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Côte d'Ivoire : Grossesses en milieu scolaire : Les Parents ont-ils démissionné ? (Reportage)

L'Afrique en mouvement - Afrik53.com : Infos 7J/7 le Lundi 6 Juin 2016 à 07:24 | Lu 413 fois

les grossesses précoces en milieu scolaire ont pris des proportions inquiétantes dans le N’zi. Si l’on s’en tient aux chiffres de ces quatre dernières années, publiés par la direction régionale de l’Education nationale (DREN) locale, au total 408 cas de grossesse ont été enregistrés de 2013 à 2016. Principale cause évoquée: la « démission des parents » dans l’éducation de leurs progénitures.



Coiffée comme un garçonnet, visage enflé avec des boutons et des acnés, les lèvres asséchées et fissurées, des commissures laiteuses, une élève en classe de seconde A, à laquelle on va attribuer le prénom « Amoin », porte une grossesse de sept mois. Qui lui a fait perdre la splendeur de son teint noir d’ébène d’antan.

Marchant à pas feutrés dans la cour de son école, le collège « La nouvelle Alliance » de Dimbokro, cette jeune élève en classe de seconde, âgée de 22 ans, ne se cache plus avec son ventre rond, qu’elle a d’ailleurs mis en exergue, fourrant son tee-shirt blanc sous une jupe bleue, en disharmonie de couleur avec le sac noir en bandoulière qu’elle porte.

Celle qui autrefois, selon ses camarades, était espiègle, ne prête aujourd’hui aucune attention au brouhaha de ses camarades qui courent et sautent autour d’elle. Elle se dirige, calme, vers sa classe. Les mains sur la hanche. Signe d’une fatigue certaine, ce mardi matin, et d’une nervosité. Sitôt dans la salle, elle jette presque son sac. Et s’affale sur un table-banc. À côté de son voisin qui la regarde éberlué.

«L’auteur s’appelle Luc, je ne connais pas tout son nom », confie Amoin, presqu’au bord des larmes. Après s’être ressaisie, elle dira que l’auteur de sa grossesse est un étudiant reconverti dans l’orpailleur clandestin, après un échec scolaire il y a un an au brevet de technicien supérieur (BTS).

Originaire de Kouadjanékro, la future jeune mère raconte qu’elle a connu Luc à Besko, un village environnant. Affectée en sixième au lycée moderne de Dimbokro, elle retrouve le jeune homme dans la capitale du N’zi. Il est alors étudiant dans une grande école.

« J’ai résisté à ses avances malgré toute l’attention qu’il me portait. Mais mon père, avec ses deux femmes et ses douze enfants, n’arrivait plus à payer ma scolarité. A la rentrée de 2014-2015, j’ai été obligée de le solliciter pour le paiement de mon inscription. Bon… ce qui m’a poussé… bon… c’est donc un problème d’argent qui m’a conduit dans cette situation», relate-elle, tête baissée.

« Accident »

Mais surtout, aujourd’hui, Amoin se rend compte qu’elle doit payer le prix de sa naïveté. « On utilisait le préservatif, mais un jour on ne l’a pas fait et puis c’est venu ; je regrette cette grossesse, je suis gênée devant mes camarades à chaque fois que je rentre dans l’école. Quand je vois mes amis, ils ne se moquent pas de moi mais ça ne me donne pas l’envie de venir à l’école », s’épanche la lycéenne qui, malgré tout, a réussi à obtenir une moyenne de 10 aux deux premiers trimestres de l’année en cours.

Une autre élève enceinte en classe de troisième dans le même lycée, à laquelle on va attribuer le prénom Adjoua, semble être, quant à elle, mieux lotie qu’Amoin. A 19 ans, elle rêve de se marier à un prince charmant, un gérant de station-service à Daoukro.

Ce dernier lui aurait donné des gages de sa bonne volonté en venant demander la permission à son père avant de la sortir. D’ailleurs, ils se seraient « jurés fidélité et mariage », selon Adjoua. A l’idée de cet engagement entre les deux tourtereaux, la jeune fille, filiforme et de petite taille, semble bien supportée sa grossesse malgré son air juvénile.

Allure rayonnante et plus épanouie avec son ventre qui tend vers le septième mois, elle est fille unique d’une fratrie de six enfants vivant avec sa mère et ses frères à Dimbokro. Son père, planteur, vit à Sassandra dans sa plantation.

« C’est lui (son petit ami) qui assure ma scolarité. Papa est venu m’inscrire et après il avait des difficultés pour payer. Le jeune payait. Il est venu voir mon père pour lui dire qu’il veut être avec moi. Qu’il va prendre en charge mes études. J’avais 18 ans en ce moment », raconte-t-elle.

« Papa a accepté puisqu’il n’a pas trop de moyens pour s’occuper de nous tous. Ce qui a fait qu’il n’a pas beaucoup parlé quand je suis tombée enceinte », explique la jeune fille, vraisemblablement insouciante et joyeuse.

Elle laisse entendre que cette grossesse est un «accident » affirmant pourtant ne pas aimer le préservatif ou les pilules. « Comme c’est venu, je prends ça comme ça », se résigne-t-elle, déclarant que sa grossesse n’a pas d’effet sur son école.

« J’ai eu 10 de moyenne au premier trimestre et je n’ai pas pu terminer le deuxième trimestre parce que j’étais souffrante et j’ai eu 9 de moyenne », avoue Adjoua, relevant qu’elle n’est pas fière de cette grossesse même si son amoureux a donné la dote pour son mariage à ses parents.

A la question de savoir ce qu’elle ferait si un jour, elle était abandonnée, Adjoua répond, naïvement : « s’il me laisse pour une autre femme, ça va me faire mal puisque au début, il ne m’a pas dit ça, dit-elle. Je pense que nous allons nous marier ».

Dans cette démission parentale qui laisse plusieurs élèves du N’Zi sans ressources et abandonnées à eux-mêmes, ne pouvant ni se nourrir, ni se loger, se vêtir et se divertir, les jeunes filles deviennent ainsi des « proies faciles pour les prédateurs », pour l’emprunter au directeur régionale de l’Education nationale (DREN) de Dimbokro, Ahoulé Zirimba Jacques.

Dans le lot des auteurs des grossesses se rencontrent toutes les couches socioprofessionnelles, surtout les gens de petits métiers : notamment le taximan qui descend la jeune fille à l’école, le couturier ou le vendeur de friperie qui lui offre des vêtements, les élèves, jeunes planteurs, maçons, gérants de cabines téléphoniques, chargeurs de véhicules de transport en commun, tabliers.

« Les élèves viennent en tête dans ce lot », précise le superviseur des activités de la DMOSS locale Koffi Thérèse. D’après elle, plusieurs dizaines de filles du N’Zi ont dû abandonner l’école, cette année encore, pour cause de grossesse. Et ce, malgré les « actions colossales » de sensibilisation des acteurs et partenaires locaux de l’école.

Actions colossales mais insuffisantes des responsables éducatifs contre le fléau

Lancée en 2013, la sensibilisation en vue de zéro grossesse en milieu scolaire a fait qu’aujourd’hui, le nombre de grossesses dans la région est pratiquement en dessous de la barre de 100 grossesses par an ces dernières années.

Selon les statistiques de la Direction de la mutualité et des œuvres sociales et scolaires (DMOSS) de ces quatre dernières années, la DREN de Dimbokro a enregistré en 2012-2013, 135 cas de grossesse, 77 en 2013-2014, 107 en 2014-2015, et 89 en 2015-2016, donnant un total de 408 cas de grossesses.

Cet effort qui est à mettre à l’actif des responsables éducatifs est plombé par cette irresponsabilité des parents pourtant partie prenante dans la campagne initiée par le ministère de l’Education nationale.

« Quand j’arrivais ici en 2012, il y avait un nombre pléthorique de grossesses. C’était toujours au-dessus de la centaine. Aujourd’hui avec la sensibilisation nous dépassons rarement la barre de 100 », affirme Mme Koffi de la DMOSS, avec une certaine fierté qu’elle relativise en indiquant que « beaucoup reste pourtant à faire pour atteindre l’idéal de zéro grossesse ».

Frein à la scolarisation de la fille rurale

A Dimbokro, le nombre de cas élevés de grossesses constitue un frein à la scolarisation de la petite fille en milieu rural et périurbain d’où proviennent 71% des filles élèves enceintées. Et le plus souvent, les grossesses sont une aubaine pour les parents de ces filles pour mettre un terme à la scolarité de leurs enfants.

« Si ma fille prend grossesse, c’est qu’elle ne veut pas aller à l’école. Je vais tout de suite la marier à un homme », tranche un parent interrogé à Dioulakro, un quartier de Dimbokro.

En outre, le fait que les deux tiers des filles enceintes ont un âge compris entre 13 et 17 ans, c’est-à-dire étant essentiellement entre l’école primaire et le premier cycle du secondaire, conforte ces parents à l’idée que « mettre une fille à l’école, c’est gaspiller son argent ».

Faisant de cette problématique, une réelle préoccupation pour tous les acteurs de l’éducation du N’Zi, dont les avis restent divergents sur la question de savoir si l’on doit maintenir à l’école ou non, pour l’année scolaire en cours, une fille tombée enceinte.

Avis partagés

Pour Mme Mme Koffi de la DMOSS, il est très peu probable qu’une jeune fille, déjà issue d’une famille en difficulté, retourne à l’école si on l’oblige à suspendre ses cours pour une année afin de mener à terme sa grossesse. « Il faut que les filles restent à l’école même, cela obéit à la politique de scolarisation obligatoire », plaide-t-elle.

D’autres acteurs, en revanche, considère le fait de maintenir les filles enceintes sur les bancs, comme un « mauvais exemple » pour leurs camarades. Il faut, selon ces derniers, une fois la grossesse constatée, délivrer un report de scolarité pour qu’elle aille s’occuper de sa grossesse et revenir à l’école l’an prochain.

Dans cette polémique, la DREN ne prend pas position mais reste attentive au fait que l’essentiel soit préserver dans tous les cas de figures: « les filles ne doivent pas quitter l’école à cause d’une grossesse ; même si elles sont emmenées à suspendre leur formation pour un moment, le temps de pouvoir accoucher, elles doivent nécessairement revenir pour poursuivre leurs études », estime-t-on de ce côté.

Pendant ce temps, la question des grossesses en milieu continue d’être une préoccupation majeure.

Allure préoccupante

« C’est pratiquement un fléau maintenant, même si depuis 2012, il y a une baisse du taux de grossesses en milieu scolaire dans la région! », s’alarme la responsable de la DMOSS, Koffi Thérèse.

Pour sa part, le directeur du Service de santé scolaire et universitaire (SSSU), Dr Kouamé André Yao, invite à une appropriation de la lutte et une mutualisation des efforts des parties prenantes.

« Cette situation doit interpeller toutes les parties prenantes du système éducatif à Dimbokro pour dire que l’avenir d’une frange de notre jeunesse dépend de notre capacité de réaction face à ce phénomène », dit-t-il, regrettant un faible engouement des parents dans cette lutte.

Toutefois, les acteurs de l’éducation n’entendent pas baisser les bras.

Espoir permis

« Je crois au slogan zéro grossesse en milieu scolaire mais des actions doivent être menées sur plusieurs axes », suggère le directeur de la DREN, Ahoulé Zirimba Jacques, soulignant que la sensibilisation qui a cours en ce moment dans les écoles a montré une certaine limite.

Pour M. Zirimba, bien que le taux de grossesses en milieu scolaire soit à la baisse, le nombre reste encore important. « Il faut ajouter à la sensibilisation d’autres actions allant dans le sens de l’amélioration des conditions de vie des élèves pour éviter que les prédateurs pour une boite de sardine offerte, commettent des dégâts irréparables », propose-t-il. Avant de préconiser la réouverture des internats avec le soutien du conseil régional, la création de foyers avec des encadreurs spécialisés pour la conservation de la moralité.

« Il faut aller à la multiplication des cantines et du nombre de rations dans les établissements pour que nous puissions nous assurer que les élèves ont au moins un repas chaud par jour. Cela pourrait aider encore à diminuer le nombre de grossesses », appuie le DREN.

Pour sa part, Dr Yao du SSSU, tout en relevant l’importance de l’implication totale des chefs d’établissement et des élèves dans la « réussite de la politique de zéro grossesse en milieu scolaire » préconisée par le ministère de l’Education nationale, a appelé à la création de club « Santé et environnement » dans les écoles à Dimbokro pour « avoir des pairs-formateurs » et offrir des espaces plus larges et plus efficaces de sensibilisation.

« Les cas de grossesses se concentrent au premier cycle. Les auteurs des grossesses sont généralement des élèves. La plupart des grossesses ayant été signalées au premier trimestre, nous pouvons en déduire que ces grossesses sont généralement contractées en dehors de l’année scolaire mais plutôt pendant les vacances scolaires », conclu un rapport de la DMOSS, appelant les parents à prendre le relais de l’éducation des enfants pendant cette période.

En attendant, Adjoua et Amoin continueront d’aller à l’école jusqu’à ce que l’état d’évolution de leur grossesse ne le leur permette plus.

source : aip

Afrik53.com : Infos 7J/7
Lundi 6 Juin 2016
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