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Crise : “IL FAUT COUPER LE CORDON OMBILICAL MONÉTAIRE AVEC LE TRÉSOR FRANÇAIS”

L'Afrique en mouvement - Afrik53 - News le Samedi 19 Février 2011 à 01:36 | Lu 567 fois



Crise : “IL FAUT COUPER LE CORDON OMBILICAL MONÉTAIRE AVEC LE TRÉSOR FRANÇAIS”
Léonard Sibailly Adou, ancien expert d’appui à l’exécution des programmes de développement auprès des Nations unies et de l’Union européenne commente la cascade de fermetures des banques. Comment peut-on expliquer les agissements actuels des banques françaises ou autres dans le cadre du système de compensation manuelle décidée par le gouvernement ?

Les banques françaises installées sur notre sol ont pour mission prioritaire d’accompagner les investissements en provenance de leur pays d’origine et de canaliser en retour vers la France métropolitaine les ressources financières accumulées, à travers le boulevard monétaire qu’est pour la France, la zone franc. Elles savent mieux que quiconque que c’est le Trésor public de leur pays qui détient dans ses caisses l’une des contreparties les plus importantes des signes monétaires qui ont cours en Côte d’Ivoire, c’est-à-dire les réserves de devises étrangères.

Elles reçoivent donc des ordres des autorités politiques de leur pays, qui sont en conflit ouvert avec les nôtres depuis près d’une dizaine d’années. Si l’on observe aussi que les conseils d’administration de ces banques sont pour la plupart présidés par des responsables ivoiriens qui n’ont pas les meilleures sympathies à l’égard du régime en place, on peut aisément comprendre les fondements des agissements actuels de ces banques.

Les mesures prises par le gouvernement de délocaliser les comptes des structures étatiques, vers d’autres banques, de même que ceux des fonctionnaires et d’engager des poursuites judiciaires contre les banques sont-elles appropriées?

Un souverain n’a pas à lutter avec une simple succursale d’une banque de second rang. Il s’agit du même principe en ce qui concerne le poste de gouverneur de la Bceao dont on devrait savoir qu’elle n’est pas la propriété des Etats de l’Uemoa, mais de la France. C’est pourquoi l’on ne cesse de répéter, depuis des années, que la monnaie comporte toujours une dimension politique aussi importante que la dimension économique. Et qu’en conséquence, lorsque des discours de type nationaliste doivent être tenus, il convient de prendre des mesures appropriées pour anticiper les risques majeurs de rétorsion future d’un ennemi quelconque.

Le monopole de la création monétaire permet à l’Etat d’affirmer toute son autorité politique dans un espace économique donné. Lorsque l’Etat n’est pas en mesure d’imposer son pouvoir monétaire, c’est qu’il se dénie lui-même sa propre souveraineté. Et la souveraineté n’est pas aussi à diluer dans le temps. Elle est, ou elle n’est pas. Lorsque l’on joue avec le temps en matière de souveraineté, l’on arrive toujours à toute une série d’actes de défiance tels qu’on en observe actuellement avec certaines banques.

Le vrai problème est donc de couper le cordon ombilical monétaire avec le Trésor français et de mettre rapidement en circulation notre monnaie nationale.:

N’y a-t-il pas de risque de perdre nos réserves en devises auprès du Trésor français et de ne plus être en mesure de couvrir nos transactions avec l’extérieur?

Dans la situation actuelle, il serait vraiment très étonnant que M. Sarkozy appelle un matin M. Laurent Gbagbo, pour lui demander de venir récupérer des devises étrangères auprès du Trésor français. Et c’est justement ce qu’avancent certains milieux comme argument pour empêcher d’avancer. Les devises étrangères détenues par le Trésor français sont la propriété de l’Etat éternel de Côte d’Ivoire. S’il n’est pas possible de les utiliser pour une raison ou pour une autre, elles alourdiraient les nombreux contentieux entre l’Etat français et l’Etat de Côte d’Ivoire, et qui comprennent entre autres le coût des aéronefs de guerre détruits par la force Licorne, ainsi que celui de l’indemnisation de toutes les victimes de l’armée française en Côte d’Ivoire.

Ce lourd contentieux sera un jour vidé d’une manière ou d’une autre. Mais pour ce qui concerne tout particulièrement la couverture de nos besoins en devises, nous devons noter que nous vivons actuellement, au plan des finances internationales, dans un système d’ouverture profonde des marchés. Et il faut y capitaliser au maximum les alliances. La Chine permet aujourd’hui aux Etats-Unis d’Amérique de résorber leur lourd déficit budgétaire. L’Inde prête des ressources au Fonds monétaire international. L’Angola ne manque pas de devises étrangères et ses rapports commerciaux avec la Chine et la Russie sont des plus fructueux en Afrique. Et que dire alors de l’Afrique du Sud?

Certains observateurs parlent de nationalisation des structures bancaires. Quels commentaires peut-on en faire exactement?

En ce qui concerne la Bceao, la Côte d’Ivoire est copropriétaire des actifs existants actuellement. Elle peut donc raisonnablement mettre la main sur ce qu’elle estime être de son patrimoine, sans qu’on puisse parler de nationalisation.

Mais en ce qui concerne les structures bancaires privées, il n’est vraiment pas nécessaire d’en venir à leur expropriation quelconque dans la situation actuelle.

Par contre, il convient d’étoffer le tissu des banques de second rang de sorte à décongestionner et à déconcentrer la circulation monétaire et à éviter de maintenir des quasi-monopoles dans ce domaine. Il appartiendra, dès lors, à ces banques de tirer au plan du portefeuille de leur clientèle les conséquences commerciales de la situation ainsi créée. En tout état de cause, les autorités françaises savent bien ce que signifient les nationalisations, puisque l’histoire monétaire de leur pays est parsemée de telles mesures.

En effet, déjà en 1800, le général Bonaparte avait exproprié des banquiers privés récalcitrants pour créer une autre banque privée, la Banque des conjurés ou Banque de France à qui il accorda le monopole de l’émission monétaire sur toute l’étendue du territoire français.

En 1945, le général Charles de Gaulle nationalisa à son tour la Banque de France accusée d’avoir collaboré avec l’ennemi allemand durant la guerre.

Qu’en sera-t-il des rapports monétaires entre la Côte d’Ivoire et les autres pays, si la monnaie nationale est créée?

Il faut d’abord déterminer les taux de change primaires de la nouvelle monnaie avec les devises étrangères. On peut, par exemple, prendre en compte un panier de monnaies ou d’autres formes connues de fixation des taux de change primaires. Ce qui est important, c’est de pouvoir maintenir ces taux dans des marges de fluctuation qui optimisent nos ressources dans nos rapports avec chaque pays. Mais cela est de la responsabilité de la Banque centrale.

Quant à nos voisins de l’Uemoa, il leur appartiendra de tirer eux-mêmes les conséquences de leur acharnement à l’égard des Ivoiriens. Dans tous les cas, quelle que soit la nature de la monnaie qu’ils utiliseront, celle-ci viendra s’arrimer inéluctablement à la monnaie ivoirienne.

Peut-on entrevoir d’éventuelles menaces sur la nouvelle monnaie?

En matière monétaire, les menaces existent toujours, même pour des monnaies qualifiées de fortes et qui existent déjà. Encore que la notion de monnaie forte n’est pas une vertu à tout instant en matière monétaire. La fausse monnaie Cfa peut être introduite dans les circuits économiques, même avant l’émission de la nouvelle monnaie dans le but de compliquer leur rachat par la Banque centrale.

De même, après l’émission de la nouvelle monnaie, de fausses nouvelles coupures peuvent aussi être introduites dans ces mêmes circuits, pour tenter de déstabiliser l’économie par l’inflation.

Ce sont donc des pratiques qui sont connues et pour lesquelles des mesures de sauvegarde peuvent être envisagées. Mais il faut rester, en tout point de vue, extrêmement vigilant.

Quels dispositifs d’accompagnement peut-on enfin envisager?

Toute une panoplie de mesures d’accompagnement sont à envisager; entre autres la réduction drastique du train de vie de l’Etat, du coût d’emploi et d’entretien de la classe politique, ainsi que de celui des représentations diplomatiques multiples, etc.

Il convient, donc à cet égard, de faire du concept d’épargne budgétaire, un concept quasi-constitutionnel, en évitant toute forme de déperditions des ressources publiques en particulier sur les marchés de l’Etat.

Ces mesures éviteront de traîner des déficits budgétaires et de ne pas recourir abusivement à la planche à billets génératrice d’inflation qui éroderait la valeur de la monnaie.

En second lieu, il faut épargner et accroître les ressources en devises, par exemple en accroissant nos capacités d’exportation, en transformant sur place une bonne partie de nos produits de rente, de sorte à leur donner plus de valeur ajoutée en devises. De même, il faut produire nous-mêmes ce que notre pays est capable de produire en denrées au lieu de les importer, en particulier: le riz, le bétail, la viande et d’autres biens de première nécessité pour économiser des devises.

Il convient de réduire aussi l’importation de certains biens de luxe coûteux par des contingentements ou de fortes taxations, etc.

Interview réalisée par

F. M. Bally


Afrik53 - News
Samedi 19 Février 2011
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