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LA NATIONALITÉ IVOIRIENNE : Dans les sillons de sa complexité

L'Afrique en mouvement - Blaise Ahua le Mardi 31 Août 2010 à 15:37 | Lu 808 fois

En réaction au problème actuel concernant les radiations des noms des personnes soupçonnées de fraude sur la liste électorale, et qui ont malheureusement provoqué de vives tensions, parfois regrettables, dans certaines villes de la Côte d’Ivoire entre les populations dans le cadre de l’élection présidentielle – maintes fois reportée – fixée au 31 octobre 2010, il me semble judicieux de soumettre mes réflexions à l’appréciation des lecteurs. La problématique va porter sur le nœud de l’affaire, en l’occurrence sur la nationalité ivoirienne. Il s’agira d’examiner certaines attitudes des Ivoiriens, révélatrices de la complexité que revêt l’acquisition de la nationalité ivoirienne.



Peut-être faut-il, avant d’entrer dans le vif du sujet, rappeler certains éléments, importants, qui caractérisent notre pays. Et dans cet ordre d’idées, commençons par ses contours : la Côte d’Ivoire, pays situé dans la partie ouest de l’Afrique, a une superficie de 322 463 km2 (l’équivalent de l’Allemagne). Elle est limitée à l’est par le Ghana, à l’ouest par la Guinée et le Libéria, au nord par le Burkina Faso et le Mali, au sud par l’océan atlantique.

La Côte d’Ivoire, indépendante depuis 1960, a pour capitales économique Abidjan et politique Yamoussoukro. La langue officielle de ce pays est le français (langue de l’ancien colonisateur) parlé par une bonne part de la population (environ 40%), faisant de la Côte d’Ivoire l’un des pays d’Afrique les plus « francophonisés » ; on y compte une soixantaine de langues nationales dont certaines peuvent être qualifiées de langues transnationales, c’est-à-dire des langues parlées dans d’autres pays, en l’occurrence dans ceux qui lui font frontière.

La population de la Côte d’Ivoire est estimée à 15,3 millions d’habitants (1998) dont le tiers constitue sa masse étrangère (un cas unique dans le monde, paraît-il !) avec 3 millions de ressortissants burkinabè. Que dire de ce pays ?

La beauté de ce pays, c’est son hétérogénéité linguistique

Vu la soixantaine de langues qu’on dénombre en Côte d’Ivoire, on se rend compte que ce pays constitue une véritable mosaïque ethnique. Ces langues sont regroupées en quatre : on a à l’est le groupe Kwa des peuples qu’on appelle communément les Akans (Baoulé, Agni, Abey, Attié, etc.) – il constitue le groupe le plus important en terme de démographie : 41% de la population ivoirienne en 1975, en tout cas près de trois fois quel autre groupe –, au nord et ouest on a le groupe Mandé, subdivisé en Mandé nord (Dioula, etc.), Mandé sud (Dan, Gouro, etc.), à l’ouest on a le groupe Kru (Bété, Dida, Wobé, etc.) et au nord le groupe Gur (Sénoufo, Koulango, Lobi, Gunrisi, etc.).

Comme on le voit, la Côte d’Ivoire ne constitue pas une entité culturelle (ni géographique). La population ivoirienne est d’une extrême variété ; elle est caractérisée par une forte hétérogénéité linguistique dans laquelle aucune langue nationale n’est dominante.

La prospérité de la Côte d’Ivoire et… son déclin

On peut tout de même rappeler les raisons d’une présence aussi massive d’étrangers dans ce pays. Elles sont dues aux choix politiques du premier président, Félix Houphouët Boigny (1960-1993), qui a permis à notre pays d’être la première puissance économique dans ce qui constitue le pré-carré français en Afrique noire. On se souvient des années 70, du temps qu’on a appelé le miracle ivoirien pour parler de sa croissance économique remarquable. Le choix d’Houphouët Boigny pour un développement ouvert sur le monde extérieur favorisera l’accueil des populations étrangères, qui vont jouer un rôle très important dans l’économie du pays.

Malheureusement la prospérité de la Côte d’Ivoire ne va pas faire long feu, faute de gabegie et de détournements des fonds publics par les dirigeants. Le pays va se retrouver en quelques années dans un déclin économique : c’est le début d’une misère qui va peu à peu s’installer dans le pays. La grogne sociale, gagnant du terrain, favorisera l’implantation du multipartisme dans les années 90. Bref.

Les Ivoiriens…

Revenons sur l’une des réalités déjà mentionnée : il s’agit des langues dites transnationales – par exemple le N’Zema de ceux qu’on appelle communément les Appolos (langue kwa parlée également au Ghana), le dioula (langue Mandé nord parlée également au Mali, en Guinée, au Burkina Faso), le Dan ou Yacouba (langue Mandé sud parlée également au Liberia) – dont les locuteurs effectuent des déplacements réguliers au-delà des frontières. Ils entretiennent de bons rapports avec les mêmes peuples demeurés dans les autres pays frontaliers.

Normal ! À côté de cela, il faut noter les mouvements migratoires effectués par peuples de Côte d’Ivoire. On assistera à un brassage culturel, un métissage au sein de la société ivoirienne, et avec les populations étrangères bien entendu ! Ce brassage culturel entre Ivoiriens d’une part et avec les étrangers de l’autre portera une empreinte toute particulière à la société ivoirienne. Et tant mieux pour la Côte d’Ivoire ! Il faut se souvenir que beaucoup d’Ivoiriens et non Ivoirien en ont été fiers au cours des années passées marquées par la stabilité politique.

De ce brassage culturel naitront des Ivoiriens et Ivoiriennes de père et mère ivoiriens de communautés linguistiques différentes, des Ivoiriens et Ivoiriennes de père ou mère ivoirienne, c’est-à-dire dont le père ou la mère est d’ethnie de Côte d’Ivoire. Phénomène social évident dû au contact entre les hommes et femmes. Au regard de loi tous les Ivoiriens ont les mêmes droits et les mêmes devoirs, et pourtant…

Le problème dans l’acquisition de la nationalité ivoirienne

À la lumière de ce qui vient d’être décrit, on peut aboutir à la conclusion que rien ne devrait poser problème quant à l’acquisition de la nationalité ivoirienne au niveau des Ivoiriens. Cependant, on poserait la question de savoir pourquoi certains parmi les Ivoiriens ont tout de même des difficultés à acquérir la nationalité de leur pays ?

Avant d’aborder le thème de la mauvaise foi et de la manipulation des hommes politiques au sujet de la nationalité ivoirienne et des difficultés que rencontrent beaucoup d’Ivoiriens, il serait bon d’analyser le comportement de certains d’entre eux par rapport à l’acquisition d’une pièce de cette nature. Car il est question après tout d’une pièce dont on doit avoir en possession pour prouver qu’on est de la Côte d’Ivoire. Une réalité se présente ici : il s’agit du comportement des habitants envers l’écrit.

Une chose est claire, c’est que l’usage de l’écrit ne fait pas encore partie intégrante des activités des habitants vivant dans les hameaux, dans les villages, même en villes. Notre civilisation étant marquée par l’oralité, on peut comprendre l’attitude d’un paysan illettré d’un village ivoirien donné, préoccupé par ses travaux champêtres de surcroît, à saisir l’importance d’un tel document.

Ce qui montre le fait que des Ivoiriens ne sont pas en possession d’extrait d’acte de naissance, ou qu’ils n’éprouvent pas la nécessité de le refaire à sa perte : ce paysan, étant originaire du village dans lequel il vit, quoi de plus normal que cela lui paraisse paradoxal de le prouver ! L’ignorance et analphabétisme régnant…

À coté de ce problème facilement soluble, il faut mentionner un autre plus complexe : il s’agit de celui des personnes qui ont immigré en Côte d’Ivoire – surtout lorsqu’ils y ont immigré depuis longtemps, qui ont le droit de bénéficier de la nationale ivoirienne mais qui n’en ont pas fait la demande, sans doute par ignorance, ou encore des enfants nés de ces personnes-là, qui n’ont pour pays que la Côte d’Ivoire : ces personnes qui aiment notre pays. Que faut-il faire pour elles ?

On voit là que l’acquisition de la nationalité (ivoirienne) suppose un acte personnel et volontaire, lequel va déterminer l’avenir du requérant. De ce fait, il est possible que deux frères de mêmes parents (de même père et de même mère) n’aient pas la même nationalité si l’un d’eux décide (acte personnel, volontaire) d’acquérir une autre nationalité (en raison de ses intentions et ambitions), comme ces nombreux Ivoiriens expatriés qui ont demandé et acquis la nationalité des pays européens dans lesquels ils séjournent.

C’est dire qu’il est possible qu’un Ivoirien soit d’origine burkinabè ! Sans doute une réalité difficilement acceptable pour beaucoup. Raisons pour lesquelles il importe de s’abstenir de tout préjugé à cet effet.

La nationalité ivoirienne et les difficultés des Ivoiriens du Nord

En faisant l’impasse sur la mauvaise foi et la manipulation des hommes politiques au sujet la nationalité ivoirienne, il s’avère important dans ce débat d’évoquer les éventuelles raisons qui seraient à l’origine des attitudes « antipathiques » de certains Ivoiriens à l’égard de leurs compatriotes du Nord.

Avant de commencer, il convient de souligner avec force que cela ne doit aucunement justifier ces attitudes discriminatoires, répréhensibles. Il ne faut pas oublier que parmi les pays qui font frontière à la Côte d’Ivoire, certains – le Mali, le Burkina Faso (au Nord) et la Guinée – partagent le français avec la Côte d’Ivoire comme langue officielle ; celle du Ghana et du Libéria étant l’anglais. Les trois pays sont à majorité musulmans comme les Ivoiriens du Nord (à part les Sénoufos).

Sous cet angle, il est plus aisé pour beaucoup de reconnaître une personne (un N’Zema ou un Abron par exemple) dont la langue maternelle est également parlée au Ghana où l’anglais est la langue officielle qu’une autre (un Dioula ou un Lobi par exemple) dont la langue maternelle est également parlée au Mali et / ou le Burkina, pays ayant la même langue officielle, le français, que la Côte d’Ivoire. L’influence des langues maternelles des Africains dans leurs productions linguistiques en langue française ou anglaise est souvent sensible, surtout quand il s’agit de personnes maîtrisant peu ou prou cette langue européenne : on parle généralement d’accent, comme on reconnaîtrait un Bété parlant français.

Mais est-ce une raison pour spolier des Ivoiriens du Nord de la nationalité ivoirienne ? Bien entendu, la réponse est NON. L’émigration d’un Ivoirien dioula au Mali, en Guinée ou Burkina Faso ne saurait être une raison de lui ôter sa nationalité, tout comme le séjour – quelle qu’en soit la durée – d’un étranger en Côte d’Ivoire ne lui donne forcément droit à la nationalité ivoirienne. Comme dans tous les pays, la loi ivoirienne prévoit les conditions d’octroi de la nationalité, qui suppose un acte volontaire de la part de l’étranger désirant acquérir la nationalité ivoirienne.

La forte population étrangère en Côte d’Ivoire – dont une partie importante de ressortissants du Burkina Faso – est-elle devenue une cible dans les ambitions politiques de ceux qui veulent gouverner le pays ? Sans aucun doute ! Malheureusement : Elle constitue un véritable un enjeu électoral…

Si les dénonciations de la fraude sur la nationalité ivoirienne sont réelles, c’est qu’il y a volonté et complicité manifestes des Ivoiriens eux-mêmes : des Ivoiriens qui n’ont aucun sens de l’intérêt général. Ce serait un problème qui relève d’un manque civisme et de maturité politique. Ce qui est regrettable.

Ces Ivoiriens doivent être poursuivis devant la loi ! Dans le cas contraire, elles constituent une machination machiavélique qui doit sévèrement être combattue, ses auteurs méritent d’être punis au regard de la loi car elle est tout simplement inadmissible. Les enjeux de cette affaire supposent que soit constituée une équipe d’experts ivoiriens en sciences humaines et juridiques afin de la traiter de fond en comble, une fois pour toute !

Pour une Côte d’Ivoire avec toute sa beauté…

Sans vouloir réveiller les vieux démons en abordant d’une part le concept d’ivoirité, concept basé sur la distinction entre les Ivoiriens dits de souche et les Ivoiriens dits d’origine douteuse ou de circonstance et qui promeut d’une certaine façon une hostilité à l’encontre des étrangers et des Ivoiriens du Nord, et d’autre part l’exploitation de cette complexité relative à l’acquisition de la nationalité ivoirienne à des fins électorales (comme le concept d’ivoirité d’ailleurs), il me paraît plus important, ici, de m’adresser particulièrement à la jeunesse ivoirienne en attirant leur attention sur ce qui doit être réellement leur combat : celui d’exiger des hommes politiques qu’ils jouent scrupuleusement leur rôle dans la gestion du patrimoine de notre pays, au lieu de vouloir colporter ces querelles de personnes, de soutenir servilement les ambitions politiques irréalistes et démesurées de ces politiciens nuisibles au développement du pays et à l’épanouissement de ses populations.

Comme il a été ici souligné, la beauté de la Côte d’Ivoire, c’est le fait qu’elle ne constitue pas une entité culturelle. C’est un pays à forte hétérogénéité linguistique dans lequel cohabitent de milliers étrangers qui participent à sa croissance économique.

C’est la réalité ! L’important est donc de mettre nos intelligences à contribution pour le défi national primordial qui nous attend après les élections : celui de réapprendre à vivre ensemble pour notre Nation en devenir sans frustrer personne, sans vouloir spolier intentionnellement nos compatriotes de ce qui prouve leur appartenance à ce beau pays. Les tâches qui nous attendent, vous le voyez, sont trop sérieuses pour nous adonner à des velléités. Les exemples sont devant nous !


Blaise Ahua
Linguiste, écrivain
ahua.blaise@yahoo.fr

Blaise Ahua
Mardi 31 Août 2010
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