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Dr Louis-Marie Kakdeu, ethnolinguiste et politologue camerounais décrypte la crise au FPI

L'Afrique en mouvement - Afrik53.com : Infos 7J/7 le Jeudi 14 Mai 2015 à 08:16 | Lu 666 fois



Quelle lecture faites-vous à l’international de la crise au FPI ?

Je dois dire tout d’abord que la crise au FPI aujourd’hui est commune à tous les anciens partis au pouvoir en Afrique. Le cas du FPI est populaire parce qu’il s’agit du parti de Laurent Gbagbo dont les Africains et les «justes» au niveau international ont soutenu le combat et la résistance. Donc, le problème du FPI aujourd’hui est un problème déjà connu dans l’espace franco-francophone. La crise à l’UMP en France ne vous a pas échappé.

Qu’est-ce qui explique donc cette crise qui aurait pu être résolue si tôt pour que l’opposition reprenne sa marche dans la conquête du pouvoir ?

L’histoire de la création des partis politiques dans l’espace franco-francophone.Les partis ont été créés autour d’un individu et non autour d’un projet de société.Les textes des partis ont été conçus pour consacrer l’individu à vie. L’absence de cet individu crée toujours un vide difficile à combler. Vous voyez que même le RHDP n’a pas été créé autour d’un projet de société. Il a été créé autour du nom d’un individu. C’est un souci et c’est le même souci aujourd’hui au FPI. Il y a dans les deux camps une surenchère du nom de Laurent Gbagbo au lieu de travailler sur un projet de société. Les partis politiques africains doivent être réformés.

Soyez plus explicite Docteur ?

Une fois de plus, on parle du FPI mais, on pourrait bien aussi parler du PDCI, du RDR ou même du RPDC au Cameroun. Il s’agit simplement d’un manque de démocratie dans les partis politiques en Afrique. Ce manque de démocratie est institutionnel, c’est-à-dire qu’il est consacré par les textes. Au PDCI, le pire est arrivé après la disparition du président Houphouët. Le parti s’est divisé et la guerre est arrivée. Au RDR, le même problème se posera après le départ du président Ouattara. Ce qui sauve la Côte d’Ivoire aujourd’hui, c’est que le FPI n’a pas une tradition de force. Alors qu’au RDR, on a des gens comme Soro qui sont clairs : ‘‘on déloge par la force’’.

Le FPI a pour force ou pour faiblesse le combat par la mobilisation de masse à main nue. C’est très naïf pour les uns et très puissant pour les autres.Ailleurs, même dans toute l’Afrique, d’autres utilisent la force de la justice, la force des armes, la force des réseaux françafricains ou la force des réseaux ésotériques.

Le voyant tourné en rond et «naïvement» face à ses opposants armés, il semble que certains présidents africains demandaient à Laurent Gbagbo si de «simples» accidents de circulation n’existaient pas dans son pays. Cela veut dire ce que cela veut dire. Les autres politiciens ne comptent pas sur la masse, ils comptent sur l’une des forces que j’ai citées plus haut pour atteindre leurs adversaires. Je ne crains pas pour le FPI. Je crains pour le RDR et le PDCI lorsqu’il faudra remplacer le président Ouattara.

Parlons du FPI pour être concret…

Le problème du FPI est qu’il a voulu utiliser les moyens démocratiques pour combattre sans démocratiser d’abord le parti.Les textes du FPI sont un monstre qui fait des ravages. Au FPI, ce ne sont pas les individus qui s’affrontent. Ce sont les textes qui posent problème. Au lieu de résoudre le problème du vide causé par le énième emprisonnement de Laurent Gbagbo, les textes du FPI ont enfoncé le parti.

Qu’est-ce qui cloche dans les textes selon vous ?

Trois choses. La première chose est le statut du secrétaire général du parti qui est le numéro deux. C’est absurde dans un système présidentialiste et hiérarchique. Si mes informations sont exactes, alors le parti a été longtemps dirigé par un secrétaire général avant l’accession au pouvoir. Mais, lorsqu’ils ont créé la présidence, ils n’ont pas suffisamment réformé le statut du secrétariat général. Le FPI fait du secrétaire général une personnalité plus importante que le vice-président. D’ailleurs, on en nomme des dizaines, ce qui prouve bien que ce poste n’est quesymbolique. C’est un souci qu’il faut corriger si l’on veut rester dans le système présidentialiste.

La crise, la version irréversible, est née du limogeage «arbitraire» de Laurent Akoun et de ses amis ou encore de la nomination «abusive» d’Agnès Monnet. Avant cet événement en début 2014, il y avait des dissensions sur la nécessité de tourner ou non la page de Laurent Gbagbo mais, cela n’aurait jamais abouti à l’implosion du parti. Par décision du 4 juillet 2014, le président Affi a voulu se rattraper mais, en vain. L’affrontement entre Affi et Akoun a plongé le parti. Vous voyez ? C’est encore une affaire d’individus.

Akoun, vice-président, était moins important que Monnet, secrétaire général. C’est absurde dans le système présidentialiste. En l’état, si l’on fait l’organigramme réel du FPI, il n’y aurait personne entre le président et le secrétaire général. Le vice-président interviendrait parallèlement à la présidence et serait relié à l’ensemble par une branche, ce qui montre qu’il n’a qu’une fonction consultative ou honorifique.




Dans un système présidentialiste, le vice-président commande le secrétaire général. La deuxième chose est que le parti a été créé à l’image de Laurent Gbagbo. Or, démocrate qu’il est et c’est très rare en Afrique, il a cédé la tête du parti en 2001. Le président Affi veut diriger de main de fer un parti qu’il n’a pas créé. C’est presqu’impossible dans le monde franco-francophone. Tous ceux qui prennent la tête d’un parti qu’ils n’ont pas créé, recréent le parti.

Affi ne l’a pas fait à temps et il ne réussira pas, même avec la force de la justice, à contrôler le FPI. Nicolas Sarkozy est en train de changer le nom de l’UMP en France afin de pouvoir diriger un parti qu’il aurait créé. Ce sera sa propriété. Paul Biya a changé le nom de l’UNC et c’est pour cela qu’il est le maître du jeu. Dans le monde franco-francophone, le parti est une propriété privé. D’ailleurs, lorsque je lis la presse ivoirienne, des éditorialistes ne s’arrêtent pas de demander à la justice ivoirienne de laisser à Laurent Gbagbo son parti. Je crains qu’il n’y ait pas d’autres solutions au FPI si l’on ne change pas de nom. Troisièmement, le problème est le présidentialisme des partis lui-même.

Seul le président tire sa légitimité du congrès. Tous les autres membres du bureau sont nommés par le président, y compris le vice-président. C’est complètement dictatorial. Une fois de plus, ce n’est pas valable uniquement au FPI. C’est valable pour tous les grands partis en Afrique francophone et en France. Dans une association normale, les membres du bureau sont élus au congrès (assemblée générale) soit par scrutin de liste, soit par scrutin uninominal. Dans tous les cas, si Laurent Akoun tirait sa légitimité du congrès, le président Affi ne l’aurait pas limogé, et le FPI serait toujours uni. C’est pour cela que je dis que le FPI veut utiliser les moyens démocratiques pour lutter sans démocratiser le parti. Il faut donner le pouvoir de légitimation au congrès. Il faut créer des cadres légitimes pour éviter la constitution des états-majors comme

c’est le cas actuellement.

Etes-vous contre le présidentialisme ?

Oui, à 100%. C’est le présidentialisme qui cause des guerres en Afrique. C’est le système qui tue. Parce que lorsqu’on corrompt une personne, le président, on corrompt tout le système. C’est trop facile.On accuse Affi de collusion avec le régime Ouattara. Cela n’est possible que parce qu’Affi concentre tous les pouvoirs. Si le camp Sangaré tirait sa légitimité du même congrès qu’Affi, alors une éventuelle collusion d’Affi avec le pouvoir n’aurait pas ébranlé le parti. On peut aller plus loin pour parler de la Côte d’Ivoire et ensuite parler de l’Afrique. La Françafrique ne marche qu’à cause du présidentialisme. Lorsque la France détient le président, ce dernier lui «brade» tout le pays. Le président peut même dissoudre le parlement en cas de désaccord dans l’essentiel des pays. Voilà le mal.

L’éléphant d’Afrique qu’était la Côte d’Ivoire est tombé à cause de ce système. La crise des égos. D’abord entre Bédié et Ouattara et ensuite entre Ouattara et Gbagbo. Plus de 10.000 personnes sont mortes en Côte d’Ivoire à cet effet. Il n’y a pas eu guerre pour l’amélioration des conditions de vie des Ivoiriens. N’importe quel président au pouvoir en temps de paix aurait construit des ponts. C’était prévu depuis longtemps. Soyons raisonnable et analysons leurs projets de société. Audace Institut Afrique n’a pas trouvé de différence majeure entre les programmes du RDR et du FPI en 2010. D’ailleurs, Gbagbo lui-même parlait d’original et de photocopie.

Comment des Ivoiriens sont-ils morts pour obtenir la même chose ? C’est à méditer mes amis.

Que faut-il donc faire pour remédier à ces problèmes ravageurs ?

Au lieu d’occasionner le massacre des Ivoiriens, il faut tuer le système. Il faut retirer l’essentiel des pouvoirs concentrés sur le président. Il faut partager le pouvoir au sein de plusieurs institutions de façon inamovible. Il faut consacrer le régime parlementaire. Sortons de ce qu’Ambroise Kom a appelé «malédiction francophone». Regardons en Grande-Bretagne par exemple. Lorsque vous perdez les élections, vous démissionnez sur le champ. Il n’y aura jamais de guerre en Grande-Bretagne. Perdre les élections suppose que vous n’avez pas défendu le projet de société de votre parti, alors vous passez le flambeau. On nous dit dans le monde

franco-francophone que la clé du succès ne se trouve qu’entre les mains d’un seul individu. C’est absurde. Du coup, les Ivoiriens connaîtront des périodes de massacre et ce massacre se poursuivra lorsqu’il faudra remplacer le président Ouattara. Je ne souhaite pas en être témoin.

Par Gilles Naismon

Source: LE NOUVEAU COURRIER N°1273 Du Mardi 12 Mai 2015

Afrik53.com : Infos 7J/7
Jeudi 14 Mai 2015
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1.Posté par Cobiewo le 18/05/2015 17:38 | Alerter
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Merci Docteur pour votre analyse, mais pour Affi c'en est fini, que cet ingrat aille créer son parti.

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