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L’économiste Blaise Diégba catégorique : « L’endettement est l’instrument qui lie Ouattara à ceux qui l’ont installé au pouvoir »

le Vendredi 10 Mai 2013 à 08:24 | Lu 899 fois



L’économiste Blaise Diégba catégorique : « L’endettement est l’instrument qui lie Ouattara à ceux qui l’ont installé au pouvoir »
L’endettement est un instrument de domination, a précisé Blaise Diégba, docteur en Economie et enseignant- chercher à l’INP-HB de Yamoussoukro, c’était à l’occasion de la 15ème édition de la fête de la liberté, célébrée par le FPI à l’ex-QG de campagne du candidat Laurent Gbagbo, à Abidjan-Riviera Attoban. Il apportait ainsi sa contribution à l’important séminaire organisé par le Front populaire ivoirien sur l’endettement de la Côte d’Ivoire sous le régime Ouattara. Sa communication, « Endettement optimal et menaces de surendettement de la Côte d'Ivoire par la gouvernance Ouattara », est un appel à une prise de conscience collective face aux menaces du surendettement de son pays.

Introduction

Le recours à l’emprunt extérieur a été, de tout temps et pour toutes les économies du monde, un instrument de financement de leurs investissements. Il se justifie quand les capacités internes de création de la richesse nationale sont faibles et que l’épargne intérieure n’est pas suffisante pour couvrir le volume des investissements projetés, susceptibles de favoriser l’atteinte des objectifs de croissance et de développement économiques.

Cependant, l’emprunt extérieur n’est pas gratuit. Il se rembourse au titre du capital emprunté et des intérêts à payer conformément à un échéancier contractuellement convenu. Si l’endettement peut être une opportunité qui procure aux générations actuelles un surcroît de devises destinées à la création de richesses et à la satisfaction de leurs besoins, son remboursement est une obligation qui s’impose aux générations futures et implique pour elles une sortie de devises.

Ces dernières générations peuvent en subir les effets pervers lorsque les sorties de devises liées au règlement du service de la dette sont plus importantes que les entrées de devises générées par l’emprunt.
Si les effets pervers de l’endettement se prolongent durablement, ils peuvent atteindre un seuil intolérable et conduire soit à une crise de solvabilité (dans la mesure où le pays ne dispose pas du montant net lui permettant de rembourser ses encours de dettes à partir de gains futurs), soit à une crise de liquidité (dans la mesure où le pays ne dispose pas immédiatement des devises lui permettant de procéder au règlement du service de la dette arrivé à échéance même s’il possède la richesse nécessaire au remboursement de la dette à long terme). Les crises de solvabilité et/ou de liquidité sont les deux dimensions d’une crise de surendettement.

Quand la crise de surendettement survient, il s’en suit les recours aux renégociations de la dette avec les créanciers aux fins d’en alléger le fardeau pour le pays débiteur: rééchelonnement de la dette, bonification des taux d’intérêt, initiative des pays pauvres très endettés pour l’annulation de la dette, etc.
La possibilité de survenance du scénario de crise de surendettement pour un pays pose la question des conditions auxquelles l’emprunt doit être contracté pour éviter d’entraver le développement économique du pays. Elle pose ainsi la question de l’endettement optimal du pays. La bonne appréciation de l’optimum d’endettement d’un pays devrait permettre à ses gouvernants de définir une politique efficace d’endettement.

On peut résumer l’histoire de l’endettement de la Côte d’Ivoire en quatre phases. La période allant de 1960 à la fin des années 1970 peut être qualifiée de phase d’endettement massif. La période du début des années 80 au début des années 2000 est caractéristique de la crise de surendettement qu’a vécu la Côte d’Ivoire et de l’échec des multiples plans destinés à la juguler. La période de 2000 à 2010 correspond à la mise en œuvre par l’Etat de Côte d’Ivoire de la stratégie de l’initiative des pays pauvres très endettés (IPPTE) pour l’allègement du fardeau de la dette. Cette démarche a abouti, en 2009, à l’obtention du point de décision de l’IPPTE et a permis, grâce à des réformes endogènes pertinentes, une réduction substantielle de la dette publique extérieure de près de 20% dont le stock est passé de 7182 milliards en 2000 à 5748,72 milliards en 2010. Aussi, ladite période peut-elle être caractérisée de phase de désendettement de la Côte d’Ivoire.

Depuis le 26 juin 2012, notre pays est admis au point d’achèvement de l’IPPTE. Dans ce cadre, Il devrait bénéficier d’un allègement de sa dette extérieure d’environ 2000 milliards de francs CFA sur la période de 2011 à 2014. Avec cet important effort d’allègement de la dette ivoirienne, on s’attend à ce que, tirant les leçons du passé, les gouvernants s’engagent dans une politique prudente et efficace d’endettement étant donné que les caractéristiques de notre économie la rendent vulnérable aux chocs extérieurs et l’exposent à tout moment à une nouvelle crise d’endettement. Or c’est dans ce contexte d’allègement de la dette que les dirigeants actuels de la Côte d’Ivoire renouent avec l’endettement extérieur massif.

Quel est le fondement philosophique de cette reprise de l’endettement par le régime Ouattara ? Cet endettement nouveau de la Côte d’Ivoire est-il conforme aux principes de l’endettement optimal ? Le renouveau de l’endettement de notre pays n’entretient-il pas les germes d’une nouvelle crise de surendettement de la Côte d’Ivoire ? Telles sont les préoccupations auxquelles cette communication tente d’apporter des réponses. Aussi, est-elle organisée en deux parties. La première examinera les conditions d’un endettement optimal tandis que la deuxième répondra à l’interrogation des menaces de surendettement que fait planer le régime Ouattara sur la Côte d’Ivoire.

I. Les conditions d’un endettement optimal

Il n’existe pas de réponse simple à la question du niveau d’endettement optimal requis pour un pays. Cependant, pour la plupart des membres de la communauté financière internationale, l’emprunt est le résultat d’un contrat ayant force juridique. A ce titre, il doit être obligatoirement remboursé. On conviendra donc que, l’endettement optimal, c’est celui qui est supportable à long terme.

En effet, l’incapacité pour un pays de rembourser sa dette ne peut que lui être préjudiciable au double plan externe et interne.
Au plan externe, la réduction de la capacité d’un pays à rembourser sa dette impacte négativement son image sur la scène internationale et rend les prêteurs méfiants. En conséquence, sa capacité à contracter de nouveaux emprunts se dégrade et peut devenir nulle. Si dans ces conditions, des créanciers conviennent quand même de lui prêter, ils le font à des conditions de taux d’intérêt très élevés et de délai de remboursement très courts.

Dans ce contexte de réduction imposé de l’emprunt, les moyens nécessaires au financement des importations se réduisent et la croissance économique se détériore. Par ailleurs, la part de plus en plus importante des dettes à court terme dans l’endettement du pays peut aboutir à une situation où le montant de la dette à rembourser pour une période peut devenir plus important que le volume de devises disponibles et nécessaires à son remboursement. Quand survient une telle crise de liquidité ou quand les créanciers pensent qu’une telle crise de liquidité peut survenir, il s’installe ce qu’il est convenu d’appeler la « panique rationnelle des créanciers ». Ceux-ci peuvent alors procéder à un retrait soudain de leurs capitaux du pays en demandant le remboursement immédiat de leurs créances. Un tel scénario impacte les taux d’intérêt du pays à la hausse ainsi que le taux de change de sa monnaie à la baisse. Il entraîne une réduction brutale des investissements, une réduction de la croissance et une paupérisation des populations.

Au plan interne, lorsque la charge de remboursement de la dette devient insupportable, l’Etat est obligé, pour financer ses dépenses, de recourir à une augmentation de l’impôt. Or l’Etat ne peut augmenter indéfiniment l’impôt au risque de s’exposer à une crise sociale.
Pour éviter ce scénario de cessation de paiement de la dette, il faut concevoir la politique d’endettement dans un cadre viable.
Les variables qui déterminent l’endettement optimal sont celles qui rendent un pays apte à rembourser à terme. Ce sont :
- l’ampleur de la dette, en tenant compte de la proportion de prêts et de dons reçus, de la proportion des dettes à court terme et des dettes à long et moyen terme.

-le taux d’intérêt perçu sur la dette. Il est souhaitable qu’il soit inférieur au taux de rendement de l’investissement auquel est affecté l’emprunt ainsi qu’au taux de croissance de l’économie.
- les exportations. Elles traduisent la capacité du pays à engranger les devises requises pour rembourser les prêts libellés en devises.
- le solde de la balance commerciale ou de la balance des opérations courantes. Il mesure la capacité de financement de l’économie. S’il est positif, il est significatif d’accumulation par l’économie de devises susceptibles de permettre le règlement du service de la dette notamment.

- les recettes fiscales : elles traduisent la capacité de l’Etat à générer des ressources propres pour le remboursement de la dette.
- le solde budgétaire. Plus le déficit budgétaire est important, plus le recours à l’emprunt est nécessaire pour le financer.
- le Produit Intérieur Brut (PIB). Cet indicateur mesure la capacité du pays à dégager des ressources économiques susceptibles de permettre le remboursement de la dette à long terme.
 la vulnérabilité du pays aux chocs tels que les désastres naturels, la chute des prix à l’exportation, l’augmentation subit des prix des principaux produits importés, etc.

La prise en compte de ces variables dans l’appréciation de la dette conduit au calcul de deux catégories de ratios d’endettement: des ratios de solvabilité et des ratios de liquidité. Les ratios de solvabilité mesurent la capacité du pays à rembourser sa dette à partir de ses gains futurs tandis que les ratios de liquidité mesurent la capacité du pays à mobiliser aujourd’hui les espèces nécessaires au règlement du service de la dette dès qu’elle vient à échéance.

Les ratios de solvabilité

- Le ratio dette/PIB ou le ratio VAN de la dette/PIB. En tenant compte de l’histoire de l’endettement des pays, on peut retenir qu’un ratio VAN dette/PIB dont la valeur est supérieure à 30% ou 50% est source d’asphyxie financière par endettement. Notons que ce seuil est de 60% pour les pays de l’Union Européenne et de 70% pour les pays de l’UEMOA.

- Le ratio dette/exportations ou VAN dette/exportations. Il mesure la capacité du pays à générer des devises pour rembourser la dette. Les analystes en établissent le seuil minimum entre 100% et 300% selon les pays, soit un seuil critique moyen de 200%.
- Le ratio dette/recettes fiscales ou VAN dette/recettes fiscales. Il est pertinent quand le principal débiteur est l’Etat et que sa capacité à mobiliser des recettes fiscales pour le remboursement de la dette pose problème. Son seuil varie de 140 à 260% selon les pays.

Les ratios de liquidité

- Le ratio service de la dette/exportations. Il met l’accent sur la capacité du pays à générer des devises pour régler la partie du service de la dette (intérêt + capital) qui arrive à échéance au cours de l’année. La crainte d’une asphyxie par endettement tend à croître quand ce ratio dépasse 20 à 30%.

- Le ratio service de la dette/recettes fiscales. Il interpelle sur la capacité du pays à mobiliser des recettes fiscales pour régler la partie du service de la dette arrivée à échéance au cours d’une année donnée. Plus il est important, plus la part des recettes fiscales à mobiliser et à affecter au règlement du service de la dette de l’année est importante, moins les recettes fiscales serviront à financer les besoins de base (eau, santé, routes, éducation, etc.). La probabilité d’une asphyxie par endettement commence à apparaitre lorsque ce ratio dépasse 10 à 15%.

- Le ratio dette étrangère à court terme/réserves en devises. Il met l’accent sur la capacité des devises détenues par la banque centrale à pouvoir régler le montant de la dette dont l’échéance de remboursement survient l’année suivante. On retient que le pays est vulnérable à un retrait rapide de capital et à une crise financière lorsque ce ratio se rapproche de 1.

II- Gestion des finances publiques par la gouvernance Ouattara et menaces de surendettement de la Côte d’Ivoire

L’objet de cette deuxième partie est d’apporter un éclairage sur la relation entre le processus d’endettement de la Côte d’Ivoire sous la gouvernance Ouattara et les risques de surendettement que cette gouvernance fait planer sur notre pays. A cette fin, elle est organisée selon deux axes. Le premier axe portera sur l’état des lieux de l’endettement sous la gouvernance Ouattara. Le deuxième axe traitera de la vulnérabilité de l’économie ivoirienne au risque de surendettement.

II1- L’état de l’endettement de la Côte d’Ivoire sous la gouvernance Ouattara et les menaces de surendettement
Le tableau en annexe renseigne sur un certain nombre de variables telles que l’endettement extérieur, le produit intérieur brut, le commerce international ainsi que les recettes fiscales de la Côte d’Ivoire sur la période allant de 1990 à fin décembre 2012. Lesdites informations permettent de calculer les ratios d’endettement que sont les ratios de solvabilité et les ratios de liquidité. Les valeurs de ces ratios donnent une idée sur la viabilité de la dette ivoirienne.

II11- Les ratios de
solvabilité

L’examen du ratio du stock de la dette publique extérieure au PIB permet de conclure qu’en 2012, l’endettement de la Côte d’Ivoire n’est pas sorti de la zone d’alerte. En effet, quel que soit les critères de mesure utilisés pour la dette publique extérieure et pour le PIB, on observe que la part minimale du PIB à affecter au paiement de la dette varie entre 31 et 35% alors que la probabilité d’asphyxie financière par endettement commence à survenir pour un taux supérieur à 30 ou 50% selon les pays.

Tab. N°1 : valeurs du ratio dette/PIB de 2010 à 2012
Sources : Art 4, FMI pour la dette et BCEAO pour le PIB

Les raisons de s’inquiéter d’une asphyxie par endettement sont confortées lorsqu’on se réfère au ratio de la dette publique extérieure aux recettes fiscales.
En effet, quel que soit le critère de la dette publique extérieure utilisé et rapporté aux recettes fiscales, ce ratio excède 175%. Il est supérieur au niveau de 140% qui représente le seuil minimum à partir duquel les risques d’asphyxie financière par endettement commencent à naître.
Même lorsqu’on se réfère aux recettes courantes en ajoutant aux recettes fiscales, les recettes non fiscales telles que les recettes des cotisations de sécurité sociale et autres, le niveau de ce ratio varie de 154% à185%. Il reste compris dans l’intervalle d’alerte.

Tab n°2 : Valeurs du ratio dette/recettes budgétaires
Source : Art 4, FMI pour la dette, BCEAO pour les recettes budgétaires

Cependant, les résultats du ratio de la dette publique extérieure aux exportations pour l’année 2012 sont moins alarmants et invitent à atténuer l’appréciation de la vulnérabilité du pays à une crise de solvabilité. En effet, que ce soit la dette publique extérieure ou la valeur actuelle nette de cette dette qui soit ramené aux exportations nominales ou aux exportations à prix constants, ce ratio n’excède pas 60% en 2012 alors que les craintes d’asphyxie par endettement commencent à apparaître lorsqu’il se situe entre 100% et 300%, soit autour de 200% en moyenne.

Tab n°3 : Valeurs du ratio dette/exportations
Source : Art 4, FMI pour la dette, BCEAO pour les exportations

II12- Les ratios de liquidité

L’examen des ratios de liquidité indique que les exportations constituent un gage rassurant de remboursement de la dette publique extérieure de la Côte d’Ivoire. En effet, de 2010 à 2012, le ratio du service de la dette publique extérieure varie entre 8,25% et 10,53%. Il est inférieur au seuil d’alerte qui est de 20%.
Il faut cependant noter que ce niveau du ratio de la dette extérieure aux exportations n’est pas spécifique à la période de la gouvernance Ouattara puisque, au plus fort de la crise de surendettement de notre pays, ce ratio n’a pas excédé 10%.

Tab n°4 : valeurs du ratio service de la dette/exportations, en %
Sources : Art 4, FMI pour la dette, BCEAO pour les exportations

Les menaces de crise de liquidité sont plus réelles lorsqu’on se réfère au ratio du service de la dette publique extérieure aux recettes fiscales. En effet, que ce ratio soit calculé à partir des recettes fiscales ou des recettes courantes, sa valeur est comprise entre 23% et 34% entre 2010 et 2012, bien au delà de l’intervalle critique de 10 à 15%.

Tab n°5 : valeurs du ratio service de la dette/recettes budgétaires en %
Source : Art 4, FMI pour la dette, BCEAO pour les recettes

On retient de l’examen des ratios d’endettement que la dette publique extérieure de notre pays sous la gouvernance Ouattara est loin d’être viable.

Au regard des ratios d’endettement étudiés, on note que deux variables principales rendent l’économie ivoirienne vulnérable à une crise de surendettement : le PIB et les recettes fiscales.

On note en effet que, sous la gouvernance Ouattara, la Côte d’Ivoire a bénéficié d’un allègement sans précédent de 32% de sa dette publique extérieure au titre de l’IPPTE (5748 milliards en 2010, 3862 milliards en 2012). Malgré cet allègement de la dette qui a été octroyé gratuitement à l’équipe Ouattara, force est de constater que les montants respectifs du PIB et des recettes fiscales ne sont suffisants pour assurer de manière viable ni le règlement à long terme de la dette, ni le paiement du service de la dette qui arrivera à échéance à court terme.

Il est bon d’ajouter que, même si aujourd’hui le niveau des exportations rassure quant à sa capacité à générer des devises pour rembourser la dette à terme, la base des exportations ivoiriennes est relativement étroite et repose sur quelques produits primaires. Elles sont donc sensibles à des chocs tels que ceux provoqués par les modifications climatiques, la volatilité des prix à l’exportation ou à l’importation.

Pourquoi alors la gouvernance Ouattara s’entête-t-elle à imprimer un rythme aussi impressionnant à la dette publique extérieure de la Côte d’Ivoire alors qu’il n’est pas évident que les performances actuelles au niveau du PIB, des exportations et des recettes fiscales se poursuivent avec certitude et de manière continue pour prétendre entretenir une dette publique soutenable à long terme ?

II2- Les fondements philosophiques de l’endettement par la gouvernance Ouattara

Alassane Ouattara a été le premier ministre du Président Houphouët-Boigny de 1991 à 1993, durant l’une des périodes les plus difficiles de ce pays. Il a appliqué des plans d’ajustement destinés à juguler la longue crise d’endettement qu’a connue notre pays et il se souvient de l’échec de ces plans. Il connaît les ravages du surendettement sur la société ivoirienne. Si malgré tout, il n’applique pas aujourd’hui une politique prudente d’endettement, c’est parce qu’il est mû par une logique que nous allons tenter d’analyser.

II21- La doctrine
libérale du RDR

Le Rassemblement des Républicains (RDR) auquel appartient Alassane Ouattara est un parti de droite qui, comme tel, repose sur l’idéologie libérale.

Au plan économique, cette idéologie prône le « laisser-aller » et le « laisser-faire ». L’équilibre économique se produit automatiquement du seul fait des forces du marché. Aussi, l’implication de l’Etat dans l’activité économique doit-elle être réduite au maximum pour lui permettre de n’assurer que ses fonctions régaliennes : défense du territoire et diplomatie, sécurité intérieure, justice et émission de la monnaie.
Il est normal, dans ce contexte de compétition dépourvu de sécurité pour les plus faibles, que ceux-ci disparaissent tandis que les plus forts renforcent leur pouvoir.

Au plan international, le monde est considéré comme un marché unique sur lequel les produits ainsi que les facteurs de production (capital et travail) doivent circuler librement, sans entrave aucune. C’est l’objectif que se sont assignées les organisations telles que l’OMC, le FMI, la Banque Mondiale etc. Dans ce contexte, la souveraineté des nations n’a pas de sens ; les Etats et autres acteurs les plus forts dominent tandis que les plus faibles se soumettent ou sont appelés à disparaitre. Dans ce contexte, l’emprunt est un instrument de domination des plus forts (les préteurs) sur les plus faibles (les emprunteurs).
C’est cette idéologie qu’Alassane Ouattara a appliqué en Côte pendant qu’il était Premier ministre d’Houphouët-Boigny de 1991 à 1993. C’est cette idéologie qu’il applique depuis sa prise du pouvoir par les armes en 2010.

II22- L’endettement, un instrument de domination qui lie Ouattara à ceux qui lui ont donné le pouvoir

Rappelons-nous qu’en 1991, lorsqu’Alassane Ouattara est nommé premier ministre d’Houphouët-Boigny, il s’est engagé à appliquer à l’économie ivoirienne un train de mesures dites de stabilisation en contrepartie de la signature d’un programme avec le FMI et la Banque Mondiale destiné à procurer à la Côte d’Ivoire des prêts nouveaux pour le remboursement de sa colossale dette. Il baissa alors le prix au producteur du cacao qui passa de 400 FCFA à 250 FCFA, il institua les salaires des enseignants à deux vitesses, il supprima la gratuité du transport des étudiants, il licencia les journaliers de la fonction publique, il vendit les entreprises publiques considérées comme stratégiques aux personnes physiques ou morales des pays créanciers de la Côte d’Ivoire. Il obtint son programme avec le FMI et la Banque Mondiale. Mais rien n’y fit. La crise d’endettement n’a pas disparu puisqu’en 1994, le franc CFA a dû être dévalué par rapport au franc français et qu’en 1996, la Côte d’Ivoire a dû souscrire à l’IPPTE. En retour, les intérêts des créanciers de la Côte d’Ivoire se sont renforcés dans notre pays.
Selon la logique d’Alassane Ouattara, la faiblesse de la capacité de production de l’économie ivoirienne ne peut être compensée que par l’emprunt. Malheureusement, il ne peut assumer cette logique puisqu’il est impuissant à faire la promotion des fondements internes de la création des richesses.

L’un des fondements de la création des richesses, c’est bien les recettes fiscales. On l’a vu, elles sont insuffisantes à soutenir le remboursement de la dette et ce n’est pas étonnant. Peut-il en être autrement quand les ex combattants, non formés, sont déversés dans les régies financières. Peut-il en être autrement quand les dirigeants de ces régies financières sont recrutés selon la méthode du « rattrapage » au lieu de l’être par appel à candidature comme l’a fait avec succès le Président Gbagbo ?
Alassane Ouattara ne peut assumer sa logique de l’endettement parce que le partage du butin de guerre lui impose de ne pas fixer des obligations de résultat aux personnes dont il tient sa légitimé et qui, malheureusement pour la Côte d’Ivoire, ont pris possession des leviers du pouvoir.

Un autre indicateur de la création des richesses, c’est le produit intérieur brut. On note qu’en Côte d’Ivoire, le PIB est principalement entretenu par le secteur primaire, avec les produits d’exportation que sont le cacao, le café, l’hévéa, le palmier à huile. Malheureusement, la part de l’industrie dans le PIB n’est que de 15% en 2012 alors qu’il était de 34% en 2000 et de 18% en 2010. Or l’histoire montre qu’un pays ne peut être considéré comme émergent ou développé que si son PIB repose principalement sur l’industrialisation.
Par ailleurs, il est admis que la vulnérabilité d’un pays à une crise de surendettement se réduit au fur et à mesure de la diversification de ses bases de production. C’est pourquoi, le seul fait d’avoir bénéficié de l’allègement du fardeau de la dette ne peut justifier qu’Alassane Ouattara hypothèque le sort des générations futures de la Côte d’Ivoire en s’engageant dans une course effrénée vers la reprise d’un endettement massif de notre pays.

Conclusion

Je voudrais conclure cette intervention en nous invitant à relire l’interview que la RTI a faite à Alassane Ouattara, relativement à l’obtention du point d’achèvement de l’IPPTE et qui a été publiée dans le journal « Notre Voie », le 18 décembre 2012.
- Question de la Rti : « L’une des conséquences de l’annulation de la dette extérieure est le renforcement de la capacité d’emprunt de la Côte d’Ivoire. Quelle sera la nouvelle politique d’endettement de la Côte d’Ivoire pour que les futurs enfants ivoiriens n’héritent pas de dettes colossales ? »
- Réponse d’Alassane Ouattara : « Nous avons moins de dettes que la France, l’Allemagne ou d’autres pays. Avec l’annulation de notre dette par le Ppte, nous allons tomber à près de 15%. Je pense que c’est un niveau raisonnable. Après cela, je n’irai plus emprunter auprès des institutions publiques. J’irai sur les marchés financiers. Si par exemple, j’ai besoin d’un milliard d’euros pour investir dans le chemin de fer, parce que j’ai une bonne signature et un déficit quasiment nul, le taux d’inflation est bas et le pays est bien géré-, j’irais emprunter sur les marchés internationaux. Ce ne sera plus nécessaire d’aller au Fonds monétaire international ou à la Banque mondiale. C’est ce que j’avais comme ambition en 1990 quand j’étais Premier ministre. Je suis content qu’avant la fin de mon mandat, nous puissions le faire. Ce sont des prêts qui seront affectés à des projets qui financeront le remboursement. Ce ne sera plus un endettement qui va peser sur les Ivoiriens ou nos enfants, comme ce que nous avons vécu ».

Je me rappelle que quelques jours après, Alassane Ouattara s’est rendu à Paris pour le financement du PND et qu’il a sollicité du FMI, de la Banque Mondiale et des autres créanciers privés et publics, un emprunt de plus de 4.300 milliards de francs CFA. Apprécions tous.

Je vous remercie.



Dr. Diégba Blaise

Vendredi 10 Mai 2013
Vu (s) 899 fois



1.Posté par charlie bronx le 10/05/2013 14:34 | Alerter
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Blaise Diégba dit sans doute vrai. Mais ce qu'il ne dit pas, c'est qu'un homme compétent pour engager un pays est un homme qui a gagné les élections à la loyale.

Si les Occidentaux ont par des moyens militaires opéré un coup d'Etat pour installer leur homme à la tête d'un pays, et que cet homme va s'endetter auprès d'eux, cela ne regarde qu'eux-mêmes occidentaux et cet homme qu'ils ont installé. En quoi le peuple qui ne l'a pas choisi pour le diriger est concerné par ces dettes ?

Les occidentaux doivent savoir que leurs méfaits dans le monde ne sont pas sans conséquences pour eux mêmes. Les dettes contractées par Ouattara sont dues par Ouattara et lui seul, pour la bonne raison qu'il n'est au pouvoir qu'en vertu d'un deal avec les occidentaux et en vertu de rien d'autre. Le peuple de Côte d'Ivoire n'est en rien concerné par ces dettes. Si Ouattara prétend avoir dépensé cet argent en faveur des Ivoiriens, les Ivoiriens qui le veulent bien pourront aller lui dire merci si ça leur chante, mais le peuple de Côte d'Ivoire n'est rigoureusement en rien concerné par ces dettes.

Que ce soit aujourd'hui, demain ou dans mille ans, un jour ou l'autre, cette vérité refera surface et le remboursement de cette dette sera soit annulé (autrement dit, ce qui aura été déjà remboursé sera considéré comme un excédent de versement payé à tort), soit stoppé, soit les deux.

Les dettes de Ouattara ne concernent pas la Côte d'Ivoire. ça apprendra aux occidentaux à renverser des présidents élus pour installer leurs pantins.

2.Posté par charlie bronx le 10/05/2013 14:39 | Alerter
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Quand ces dettes seront annulées, cela donnera sans doute lieu à une compensation entre l'excédent de versement déjà versé, et l'ensemble de la dette nationale reconnue par le peuple.

Rira bien qui rira le dernier.

3.Posté par Hermann N'da le 10/05/2013 20:24 | Alerter
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Tu dis vrai camarade Diegba Kotro Blaise. Merci Monsieur le Maire pour cette contribution hautement appréciable. Dieu te garde, digne fils de Fresco.

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