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France-Côte d’Ivoire: Quel accord de défense pour des relations plus stables ?

le Jeudi 26 Janvier 2012 à 08:20 | Lu 850 fois



France-Côte d’Ivoire: Quel accord de défense pour des relations  plus stables  ?
Le 26 janvier 2012 par Fraternité matin - C’est ce 26 janvier à Paris en France que la Côte d’Ivoire représentée par son président SEM Alassane Ouattara et la France par son

président Nicolas Sarkozy vont parapher le nouvel accord de défense entre les deux pays. Que renferme ce nouvel accord de défense qui a servi de prétexte au pourrissement des relations entre Paris et Abidjan pendant des années ? Pour l’instant, on n’en sait pas grand-chose. Cet article donne quelques informations l’ancien accord et les relations entre la Côte d’Ivoire et la France depuis 1637.

Le 24 avril 1961, 1es gouvernements de France et de Côte d'Ivoire concluaient un "traité et des accords de coopération et de défense".Bien que la rédaction de ces accords s'efforce d'établir une sorte d'égalité confortée par d'apparentes clauses de réciprocité entre les deux partenaires, il est évident qu'en utilisant les "traditions de liens historiques", ces accords touchant l'ensemble de l'activité du nouvel état indépendant, attachent d'une manière presque exclusive l'avenir de la Côte d'Ivoire à son ancien colonisateur.

Les domaines traités dans ces accords concernent les échanges, la monnaie, la justice, l'enseignement supérieur, secondaire, primaire et technique, la poste, l'aviation civile, la marine marchande, les matières premières et produits stratégiques.
Mais si la plupart de ces accords ont connu au fil des années de nombreuses modifications, si certains ont été déclarés périmés ou sont tombés en désuétude, les Accords militaires ou de Défense et leurs annexes ont subsisté, pour l'essentiel de leurs clauses. Ils officialisent la présence des troupes françaises en Côte d'Ivoire.

Quelques éléments :

L'article 1 de « l'accord d'assistance militaire technique » précise que cet accord a été conclu "à la demande de la République de la Côte d'Ivoire (!)
L'article 3 stipule que pour assurer la "standardisation des armements", la Côte d'Ivoire s'adresse "en priorité " à la France pour l'entretien, le renouvellement des matériels et des équipements de manière si possible "gratuite".
L'article 8 indique que la France assure la formation et le perfectionnement des forces armées de Côte d'Ivoire et s'engage à y consacrer les moyens financiers et en personnel nécessaires. Les futurs cadres sont formés dans les grandes écoles militaires françaises aux frais de la France.

Article 9 : La France met à la disposition de l’organisation de l'instruction et de l'encadrement des forces armées ivoiriennes, les officiers, sous-officiers et hommes de troupes nécessaires.

Une « annexe 1 » traite longuement (12 articles) du statut des membres des forces armées françaises en Côte d'Ivoire: c'est un véritable statut d'exterritorialité. Une « annexe 2 » traite des « facilités mutuelles en matière de défense ». Mais on ne spécifie évidemment rien dans cette mutualisation sur les effectifs ivoiriens qui pourraient se trouver en France.
Plus précis, un autre « accord de défense » a été conclu à la même date du 24 avril 1961 incluant, outre la Côte d'Ivoire, le Dahomey (aujourd'hui le Bénin) et le Niger. L'article 2 précise que les trois républiques africaines peuvent demander à la république française une aide "dans des conditions définies par des accords spéciaux" (non publiés).

Le préambule de cet accord stipule qu'il s'agit de la « volonté de coopérer dans le domaine de la défense, notamment (sic) de la défense extérieure ». L'article 4 reconnaît à la France « la libre disposition des installations militaires nécessaires aux besoins de la défense ».

Un Conseil de défense est institué par une « annexe 1 » pour la mise en œuvre de l'accord entre les trois républiques africaines visées et la France. Le secrétariat permanent de ce Conseil sera organisé par un général français.
À la date où sont écrites ces lignes, il est clair que le gouvernement de la Côte d'Ivoire a sollicité l'aide militaire française en se prévalant d'accords non publiés entre les deux États. Mais il ne semble pas, contrairement aux stipulations des accords publiés, que l'importance des effectifs, leur stationnement et leurs mouvements actuels aient été discutés par le « Conseil de Défense ».
Le premier contact entre la Côte d’Ivoire et la France
Le premier contact avec la France date de 1637, lorsque des missionnaires débarquent à Assinie, près de la Côte-de-l'Or (actuel Ghana).

En 1687, deux ans après le code noir, des missionnaires et des commerçants français s'installent à nouveau sur le site d'Assinie, à l'extrémité est du littoral, vers la Côte de l'or, mais ils repartent en 1705 après avoir construit et occupé le fort Saint-Louis, de 1701 à 1704, car le commerce des esclaves contre des céréales ne rapporte pas assez.

Parmi eux, le chevalier d'Amon et l'amiral Jean-Baptiste du Casse, directeur de la Compagnie du Sénégal, principale société esclavagiste française, débarquent, intéressés par le trafic de l'or, et sont reçus à la cour du roi Zéna.
Ils ramèneront en France le jeune « prince » Aniaba et son cousin Banga, lesquels seront présentés au roi de France Louis XIV et se convertiront au catholicisme (Aniaba sera baptisé par Bossuet, évêque de Meaux). Ils deviendront officiers dans le Régiment du Roi, avant de retourner à Issiny vers 1700. Aniaba serait devenu en 1704 conseiller du roi de Quita (actuel Togo), se faisant appeler Hannibal.

Histoire de la Côte d'Ivoire au XIXe siècle.

Au XVIIIe siècle, la région est envahie par deux ethnies appartenant au groupe des "Akans" : les Agnis dans le sud-est et les Baoulés dans le centre. Les explorateurs, missionnaires, commerçants et soldats étendirent progressivement le territoire sous contrôle français à partir de la région de la lagune. Cependant, la colonisation ne fut pas achevée avant 1915.
Le territoire de l'actuelle Côte d'Ivoire et environs, tel qu'ils étaient connus en 1889. Sur cette carte allemande de 1889 (cliquer pour agrandir), où la région est considérée comme faisant partie de l'« Ober Guinea » (Haute-Guinée, s'étendant du Liberia au Cameroun), on remarque combien l'intérieur des terres restait à l'époque « terra incognita » des géographes.

Les établissements français se limitent à une étroite bande de terre, entre Lahou et Assinie, avec Grand-Bassam au centre (et Fort Nemours, construit en 1843). Les légendaires Monts de Kong, dont Binger démontra l'inexistence, y apparaissent encore (avec un point d'interrogation). En dehors de quelques localités comme Krindjabo, Bondoukou, Kong, Tingrela, la carte de l'intérieur du pays est quasiment vide.

Colonisation française

La Côte d'Ivoire devient officiellement une colonie française le 10 mars 1893. Le capitaine Binger, qui partit de Dakar pour rallier Kong, où il rencontra Louis Marie Marcel Treich-Laplène (un commis d'Arthur Verdier), fut le premier gouverneur. La capitale était à Grand-Bassam. Il négocia des traités frontaliers avec le Royaume-Uni (pour le Liberia) et plus tard commença une campagne qui dura jusqu'en 1898 contre Samory Touré, un chef guerrier malinké guinéen.

De 1904 à 1958, le pays est inclus dans la Fédération de l'ouest africain français appelée Afrique occidentale française (AOF). C'était une colonie et un territoire d'outre-mer pendant la Troisième République. Jusqu'à la période suivant la Seconde Guerre mondiale, les affaires gouvernementales sont caractérisées par l'association qui faisait des habitants des colonies des sujets français sans droit de représentation. Sa capitale est Bingerville jusqu'en 1933, puis Abidjan.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le Régime de Vichy garde le contrôle du territoire jusqu'en 1943, quand le GPRF prit le contrôle de l'AOF. La conférence de Brazzaville en 1944, la première assemblée constituante de 1946 et la gratitude de la France pour la loyauté des Africains poussèrent à des réformes à partir de 1946.

La citoyenneté française fut accordée aux sujets africains, le droit de s'organiser politiquement leur fut reconnu, et le travail forcé fut aboli par la loi du 11 avril 1946, proposée par Félix Houphouët-Boigny.
En 1956, la loi-cadre de réforme de l'outremer décida du transfert de nombreux pouvoirs de Paris vers des autorités locales et d'une plus grande uniformisation des conditions de vote.

L'indépendance

Félix Houphouët-Boigny, acteur majeur de l'indépendance ivoirienne. En décembre 1958, la Côte d'Ivoire devient une république autonome par le référendum, qui crée la Communauté française entre la France et ses anciennes colonies. Elle est alors dirigée par un premier ministre, Auguste Denise, auquel succèdera Félix Houphouët-Boigny en avril 1959. Avec cette autonomie la Côte d'Ivoire ne devait plus partager ses richesses avec les autres colonies pauvres du Sahel, le budget de l'administration ivoirienne augmenta ainsi de 152%. Le 7 août 1960 l'indépendance prend effet. Le pays reste cependant très lié à la France :

Sa monnaie est dirigée par la Banque de France, par le biais de l'union monétaire d'Afrique occidentale (franc CFA) ; de nombreux investissements français rendent l'économie ivoirienne dépendante de la France.

L'ère Houphouët-Boigny

Le président-fondateur est Félix Houphouët-Boigny. Il le resta à vie, s'appuyant sur son parti unique, le Parti démocratique de la Côte d'Ivoire (PDCI). Il est également un des fondateurs du Rassemblement démocratique africain (RDA), parti politique d'avant l'indépendance pour toute l'Afrique occidentale française (exceptée la Mauritanie).

Il commence sa carrière en 1944 en fondant le Syndicat agricole africain, qui fut le noyau du PDCI. Après la Seconde Guerre mondiale, il est élu d'une courte majorité à la première assemblée constituante. Il représente ensuite la Côte d'Ivoire à l'Assemblée nationale de 1946 à 1959, se consacrant essentiellement aux organisations politiques inter-territoriales au sein de l'AOF, et à l'amélioration des conditions de travail. Il est également ministre de la République trois ans durant.

Il devient le premier ministre de la Côte d'Ivoire en avril 1959, et en 1960 est élu président. Il est ensuite constamment réélu de cinq ans en cinq ans à partir de 1965. Son parti unique, le PDCI-RDA, occupe tous les sièges de l'Assemblée nationale.
En mai 1959, Félix Houphouët-Boigny crée le Conseil de l'entente avec le Niger, la Haute-Volta (Burkina Faso), le Togo, et le Dahomey (Bénin), organisation de développement économique. Il affirme que la seule voie pour la solidarité africaine est le développement économique progressif et la coopération politique, reconnaissant le principe de non-intervention dans les affaires internes des États africains.

Le 21 avril 1961, il signe un accord d'assistance militaire avec la France. Cet accord est également signé par le Dahomey et le Mali.
En 1964, la polygamie est abolie.

Les années 1970 à 1985 furent plus calmes, grâce à l'habileté politique du président, qui achetait ses opposants, et grâce à la bonne situation économique. La dégradation de celle-ci, au cours des années 1980, provoqua une agitation étudiante, la révolte de barons du régime et la naissance d'une opposition clandestine.

Les manifestations étudiantes du 9 février 1982 révèlent en Laurent Gbagbo un leader d'opinion (l'interdiction d'une de ses conférences est la cause immédiate du mouvement), qui fonde le Front populaire ivoirien (FPI), et s'exile en France.
Le 21 mars 1983, Yamoussoukro devient la capitale politique et administrative de Côte d'Ivoire.

Félix Houphouët-Boigny a cependant préparé, en fin de règne, la voie vers la démocratisation en 1990 par quelques réformes : les partis politiques sont autorisés le 5 mai (14 se forment).
Pour la première fois, il y a deux candidats à l'élection présidentielle : Laurent Gbagbo obtient 18 % des voix face au président sortant.

Malgré ces avancées, Laurent Gbagbo est arrêté après les manifestations de février 1992, et emprisonné pendant quelques mois, ainsi que son épouse, Simone Ehivet Gbagbo.
Félix Houphouët-Boigny décède le 7 décembre 1993.

Les successeurs

Henri Konan Bédié, président intérimaire en tant que président de l'Assemblée nationale, puis élu le 22 octobre 1995 avec 96,44 % des voix, tous les autres candidats sauf un (Francis Wodié, représentant le PIT) ayant boycotté les élections. Il perdit le pouvoir lors d'un putsch à Noël 1999.

Le général Robert Guéï, qui prend le pouvoir, est assassiné lors du putsch manqué du Mouvement patriotique de Côte d'Ivoire (MPCI) en 2002.

Laurent Gbagbo, vainqueur controversé des élections de 2000, et porté au pouvoir par les manifestants devant le refus de Guéï de reconnaître le résultat des élections.

Alassane Dramane Ouattara, vainqueur des élections selon la Commission Électorale Indépendante (CEI), l'ONUCI et une grande partie de la Communauté internationale est investi président de la République après de violents affrontements à Abidjan et en province, il sera investi le 21 mai 2011.

Théodore Kouadio

Jeudi 26 Janvier 2012
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