, la chute brutale du PDCI-RDA, sur le point d’être dévoré par le RDR, qui a choisi la voie des armes pour prendre le pouvoir politique, et l’arme économique (le gel des avoirs des plus nantis), dans le but d’appauvrir une classe bourgeoise, les gardiens du temple d’Houphouët, dont la prospérité était une forme de liberté, d’autonomie que la France dédaignait. Gbagbo fut salutaire pour le peuple parce qu’il combattit le système xénophobe instauré par l’ivoirité, en supprimant le permis de séjour introduit, paradoxalement, par Alassane Ouattara sous Houphouët. Il prit des dispositions légales par la voie de décrets pour permettre à la CEI d’organiser des élections libres, transparentes. D’autres dispositions permirent de contourner le problème des origines d’Alassane Ouattara.

Tous les actes politiques posés par Gbagbo ont préservé, pendant une dizaine d’années, notre pays de cette guerre fratricide en gestation, jusqu’à notre entrée dans l’ère des NTIC (Nouvelles Technologies d’Information et de Communication) ; des outils indispensables à notre lutte pour la démocratie en Côte d’Ivoire, en Afrique. Le Temps fut le principal allié de notre pays, du président Gbagbo et du FPI, victimes expiatoires, qui ont même permis aux deux ennemis jurés de « se réconcilier » : Bédié et Alassane Ouattara, au lieu de s’affronter dans une guerre, qui aurait provoqué, dans notre pays, de nombreux effets collatéraux. Bédié, agé de 76, bénéficia, comme Alassane Ouattara, de la faveur du président Gbagbo, qui lui permit d’être candidat à l’élection présidentielle.

Face au contentieux électoral qui l’opposa à Alassane Ouattara, le président Gbagbo proposa le recomptage des voix. Toutes ces bonnes intentions n’empêchèrent pas la guerre, qui provoqua les 3000 morts dans notre pays, pour la simple raison que le RDR dirigé par Alassane Ouattara, tenait déjà, à l’époque du
Général Guéï, à s’accaparer le pouvoir pour réaliser son programme politique : le rattrapage ethnique. Quant au PDCI-RDA attaché à ses prérogatives, ses idéologues de l’ivoirité ont vite fait d’abandonner leur concept (les caractères nationaux) pour se contenter des miettes reçues d’Alassane Ouattara, de la France, du RDR, prêts à vassaliser les fils spirituels d’Houphouët Boigny considéré comme un « traitre ».

Le président Gbagbo et son ministre Charles Blé Goudé haïs par la France à cause de leur attachement à la démocratie, qui permettra aux Ivoiriens de tirer pleinement profit de la « coopération volontaire » doivent être envoyés dans la Gorée moderne ; un lieu de non-retour, la Cour Pénale Internationale. Sans la conquête du pouvoir politique au moyen des armes, qui ont provoqué dans notre pays 3000 morts, le RDR ne pouvait se hisser, avec l’aide de la France, à la tête de la Côte d’Ivoire, et tirer ainsi vengeance des auteurs du concept d’ivoirité, les idéologues du PDCI- RDA : leurs ennemis bien aimés.

Isaac Pierre BANGORET (Écrivain)

Isaac Pierre Bangoret
Dimanche 5 Octobre 2014
Vu (s) 517 fois



1.Posté par KOUADIO le 05/10/2014 13:18 (depuis mobile) | Alerter
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Brillant exposé, brillante analyse!
Merci, digne panafricain.

2.Posté par Sily Camara le 06/10/2014 12:49 | Alerter
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Le concept était plus culturel qu'autre chose. Hélas, son concepteur a abdiqué face à la furia de Ouattara. Qui d'autre peut le défendre, occupé lui-même à lécher les dessous de sandales de l'esclave ?

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