Mais, les pro-Gbagbo donnent-ils, eux aussi, des gages d'un engagement sincère pour la restauration de la cohésion sociale ? En d'autres termes, veulent-ils vraiment de cette réconciliation ? On peut en douter, si l'on s'en tient à certains faits tendant à faire croire qu'ils n'ont pas le cœur à cette chanson. Des signaux font en effet penser que les pro-Gbagbo rusent avec le processus conduit par Banny. Or, pour faire la paix, il faut être deux. En effet, à quoi assistons-nous depuis qu'ils peuvent à nouveau donner de la voix, passé la bourrasque de mars-avril 2011 ? Invité au dialogue républicain des 27 et 28 avril à Bassam, censé créer les conditions d'une décrispation sociale, le Front populaire ivoirien(Fpi) s'y est livré à un jeu trouble.
Présent le premier jour, il a brillé par son absence au deuxième jour. Au premier jour des travaux, il s'est borné à jouer les spectateurs, subordonnant sa participation active à la polémique dépassée alimentée par la fameuse question « qui a gagné l'élection présidentielle ? ». En conséquence, il n'a pas daigné apposer sa signature au bas du communiqué final ayant sanctionné les travaux. Une seule explication à ce louvoiement de l'ex-parti au pouvoir : le préalable qu'il pose inlassablement, à savoir la libération de tous ses responsables et partisans emprisonnés, le retour des exilés, le dégel des avoirs de ses barons. Faute d'avoir obtenu satisfaction à toutes ces exigences, le Fpi a choisi de ruser avec la réconciliation.
Ils se livrent à un double jeu, à une adhésion trompe-l’œil. Mieux, l'ancien parti au pouvoir profère à tout-va des propos qui jurent avec l'élan de réconciliation. Ses animateurs actuels ne ratent aucune occasion de faire feu, verbalement s'entend, entretenant ainsi la flamme de l'animosité avec le pouvoir. Justin Koua, Laurent Akoun et autres Amani N'guessan ont souvent tiré à boulets rouges sur le régime, versant parfois dans des propos à relent séditieux. Retenons seulement deux exemples. Ces propos de Laurent Akoun dans une récente déclaration signée de ses mains : « Le Fpi rappelle aux autorités politiques du moment que, quiconque gouverne avec et par la force, finit par trouver sur son chemin plus fort que lui.
Ce n'est qu'une question de temps ». De tels propos laissent penser que les anciens dirigeants balayés par la guerre de mars-avril ruminent l'idée de donner une réplique énergique au régime le moment venu. Et ne peuvent que susciter le durcissement de la position des pro-Ouattara, aujourd'hui en position de force. Les derniers propos du genre sont ceux tenus le week-end dernier par l'actuel leader de la jeunesse du Fpi, Justin Koua. Réagissant à la vague d'arrestations de leurs partisans, il a déclaré : « Pour que ces enlèvements cessent, il faut qu'on s'organise sérieusement pour apporter la réplique. Si on reste les bras croisés, ils vont marcher sur nous et nous écraser ».
Justin Koua voudrait appeler au recours à la force qu'il ne s'y prendrait pas autrement. Il ne faut pas s'étonner alors que le pouvoir crie à des manœuvres de déstabilisation. Et se lance aux trousses des déstabilisateurs qu'il croit voir derrière les propos jugés subversifs des animateurs actuels du Fpi. Des allégations de coup d'Etat confirmées par l'Ong International Crisis Groupe, selon laquelle, des dignitaires de l'ancien régime et des officiers pro-Gbagbo en exil préparent un coup depuis plusieurs mois. Peut-on prétendre adhérer au processus de réconciliation tout en fomentant, secrètement, un coup contre le régime Ouattara ? Au total, l'ancien parti au pouvoir joue, à la vérité, à un jeu de poker menteur avec Banny et tous ceux qui appellent de leurs vœux le retour à une stabilité durable.
Assane NIADA
L'Inter


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