Perspectives incertaines en Europe, difficultés de partenaires-clefs comme l'Inde ou la Chine, croissance en partie fondée sur des matières premières non renouvelables : autant de facteurs qui amènent à s'interroger sur l'avenir. De plus, les défis sont colossaux -main-d'oeuvre qualifiée insuffisante, problèmes de gouvernance, d'accès à l'eau, de malnutrition, etc. Nombreux sont cependant ceux qui misent sur une croissance pérenne.
« En 2011, six des dix économies qui ont le plus crû dans le monde étaient en Afrique, affirme le directeur du bureau Afrique du Nord de McKinsey & Company, Amine Tazi-Riffi. Et cela perdure malgré la crise. » Cette croissance « n'est imputable que pour un tiers aux matières premières et se joue avant tout sur les services », complète-t-il. Ce continent « désendetté », où « la fiscalité se développe rapidement », et l'émergence de classes moyennes lui donnent d'autres raisons d'espérer. « Les Trente Glorieuses de l'Afrique sont devant nous », promet Amine Tazi-Riffi. Seize millions de foyers africains disposent d'un revenu moyen équivalant à celui d'un consommateur européen moyen, contre 12 millions en Inde.
Et le continent dispose déjà de 20 centres économiques urbains majeurs, dont certains auront à l'avenir, selon McKinsey, « un PIB équivalent à celui du Maroc ». Le plus probable est que l'Afrique « ait une croissance soutenue », estime aussi Jean-Michel Severino. L'ancien directeur général de l'Agence française de développement (AFD) vient de lancer un nouveau fonds d'investissement pour les PME africaines, I & P Afrique Entrepreneurs. « La croissance africaine est d'abord mue par la transition démographique qui est en train de s'opérer sur le continent, et elle est là pour quatre-vingts ans ! » poursuit-il. Pour lui, la question est plutôt de savoir si l'Afrique peut décoller au-delà de 5 % et connaître 7 % à 8 % de croissance par an, alors que l'Afrique du Nord et l'Afrique du Sud tirent la croissance vers le bas.
L'enjeu est que « l'Afrique elle-même devienne une zone de croissance importante, indépendamment de l'évolution de l'économie globale et du rythme de la croissance indienne ou chinoise », martèle le PDG du puissant Office chérifien des phosphates (OCP). Mostafa Terrab suggère par exemple que l'Afrique consomme les engrais qu'elle produit pour sa croissance agricole, plutôt que de ne penser qu'à les exporter. « Ce n'est pas l'étranger qui viendra développer l'Afrique, abonde le président de la Banque Gabonaise et Française Internationale (BGFI) Henri-Claude Oyima.
Les investissements directs étrangers ne sont pas la meilleure façon de développer l'Afrique. » Des investisseurs souvent raillés pour leur perception du risque. « Le risque politique et sécuritaire est exagéré, confie le directeur général adjoint de la Société Nigérienne de Banque, Lamine Hafsaoui. Les entreprises doivent se focaliser sur le risque économique : les chances de profit en Afrique sont énormes. Seuls les Chinois l'ont compris. Si nos amis français et européens continuent à perdre du temps, ils seront les perdants de demain. » Les positions françaises en Afrique sont « menacées », prévenait Bercy, le mois dernier. Des entrepreneurs français et africains viennent de lancer un « comité d'échanges Afrique-France ». Pour tenter de rattraper le retard.
MARIE-CHRISTINE CORBIER, Les Echos


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