Le journal pro-gouvernemental Fraternité Matin s’est fait l’écho de la démarche des avocats de l’Etat ivoirien auprès de la Cour Pénal internationale pour contrebalancer l’accusation portée contre leur client pour torture et mauvais traitement du président Laurent Gbagbo lors de son incarcération à Korhogo. « Laurent Gbagbo n’a subi aucun traitement inhumain ni dégradant ni, a fortiori, n’a été soumis à la torture et tenant compte des circonstances particulières dans lesquelles le conflit à plonger le système judiciaire ivoirien, ses droits ont été respectés. » ont souligné Jean Pierre Mignard et Jean Paul Benoit les avocats qui se sont subitement réveillés le 18 juin dernier pour nier les récriminations portées par le président Gbagbo depuis sa première comparution devant la CPI le 05 décembre 2011 dernier.
Pourquoi a-t-il fallu six mois à l’Etat de Alassane Ouattara pour réagir à une accusation de torture sur la personne d’un ancien chef d’Etat ? Cette question est bonne à retenir pour susciter la réflexion. Mais là n’est certainement pas la préoccupation de fond. Au jeu des révélations de dernières minutes pour étouffer la défense de Gbagbo, les avocats du régime de Ouattara peuvent jouer à leur guise. Sauf que pour cette accusation précise, il y a longtemps que le débat a quitté le champ des supputations malhonnêtes. La CPI elle-même, après des expertises médicales, a établi la véracité de ce que le président Laurent Gbagbo avait déjà dit avoir subi. Aussi sommes-nous fondés à dire que la démarche des avocats d’Alassane Ouattara est un acte désespéré pour deux raisons.
Premièrement vont-ils récuser ou poursuivre la Cour Pénal Internationale pour diffamation ou mensonge ? Leur manque de confiance en cette cour les conduira-t-il à lui reprendre le dossier Gbagbo ? Mais pour quelle autre cour à l’abri de la justice des vainqueurs ? Deuxièmement, ces avocats vont-il se rendre à la Haye pour exposer à la Cour ce que signifie pour eux un traitement humain ?
Parce qu’apparemment pour ces messieurs, pour que le président Laurent Gbagbo parle de traitement inhumain, il aurait fallu qu’il le dise d’outre tombe. Puisqu’il a eu la vie sauve, il ne peut prétendre avoir été maltraité. Tenez vous bien, ces avocats soulignent dans leur document déposé auprès de la CPI qu’Alassane Ouattara s’étant investi particulièrement pour que Gbagbo ait la vie sauve, il ne peut donc prétendre avoir été victime de traitements inhumains. Vous comprenez avec moi qu’il n’y a pas que les mercenaires dozos qu’on a recrutés dans des champs de Sorgho. Même les avocats assimilent traitement inhumain à un assassinat. Je me refuse de douter de la compétence et de l’intelligence de ces avocats mais voilà où nous conduit, dans l’absurdité, l’obstination à vouloir défendre l’indéfendable.
Le PDCI et les piques à l’allié
Le PDCI, l’un des membres influent du RHDP ne se sent plus bien dans l’alliance. Mais on comprend aussi qu’il ne puisse pas le dire et rompre les liens. Objectivement, pour deux raisons qui montrent bien à quel régime nous avons affaire. Même les alliés n’échappent pas à la pression des tenailles du pouvoir. Le PDCI n’a pas le courage de dénoncer les dérives du pouvoir de Alassane Ouattara parce qu’il ne fait bon actuellement d’être opposant dans cette tyrannie qui ne dit pas son nom. L’exil, la misère, les enlèvements, les accusations de complot, les goulags du nord dans le meilleur des cas sinon la mort pour les moins chanceux, voici le sort des opposants sous Ouattara.
Les dialogues qu’il initie avec ceux qu’il garde libres, servent à tromper la communauté internationale et à montrer le profil d’un régime qui discute avec ses opposants. C’est de la poudre aux yeux ! De deux, un tiens vaut mieux que deux tu l’auras. Un poste de Premier ministre et quelques strapontins de ministères valent mieux que les promesses d’une révolte dont on n’est sûr d’en sortir vivant. Le PDCI est un parti de pouvoir. L’un de ses dignitaires avait dit qu’il n’a pas appris l’art de s’opposer. C’est pourquoi, depuis les indépendances, ce parti est de tous les gouvernements que la Côte d’Ivoire a connus. C’est la mentalité de celui qui veut toujours manger aussi. Il n’a pas le temps pour la révolte.
Et pourtant cette fois, le repas semble indigeste. Le cuisinier est loin d’être un cordon bleu et il ne faut pas le lui faire savoir au risque de devenir soi-même le mets de résistance. Après tout ce le PDCI a sorti lors de la réunion de son bureau politique, il y a quelque temps contre le RDR, et malgré la réaction menaçante du parti au pouvoir, le PDCI vient de remettre le couvert en portant plainte contre son allié devant le représentant de l’Onu en Côte d’Ivoire. Djédjé Mady aurait clairement dit, lors d’une rencontre de son parti avec Bert Koenders, que la sécurité est inexistante en Côte d’Ivoire.
Il n’y a pas deux façons de se révolter et d’envoyer des piques à l’allié politique en charge du dossier. Même si cette allusion devrait remonter avant la prise de pouvoir de ce dernier, dans la tête du dénonciateur, le RDR y est pour beaucoup dans la situation sécuritaire instable du pays depuis deux décennies. Au-delà, c’est un aveu d’échec total parce que les Ivoiriens n’oublieront jamais que cette coalition de partis politiques avait juré de faire revivre l’époque de Félix Houphouët Boigny en leur ramenant la paix et des cargos d’argent. Si le PDCI constate que son allié et lui ont échoué, il ne reste plus que l’orgueil, qui précède la chute, pour les empêcher de le dire clairement.
Bert Koenders veut justifier son salaire
Bert Koenders est le représentant spécial du secrétaire général de l’Onu en Côte d’Ivoire. Ce monsieur qui assure le service après vente du succès guerrier de Yongi Choi, nous semble moins agité que son prédécesseur Coréen. Cela va de soi. Il est censé gérer l’après Gbagbo qui, dans leur entendement, équivaut à une fin de mission tranquille. Ce matin, dans ma pérégrination sur le web, je suis tombé sur un texte qui rend compte du réveil subit du diplomate. Comme s’il venait d’arriver à Abidjan, ce qui par ailleurs n’est pas faux, Koenders s’inquiète de la teneur du langage des hommes politiques.
Dans un communiqué rendu public, il relève que « L’Onuci est préoccupée par le retour d’une nouvelle vague de dérives de langage et de propos virulents de certains acteurs politiques» et que «L’Onuci a reçu le mandat de surveiller le comportement des médias et les propos incitant à la violence et de faire un rapport tous les mois, au comité des sanctions du Conseil de sécurité, de ses observations en la matière » Si nous partons de l’idée que c’est l’Onu qui fait cette interpellation, ce n’est pas trop tôt et c’est surprenant, parce que c’est la radio de cette organisation internationale qui tend ses microphones aux va-t-en guerre dans la crise ivoirienne.
Quant à Koenders, il devrait savoir qu’en Côte d’Ivoire, il n’est pas le premier et ne sera pas certainement le dernier à demander aux Ivoiriens de pratiquer le « bon ton ». Il n’est certes pas mauvais pour un diplomate de prévenir les crises en demandant aux politiques de tempérer le niveau du ton dans leurs adresses sauf que dans le fond, cette démarche de bons offices ressemble bien a du saupoudrage dans une crise dont on contrôle toutes les ficelles. Les hommes politiques ne sont pas nerveux ou insultants pour le plaisir de l’être. Et nulle part, on n’a vu quelqu’un passer de vie à trépas pour avoir été insulté. Dans un cadre politique bien structuré, les politiques ne tiennent pas des propos incendiaires. Et des propos, quand ils ne sont qu’incendiaires, ne produisent pas en fait un incendie.
Aussi Koenders devrait-il savoir que le problème est ailleurs. Les niveaux de tons des hommes politiques ne sont que la conséquence du dysfonctionnement de notre Etat. Nous avions naïvement pensé que l’ONUCI s’était implantée en Cote d’Ivoire pour aider notre pays divisé par une rébellion sauvage à sortir de la crise et consolider notre démocratie parce qu’en réalité dans une démocratie on n’interpelle pas les hommes politiques sur le ton de leur langage, ils savent qu’ils le payent cash. Nous étions loin de penser qu’elle viendrait soutenir la rébellion, bombarder nos institutions et soutenir un régime dictatorial. En revanche si Koenders ne veut faire que des interpellations oiseuses pour justifier son salaire, qu’il prenne toutes les déclarations du secrétaire général du parti au pouvoir depuis qu’il est là. Il comprendra que ce sont les mêmes qui incendient qui tiennent les propos incendiaires.
C’est le moment
Ce matin, j’ai voulu faire une réflexion sur la situation actuelle des Ivoiriens. J’ai eu cette expression amusante en tête : « on ne marche pas un peu » et je me suis rendu compte a quel point nous étions tous enfermés dans une prison de peur qui nous empêche de crier notre douleur même quand nous sommes piétinés. J’étais dans cette brume réflexive quand un ami qui me fait l’honneur de me titiller sur le réveil du Continent m’a envoyé ce texte de Patsaïëv Bro. Je préfère me contenter de le citer longuement : « La France vient de se doter d'une majorité Présidentielle et législative, jusqu'au Sénat et les conseils régionaux. Le changement est certainement en route.
Mais, attention il faut éviter d’être euphorique quant à la Françafrique. Le PS et l'UMP mangeant dans la même gamelle à ce sujet. Il nous faut nous apprêter à battre le pavé pour rappeler à François Hollande sa promesse électorale, celle de mettre fin à ce système inique de rapport entre Etats. Les relations entre la France et les pays africains francophones devraient pouvoir trouver une nouvelle dynamique. Mais la France a trop d’intérêts financiers et politiques en Afrique pour concéder aussi facilement du terrain. Il faudra donc que les Africains eux-mêmes cherchent à s'imposer dans ce débat et prouvent qu'ils peuvent avancer sans se diviser et s'entre tuer pour un oui ou pour un non.
Le moment semble plus favorable aujourd’hui. Le temps est venu pour l'Afrique de s’assurer une position confortable sur la scène politique mondiale, car le Parti Socialiste français sait désormais qu’il ne pourra pas y faire barrage impunément. La balle est donc dans le camp de l'Afrique. Il nous faut nous mobiliser contre les despotes qui font le lit de la Françafrique et qui ne sont là que pour assurer la pérennité de la colonisation sous une forme qui se cache sous le concept de démocratie imposée par des élections truquées et des bombes. Il nous faut aussi activer en France les réseaux associatifs qui militent en ce sens.
Il existe des français qui partagent cette option d'égalité et de respect entre les peuples par l'établissement de relations gagnant-gagnant. Nous allons nous mettre en ordre de bataille pour faire fléchir cette politique d'un autre âge et mettre François Hollande devant ses responsabilités et engagements. Pour les Ivoiriens, il vous faut dépasser vos clivages politiques, vos rancœurs et vos haines distillées à grand renfort de médias peu scrupuleux destinés à vous diviser.
Elevez vous au dessus des partis politiques. Imposez leur votre conviction d'en finir avec la Françafrique et d'installer chez vous une démocratie qui vous ressemble et vous rassemble, une démocratie qui n'est pas forcément un copier/coller de celle de l'occident, laquelle d'ailleurs, n'est pas universelle, et ne s’applique même pas sur tout l’espace européen malgré les apparences. Retenez que le peuple a toujours le dernier mot quand il est uni pour un objectif. S’il y a bien un thème qui devrait faire l'unanimité chez les Africains, c'est bien celui de combattre la Françafrique qui nous déshonore et nous humilie en nous spoliant de nos richesses. C'est à nous d'expliquer le rôle néfaste que jouent les dirigeants africains actuels empêchant un véritable développement de nos pays et surtout d'atteindre une véritable indépendance.
Car tant que nous serons sous la domination du Franc CFA, nous n'aurons aucune marge de manœuvre dans nos choix de développement. Attention aussi aux pseudo-organisations qui brassent beaucoup de vent d'illusions pour tromper notre vigilance, nous faisant croire que l'Afrique bouge malgré tout. L'UA est incapable d'assurer sa propre sécurité et encore moins, son autonomie financière. Cet outil est un leurre pour endormir les consciences et donner l'impression que les Africains sont dans le concert des nations. Rien qu'au niveau du commerce intra-africain, les blocages de la Françafrique sont nombreux tout comme ceux de l'OMC. Les exemples sont nombreux, je n'ai pas besoin de m'appesantir sur ce sujet. Africains, nous avons devant nous une occasion de sortir de l'ornière du néocolonialisme. Ne la ratons pas, demain il sera trop tard pour notre génération et pour nos enfants ».
Joseph Marat


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