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Le « triangle » de San Pedro: Gamines et femmes au foyer s’affrontent dans la prostitution

L'Afrique en mouvement - Afrik53.com : Infos 7J/7 le Samedi 13 Septembre 2014 à 07:32 | Lu 1916 fois



Le « triangle » de San Pedro: Gamines et femmes au foyer s’affrontent dans la prostitution
La prostitution prend une ampleur de plus en plus inquiétante à San Pedro, 2ème port de la Côte d’Ivoire. Notre reportage dévoile la vraie face du « Triangle », site révélateur dans la localité.

La ville balnéaire de San-Pedro a une réputation internationale pour son port classé premier exportateur mondial de cacao, ses plages sablonneuses et ses activités industrielles et touristiques. Un lieu atypique est en passe de s’inscrire au nombre des éléments de «référence» de cette cité. Aujourd’hui, nul ne passe à San-Pedro sans faire une virée au « Triangle ». Cet espace a fait les beaux jours des noceurs depuis la création de la ville en 1972 par le projet ARSO (aménagement de la région du sud-ouest.). Avec la crise économique aigüe qui frappe les populations, une nouvelle génération de fêtards a pris les rênes. A côté du sexe qui est l’activité principale proposée, la drogue et l’alcool ne manquent pas au menu.

Il est un peu plus de 20h, ce samedi 12 juillet 2014, lorsque nous arrivons au « Triangle » à la Cité. Le site est délimité par l’église Méthodiste unie, un bloc de maisons et une ancienne salle de cinéma. Ce qui lui aurait donné le nom « Triangle », selon des sources. Le « Triangle », c’est en fait deux rangés de maquis séparés par une rue longue de 300m. Cet espace rocailleux et insalubre rappelle la « Rue princesse » de Yopougon, à Abidjan. A 20h, le « Triangle » ressemble à un endroit abandonné. La musique distillée par les premiers maquis ouverts assure que c’est bien un lieu de divertissement. Les vendeurs de grillades, de poulets, de viande et de poisson sont à pied d’œuvre. « Il n’est pas encore l’heure. D’ici 23 h, tout San-Pedro sera là », nous confie un DJ que nous avons rencontré.

Le temps lui donne raison puisqu’à 23 h, le « Triangle » est bondé de monde. L’odeur de grillades entremêlées à celle de l’alcool et au tintamarre des musiques atteste de l’ambiance électrique qui prévaut sur ce périmètre. Si les maquis dénombrés attirent autant de monde, les filles rivalisent de beauté, d’attirance et de générosité. « C’est ce qui fait le charme de notre ville depuis toujours », affirme une dame à qui nous avons demandé pourquoi cette foule subite. L’alcool serait un prétexte puisque nombre de personnes viennent pour le sexe ou la drogue.

Avec des jupettes qui descendent juste après les fesses et des corsages qui mettent à découvert leurs corps, les filles arpentent les allées. Trois grandes catégories se dégagent aisément. En face de l’hôtel Eléphant, se trouvent les prostituées de luxe. A majorité des dames et des jeunes filles qui ne donnent pas l’air d’exercer le plus vieux métier du monde. La passe varie entre 4000 fcfa et 5000fcfa. « Il y a même des dames qui viennent d’Abidjan ou de certaines villes de l’intérieur. Elles disent à leurs hommes qu’elles vont rendre visite à un parent résident ici. Elles louent une chambre d’hôtel et exercent dans la discrétion », révèle un gérant d’hôtel très proche du milieu. C’est la classe des « vieilles mères » dont l’âge varie entre 25 et 40 ans.

Leurs clients sont pour la plupart des chefs d’entreprise ou des responsables dans l’administration, nous apprend G. Camille, prostituée résidente au Sotref. Elle explique que tout comme elle, ces dames « se vendent » pour subvenir à leurs besoins dans les foyers. Ou avoir un fond pour commencer une activité génératrice de revenus « Quand ton mari ne s’occupe pas de toi, ni des enfants, qu’est-ce que tu dois faire ? Je suis ici pour trouver les moyens de m’occuper de moi et de mes enfants. Je vais ouvrir un commerce bientôt », ajoute une de ses « collègues » qui a suivi notre conversation. Ici, c’est « la classe ».

Les « vieilles mères » n’aiment pas partager le territoire avec la deuxième catégorie qui a installé son QG en plein cœur du « Triangle ». Agées de 20 à 25 ans, ces prostituées ont une technique d’approche plus agressive. Elles parcourent les couloirs et maquis du « Triangle » à la recherche de clients. Certaines happent les passants qui leur jettent un regard intéressé. « Regarde mes seins, c’est encore tendu. En plus, je sais jouer rôle », lancent-elles. La passe est à portée de toutes les bourses. Entre 1500fcfa et 2000fcfa, y compris le prix de la chambre.

Ces taux peuvent variés selon les pratiques sexuelles du client. Avec elles, c’est le sexe sans tabou, nous apprend-on. Elles exercent dans un bordel aux chambres lugubres et nauséabondes. Résidant majoritairement à Bardot (un grand bidonville), Sotref et Séwéké, elles expliquent leur présence en ces lieux diversement. « Si je n’ai pas fait ça, je ne peux pas me nourrir et payer mes factures », explique K. Ami qui est dans le métier depuis trois ans. B. Sylvie dit ne pas avoir de choix. « C’est grâce à cela que j’arrive à payer les études de mes frères restés au village. Nous avons tout perdu après la guerre. Eux et ma mère comptent sur moi », confie-t-elle.

Sophie, 25 ans, a fui les travaux champêtres et la vie au village. « Je travaillais beaucoup au village. Mon mari ne me laissait pas un moment de repos. Alors j’ai fui pour rejoindre une amie qui m’a conduite ici », avoue-t-elle. Sous l’effet de la drogue et de l’alcool, elles se disent plus performantes, actives et sans pudeur. « Le sexe est un jeu d’enfant qui peut se pratiquer partout pourvu que vous déboursiez de l’argent », affirment des prostitués appartenant à une catégorie appelée « les chercheuses » qui rivalise avec un autre groupe baptisé « les bébés pinhou ». Des gamines et adolescentes dont l’âge varie entre 13 et 17 ans.

Ces gamines prennent de l’ascension, nous apprend une serveuse de maquis qui se dit ahurie par le phénomène. « Elles arrivent vers 1h du matin. Vous les reconnaitrez facilement », dit un habitué des lieux. Il est minuit passé et la fatigue commence à avoir raison de nous. « Chéri, tu veux une passe ou dormant ? », interroge une fille à la poitrine mal cachée par un body. Invitée plus tôt à partager un pot, elle indique ne pas avoir ce temps.

C’est finalement autour de 2h du matin que nous constatons la présence de 4 jeunes filles au visage innocent. Légèrement habillées, leur corps frêle donne une allure de novices. Et pourtant ! Elles se dirigent vers un groupe de jeunes noceurs. Nous ne les quittons pas du regard. Après un échange, deux « chauds lapins » se servent et se dirigent dans un couloir du « Triangle » avec leurs conquêtes. Les filles reviennent quelques minutes plus tard rejoindre leurs amies qui les attendaient dans un maquis. Approchés, ces habitués des lieux nous apprennent qu’avec les gamines, ils sont sûrs de ne pas avoir de problème.

« Elles sont dociles et moins exigeantes. Même, avec 500 fcfa, tu peux prendre ton plaisir», lance l’un des noceurs. Avant d’ajouter qu’elles procurent plus de plaisir que les autres. Ces gamines de la prostitution à San-Pedro sont prisées. Venant de différents quartiers de la ville, elles s’échappent du domicile familial pour rentrer avant 5h du matin. « Ma tante avec qui je vis dit que suis assez grande pour m’occuper de moi-même. C’est ce que je fais depuis 6 mois. Je participe souvent à la popote de la maison », nous confie K. Sita, 14 ans, qui déclare ne rien regretter.

En effet, le monde de la prostitution rapporte gros, dit-on, dans cette ville portuaire aux activités industrielles et touristiques intenses. Plusieurs d’entre elles se sont mariées à des expatriés européens ou touristes de tous horizons. « Une prostituée a compté 59000 fcfa devant moi. Elle se plaignait de n’avoir pu atteindre 60000 fcfa. Elle disait même que ça n’avait pas marché ce jour-là », soutient un gérant de maquis que les « princesses de la nuit » appellent affectueusement « papa ». Celles qui ont eu leurs « blancs » se comptent à la pelle. Elles en rêvent toutes d’ailleurs. Une « vieille mère » (prostitué expérimentée) gagne entre 25 et 40 mille fcfa, la nuit. Les revenus des « chercheuses » et les « bébés pinhou » oscillent autour de 20 mille fcfa, la nuit.

Et pourtant, le métier n’est pas sans risques. Certains friands du sexe se rendent coupables de violences ou repartent sans payer la note. Les prostitués, moins chanceuses, se retrouvent dans les lits avec des hommes aux proportions démesurés du membre. « Je suis tombée sur un client ivre. Il a bien payé, mais j’ai souffert de son sexe. C’est comme si j’allais vomir. En plus, il était très menaçant », se souvient Faty, 22 ans, qui révèle avoir eu de fortes douleurs au bas ventre pendant des semaines. « Nous côtoyons le danger chaque jour. Mais ce n’est pas facile de quitter ce boulot.

C’est comme si une force nous y maintenait malgré ces dangers », confesse K. Annie, la trentaine passée. Pour tenir le coup et espérer faire plusieurs passes en une nuit sans se fatiguer, des filles ont recours au cannabis et à des drogues dures. Les fournisseurs foisonnent dans la zone. Venant pour la plus part du quartier Guéré à quelques mètres de là, ces dealers proposent leurs marchandises à des clients sortis à peine de la puberté. La vie s’éteint au « triangle » vers 5h du matin pour laisser un espace « vierge ». Comme si rien ne s’y était passé la veille.

« Le triangle » du sexe, de la drogue et de l’alcool à San Pedro attire toujours du monde sous le regard impuissant d’une population qui s’inquiète pour sa jeunesse.

Un reportage de A. DEBOLLEY Correspondant permanent à San Pedro
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Samedi 13 Septembre 2014
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