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CI - Politique : Emile Guiriéoulou : “C’est la guerre que nous avons perdue devant la France, pas notre dignité”

le Vendredi 11 Novembre 2011 à 09:35 | Lu 959 fois



Dernier ministre de l’Intérieur du Président Laurent Gbagbo (décembre 2010-Avril 2011), le député Emile Guiriéoulou n’est pas un inconnu de la scène politique nationale. Contraint à l’exil depuis le renversement de Gbagbo par l’armée française, il s’exprime pour la première fois.

Notre Voie : Monsieur le ministre, comment vous portez-vous ?

Emile Guiriéoulou : Avant de répondre à votre question, je voudrais que vous me permettiez de saluer la mémoire de toutes les personnes tuées au cours de la crise, d’exprimer ma compassion aux blessés et à tous les ivoiriens qui ont perdu un être cher dans de cette guerre absurde que nous avons connue. Je leur demande de ne pas perdre espoir et de garder foi en la Cote d’Ivoire. Ceci dit, je me porte très bien, tant au plan physique qu’au niveau moral.

N.V : Est-ce qu’on peut savoir où vous vous trouvez ?

E.G : Comme beaucoup d’autres Ivoiriens, je suis au Ghana. Je profite de l’occasion que vous m’offrez pour traduire toute ma reconnaissance aux autorités de ce pays frère ainsi qu’à l’ensemble du peuple ghanéen pour l’accueil qui nous est réservé ici. Nous nous sentons vraiment chez nous au Ghana où nous ne sommes l’objet d’aucune tracasserie.

N.V : Comment avez-vous vécu le 11 avril 2011 et précisément l’arrestation du Président Laurent Gbagbo ?

E.G : De façon dramatique. Les bombardements sur la résidence étaient horribles et insupportables. Dès l’arrestation du Président, j’ai reçu un coup de fil pour m’en informer. Ensuite, c’est Alain Toussaint qui m’a appelé de Paris pour me demander la confirmation. Et après, comme tout le monde, j’ai vu les images à la télévision. Cette arrestation du Président, je l’ai aussi ressentie comme une grande perte pour la Côte d’ivoire, une humiliation pour l’Afrique toute entière et un recul de la démocratie, de l’indépendance et de la souveraineté de nos Etats.

Mais quand j’ai écouté la déclaration du Président, j’ai éprouvé de la fierté de voir qu’il a gardé sa dignité malgré les moments atroces qu’il a vécus. J’ai été particulièrement affligé par les images de la Première dame, Simone Gbagbo, maltraitée. Mais là également, j’ai vu une femme digne qui, en dépit du fait qu’elle souffrait dans sa chair, est restée sereine et a continué de prier. Je me suis dit que si eux qui sont entre les mains des bourreaux sont demeurés dignes, ce n’est pas à nous autres restés dehors de faiblir. C’est un message pour nous exhorter à continuer la lutte.

N.V : Comment êtes-vous sorti du pays ?

E.G : Je suis sorti de la Côte d’Ivoire le 20 avril 2011 grâce au soutien de quelques amis que je voudrais remercier ici. Comment je suis sorti ? Retenez tout simplement que je suis sorti.

N.V : Etes-vous disposé à retourner au pays?

E.G : Mais, la Côte d’Ivoire est mon pays et j’y suis très attaché comme d’ailleurs le sont tous les Ivoiriens. Donc ce n’est pas de gaieté de cœur que je suis en exil. C’est pour vous dire que j’ai hâte de retourner au pays. Mais cela, une fois que les menaces qui m’en ont fait partir auront disparu. Sinon pour le moment, le retour au pays, pour ce que je vois, ne figure ni dans mes priorités ni dans mes projets les plus immédiats.

N.V : Depuis que le Président Laurent Gbagbo a été renversé, vous vous êtes muré dans un silence de cimetière. Est-ce à dire que la politique ivoirienne ne vous intéresse plus ?

E.G : Vous savez, mon engagement en politique date de l’époque où j’étais encore étudiant dans les années 70. J’ai milité dans la clandestinité au sein du Fpi et je compte parmi les premiers militants de ce parti. Au nom de mes convictions politiques, j’ai renoncé à beaucoup de choses et j’en ai assumé sans regret les conséquences. Ce n’est donc pas aujourd’hui que je vais abandonner la lutte. Ici au Ghana, je suis membre du bureau de la Coordination Fpi en exil.

J’endosse donc les déclarations et prises de position de cette coordination et je ne trouve pas utile d’en rajouter. Mais, si sur la vie de la nation, mon point de vue personnel est sollicité, je suis disposé à le donner. Et c’est ce que vous faites en ce moment. D’ailleurs, certains de vos confrères appartenant à d’autres organes de presse m’ont sollicité ces temps-ci. C’est à croire que mon silence vous pesait (rires) ? Non, rassurez-vous, mon silence n’est pas de cimetière.

N.V : Quel commentaire faites-vous de la déclaration d’Eugène Allou selon laquelle ses camarades du Fpi exilés au Ghana font trop de bruit ?

E.G : Dites au frère Allou, comme il croit peut-être que nous sommes en vacances ici au Ghana, de nous laisser au moins faire du bruit pour nous occuper ! Lui, il a comme loisir la chasse au point d’aller tirer des coups de feu qui ont fait fuir les gens dans son village en cette période de tension. Nous ne sommes pas obligés de partager les mêmes distractions que lui. Nous, nous préférons parler et écrire pour exprimer nos positions plutôt que de tirer des coups de fusil. Et puis dites-moi cher Augustin, entre les bruits de fusils d’Allou le chasseur ainsi que ceux, quotidiens, de ses « collègues » chasseurs dozos, ou de ses nouveaux amis Frci et nos « bruits ghanéens lointains » lesquels produisent le plus de nuisance et de dégâts ? Plus sérieusement, nos bruits-là sont trop pour qui ?

Qui donc ne veut pas nous entendre demander la libération du Président Laurent Gbagbo afin d’aller à la réconciliation et qui considère cela comme « trop de bruit »? Si le frère Allou peut nous aider à identifier cette personne, nous irons vers elle pour mieux comprendre la gêne que lui procurent nos « bruits ».

N.V : Que dites-vous quand il vous propose de faire profil bas si vous voulez que votre problème et celui des prisonniers politiques soient résolus ?

E.G : Résolu par qui et comment? Que signifie faire profil bas ? Dogo Raphaël qui est en prison à Boundiali, est-ce parce qu’il faisait trop de bruit qu’il s’y retrouve ? Dassé Jean Martin qui n’a exercé aucune fonction dans l’appareil d’Etat et qui est en prison pour crimes économiques, est-ce le fait de ses bruits trop sonores?

N.V : Il dit aussi que celui qui a perdu la guerre ne pose pas de conditions. Qu’en dites-vous ?

E.G : Je suis d’accord avec lui. Nous savons tous que la France nous a fait la guerre et mis aux arrêts le Président Gbagbo. Mais le problème n’est pas là. Ceux qui ont gagné cette guerre et ceux qui en sont les bénéficiaires peuvent jouir pleinement de leur victoire militaire. Qu’ils gouvernent et réalisent comme ils l’entendent le programme pour lequel ils nous ont fait la guerre et nous n’aurons aucune condition à leur poser. Mais s’ils nous demandent de participer à un processus de réconciliation et d’aller à des élections avec eux, alors nous poserons nos conditions. C’est la guerre que nous avons perdue devant la France, pas notre dignité. Je précise bien « perdue » devant la France.

N.V : Continuez-vous à soutenir que Laurent Gbagbo a gagné les élections ?

E.G : Mais monsieur Kouyo, c’est Laurent Gbagbo qui a gagné les élections ! Et c’est parce qu’il en était sûr qu’il a demandé le recomptage des voix par un comité d’évaluation de l’Union Africaine. Et c’est parce que ses adversaires savent que c’est lui qui a gagné qu’ils ont refusé ce recomptage et que monsieur Young Jin-Choi (ex-représentant du Sg de l’Onu en Côte d’Ivoire, ndlr) a déclaré que recompter les voix serait une injustice pour Ouattara. Sinon, si recompter les voix devait donner la victoire à Ouattara, en quoi cela constituerait-il une injustice pour lui ?

On a mis quatre mois à nous faire la guerre, alors que recompter les voix nous aurait certainement pris beaucoup moins de temps. La Côte d’Ivoire aurait évité tous ces morts et tous les dégâts matériels causés par cette guerre. Voyez-vous, la Côte d’Ivoire a enregistré plus de 3000 morts, des viols, des destructions, des pillages, l’insécurité à cause du refus de monsieur Ouattara et de la France d’accepter un simple recomptage des voix.

N.V : Mamadou Koulibaly estime que Laurent Gbagbo s’est entêté à la limite de l’irrationnel. Quel commentaire ?

E.G : Laurent Gbagbo s’est entêté comment et par rapport à quoi ? Une élection est organisée. Il en est proclamé vainqueur par le Conseil Constitutionnel et prête serment. Son adversaire conteste cette victoire qui, pourtant, selon notre constitution, est définitive et sans recours. Mais en démocrate convaincu et pour mettre tout le monde d’accord sur sa victoire, Laurent Gbagbo propose de recompter les voix et saisit l’Union Africaine à cet effet.

L’organisation panafricaine, au lieu de recompter les voix comme demandé, décide le 10 mars qu’elle confirme, sans justifier cette décision, que c’est Ouattara qui a gagné et que d’ailleurs les 10 ans passés à la présidence par Laurent Gbagbo correspondaient à deux mandats et qu’il devait donc quitter le pouvoir. Malgré cette décision contestable, le Président Gbagbo, par un communiqué lu par le porte-parole du gouvernement, a pris acte des propositions de règlement de la crise, accepté la nomination du Haut Représentant de l’Ua et dit se tenir prêt pour les discussions annoncées.

Le président de la Commission de l’UA, Jean Ping, a saisi par écrit le 26 mars 2011 les deux camps pour annoncer le début des négociations sur le plan de sortie de crise de l’Ua pour le 4 avril 2011 à Addis-Abeba. C’est dans cette attente que, le 28 mars 2011, Alassane Dramane Ouattara, assuré du soutien militaire de la France, décide d’engager les combats meurtriers qui vont durer deux semaines avec pour point culminant les bombardements de la résidence du Chef de l’Etat, l’arrestation de celui-ci par l’armée française le 11 avril 2011 et sa déportation à Korhogo. Où se trouve donc l’entêtement du Président Laurent Gbagbo qui a toujours prôné le règlement pacifique de la crise alors que son adversaire brandissait l’usage de la force (Ecomog, Onuci, Licorne, etc.), comme le sait si bien le président Koulibaly lui-même?

N.V : Le gouvernement ivoirien et ses alliés soupçonnent les exilés politiques au Ghana de préparer des actions de déstabilisation, comment ressentez-vous ces accusations ?

E.G : Vous savez, ces accusations ne me font ni chaud ni froid parce que je ne me sens pas concerné. Mais je les comprends puisque c’est comme cela qu’eux-mêmes sont parvenus au pouvoir. Sans la rébellion armée qu’ils ont montée au Burkina Faso, ils n’en seraient pas là. Le Ghana n’est pas le Burkina Faso. Les autorités ghanéennes croient en la démocratie et ne sont pas dans les complots et les actions de déstabilisation de leurs voisins.

N.V : Comment pouvez-vous convaincre les autorités ivoiriennes que vous ne préparez pas leur renversement ?

E.G : Nous ne cherchons pas à convaincre qui que ce soit. Comme le dit l’adage «qui s’excuse, s’accuse». Chacun fait son travail. Nous, ce que nous savons faire, c’est la politique donc l’accession au pouvoir par la voie des urnes. Notre combat aujourd’hui, c’est la libération du Président Laurent Gbagbo afin de ramener la Côte d’Ivoire dans l’Etat de droit et la démocratie. C’est cela qui nous préoccupe. Ceux qui sont les adeptes de coups d’Etat et de rebellions armées sont connus et disent que c’est fini.

D’ailleurs, je vous renvoie à une récente déclaration de Soro Guillaume dont la presse s’est largement fait l’écho : «Après moi, personne d’autre ne réussira de coup d’Etat en Côte-d’Ivoire, c’est fini. Les coups d’Etat ici, c’est notre idée et les tricheurs ne réussiront pas. Ils n’ont ni le génie, ni les parrains, ni les moyens. Les coups d’Etat, c’est fini». Donc les dirigeants actuels du pays se sont eux-mêmes convaincus de la chose. Pas besoin alors d’insister pour les convaincre ou les rassurer.

N.V : Avez-vous été convaincu par l’appel que M. Ouattara vous a lancé lors de son voyage au Ghana ?

E.G : Si nous sommes convaincus d’une chose, c’est que faute de ne pouvoir nous mettre en prison, monsieur Ouattara nous préfère en exil plutôt qu’au pays. Le mandat d’arrêt lancé contre Assoa Adou, notre porte-parole, et l’attaque de son domicile à Abidjan intervenus après cette visite au Ghana en sont les preuves palpables. Et puis la question de notre retour au pays n’est pas fondamentale. Si demain, le Président Gbagbo est libéré et qu’à sa suite Simone Gbagbo, Affi N’ Guessan, Aké N’ Gbo, Abou Drahamane Sangaré et tous les autres sont libres, pourquoi serions-nous encore en exil ?

N.V : Bientôt ce sont les élections législatives. Estimez-vous comme Alassane Dramane Ouattara que le Fpi ne doit pas commettre l’erreur de ne pas y participer ?

E.G : Il y a beaucoup de gens qui aiment le Fpi actuellement et qui sont soucieux de sa survie, de son avenir en tant que parti politique. Nous, on ne savait pas qu’on était important comme cela ! Je remercie donc toutes ces âmes charitables pour notre « parti minoritaire ». Parti tellement minoritaire que les «grands partis houphouëtistes» sont obligés de se coaliser pour l’affronter. Imaginez en France, le PS et l’Ump conclure une alliance électorale contre le Modem ! Monsieur Ouattara demande au Fpi ne pas commettre la même erreur que le Rdr en ne participant pas aux élections législatives. Si cette erreur n’a pas empêché le Rdr d’arriver au palais présidentiel de façon «démocratique», pourquoi est-ce au Fpi qu’elle serait fatale ? Laissez le Fpi décider de ce qu’il doit ou ne doit pas faire. Tant que le Président Laurent Gbagbo est en prison ne comptez pas sur le Fpi pour aller à des élections.

C’est pourquoi, je voudrais ici saluer et encourager la direction du Fpi qui conduit le Parti avec intelligence et détermination. Nous sommes avec eux dans le combat qu’ils mènent sans relâche pour la libération du Président Gbagbo et tous les autres camarades emprisonnés. J’adresse mes félicitations à mon collègue, le député Yao Yao Jules pour son courage, sa foi militante et sa constance dans la lutte, toutes choses qui ont permis au Fpi de redresser la tête et de se remobiliser par l’organisation de meetings. Je n’oublie pas le camarade Koua Justin de la JFpi, le député Mobio Samuel, le député Guipé Charles et tous ceux qui, contre vents et marées, se battent quotidiennement sur le terrain pour faire vivre le Parti et le maintenir debout.

N.V : Que pensez-vous de la démission de Mamadou Koulibaly du Fpi et la création de son parti ?
E.G : Je trouve que c’est dommage parce que je pense que Mamadou Koulibaly avait sa place au Fpi et aurait pu, au sein de ce parti, poursuivre une carrière politique fructueuse. Mais c’est lui seul qui sait où il va et par conséquent, le chemin le mieux indiqué pour y arriver.

N.V : Et comment jugez-vous son attitude de ne pas convoquer les sessions de l’assemblée nationale ?

E.G : C’est une démission face à ses responsabilités en tant que président de l’assemblée nationale. La constitution en son article 62 stipule : « chaque année, l’assemblée nationale se réunit de plein droit en deux sessions ordinaires. La première session s’ouvre le dernier mercredi du mois d’avril. Elle ne peut excéder trois mois. La seconde session commence le premier mercredi du mois d’octobre et prend fin le troisième vendredi du mois de décembre». Et comme c’est le président de l’assemblée nationale qui convoque les sessions, il s’imposait au président Koulibaly de le faire.

Il évoque le fait que la conférence des présidents ne s’est pas réunie. Je pense que c’est un argument qui ne tient pas. D’abord pourquoi n’a-t-il pas convoqué cette conférence dont il est le président ? Donc s’il n’y a pas eu réunion de la conférence des présidents, la faute en incombe à celui qui avait la charge de la convoquer, c'est-à-dire le président Koulibaly. Ensuite, le règlement de l’assemblée n’est pas au-dessus de la Constitution.

Dès lors que celle-ci a fixé la date d’ouverture des sessions, il n’y a plus lieu à interprétation. La conférence des présidents n’a pas pouvoir de modifier des dates qui sont constitutionnelles. Tout ce qu’elle a à faire c’est de proposer l’ordre du jour de la session. Donc conférence des présidents ou pas, l’Assemblée nationale doit se réunir « de plein droit » et c’est au président de l’institution d’y veiller en convoquant la session avec comme seul point d’ordre du jour, l’ouverture de la session.

N.V : L’Ouest, votre région d’origine a payé un lourd tribut à la guerre post-électorale…

E.G : Le lourd tribut que paye l’Ouest ne date pas de la période post-électorale. C’est depuis septembre 2002 que notre région souffre. De cette date à aujourd’hui, nous avons enregistré entre 8000 et 10.000 morts sans compter les viols, les destructions et pillages des biens, les profanations de nos lieux et objets sacrés. Des villages entiers ont été incendiés comme celui de Niambly près de Duékoué. Le quartier Diaye Bernard aussi appelé quartier guéré de Duékoué n’existe plus.

Des personnes portent à vie les séquelles de la barbarie méchamment déversée sur la région. Ainsi à Toulépleu, nous avons Lydie, la jeune femme à qui, en septembre 2002, les rebelles ont sadiquement proposé soit de tuer son bébé soit qu’elle donne son bras à couper. Elle a offert son bras pour sauver son fils qui a aujourd’hui 9 ans. Il y a aussi la jeune Prisca, violée par 13 rebelles et handicapée à vie.

N.V : Comment expliquez-vous cette tragédie ?

E.G : Comment expliquer cela ? Nous-mêmes nous nous posons la question. Parce que le peuple Wê ne peut être pris à défaut sur son sens de l’hospitalité et du partage pour avoir accueilli à bras ouverts des frères venus des autre régions de la Côte d’Ivoire ainsi que des pays voisins et offert à ceux-ci ses terres sans calcul ni réserve. Alors pourquoi tant d’animosité contre un peuple si accueillant ? En effet, aucun des 6 départements du pays Wê n’a été épargné.
• Dans le département de Kouibly, nous nous souvenons du massacre d’une cinquantaine de paysans dans le village de Souébli-Mahébli (Soumahé) en 2002.

• Pour Bangolo, l’assassinat en 2003 sur l’axe Bangolo-Duékoué de plus de 70 personnes froidement abattues alors qu’elles fuyaient les atrocités commises par les rebelles dans leurs villages sans oublier l’extermination systématique des Wê dans les sous-préfectures de Zou et Kahin.

• Duékoué qui a connu le summum de l’inhumanité des rebelles avec le drame de Guitrozon et Petit-Duékoué en 2005 et plus récemment les 1000 personnes tuées par les Frci fin mars, début avril 2011. Au cours de cette période, ces forces pro-Ouattara qui ont opéré à Duékoué avaient manifestement une volonté d’extermination systématique des Wê, un vrai génocide, comme l’attestent les nombreux témoignages recueillis.

• Guiglo n’a pas échappé à la barbarie avec notamment ces 20 personnes tuées nuitamment en 2007 dans leur campement dans le village de Zouan. A Kaadé, Guinkin, Bédi-Goazon, les populations pleurent encore ce chef de village décapité dont la tête a été emportée par ses meurtriers, ou ce bébé « râpée » sur une broyeuse de manioc ainsi que les nombreux morts et disparus.

• Bloléquin : Zéaglo, Béoué, Pohan, Doké, Blédi-Diéya, etc. chaque village du département a son lot de martyrs de 2002 et de 2011.

• Toulépleu, avec ses centaines de morts en 2002 et près de 150 personnes exécutées en 2011, a décidé de ne jamais oublier en érigeant des monuments à ses morts à Sahibli, Guiéllé et Séizaibli.
Ces populations sont-elles punies pour leur engagement politique en faveur du Président Laurent Gbagbo ? Ce serait alors grave pour la démocratie et même pour l’avenir de la Cote d’Ivoire en tant que nation. Peut-être aussi que les gens ne pardonnent pas aux Wê d’avoir refusé la rébellion armée en 2002 dans leur région mais surtout de s’être organisés pour non seulement résister mais repousser les rebelles envahisseurs afin de mettre fin au génocide des leurs.

N.V : N’y a-t-il pas d’autres raisons ?

E.G : Nous continuons de nous interroger et le temps nous permettra certainement de trouver une réponse. Mais des pistes commencent à se dessiner. En effet, quand un ministre de la République, en l’occurrence le ministre de la défense Koffi Koffi Paul, répondant aux populations de Taï meurtries par les tueries qui venaient d’y être opérées et qui se sont confiées à lui sur les exactions et méfaits des Frci leur dit : « ceux qui ne veulent pas voir les Frci n’ont qu’à changer de pays et aller vivre ailleurs » que doit-on en penser ?

Surtout quand ces propos menaçants et méchants rappellent étrangement ceux tenus il y a une vingtaine d’années par Léon Konan Koffi, lui aussi ministre de la défense à l’époque, toujours à Taï quand cette localité avait été attaquée. Alors nous nous interrogeons : veut-on par ces massacres massifs, répétés et ciblés contraindre les populations Wê à « changer de pays et aller vivre ailleurs » en abandonnant leurs terres afin que d’autres se les approprient ?

Le journal français Le Nouvel Observateur dans sa livraison du 12 mai 2011 sous la plume du journaliste Jean Paul Mari qui a fait un reportage sur Duékoué parle « d’une épuration ethnique » et nous en donne des détails éloquents du genre « laissez-nous faire. On va en finir avec ces agoutis » ou bien « on va vous tuer tous, jusqu’au dernier » ou encore « nous prendrons vos femmes, vos terres, vos champs et vous mangerez de la boue ».

Mais Dieu est grand, cela ne se réalisera jamais car un adage Wê dit que « les poissons ne finissent jamais dans la rivière ». Je salue donc tous ces parents, ceux restés au pays comme ceux réfugiés au Liberia. Je leur adresse ma compassion, les assure de mon soutien et de ma solidarité dans ces moments difficiles qu’ils traversent. Malgré l’éloignement, je suis à leurs côtés et leur demande de continuer de demeurer dignes malgré la douleur qui les étreint et les difficultés du moment, de ne pas céder au découragement afin d’honorer la mémoire de nos nombreux martyrs. Mais également d’être sans haine ni rancœur.
N.V : Que dites-vous quand certains partisans de M. Ouattara, originaires de l’Ouest, accusent les cadres Lmp comme vous d’être responsables de ce massacre ?

E.G : De la pitié pour ces personnes. Les faits sont si récents qu’on ne peut les travestir aussi simplement en espérant pouvoir en tirer des gains politiques car les nombreux témoins de ces faits horribles sont encore vivants et ne sont pas amnésiques. C’est l’histoire qui nous jugera tous un jour. Je n’ai donc pas d’autres commentaires pour le moment.

N.V : Le gouvernement Ouattara jure que Gbagbo sera transféré à la Cpi. Qu’en pensez-vous ?

E.G : Sur ce dossier, il y a tellement d’incohérences. Premièrement, monsieur Ouattara dit sans cesse que Gbagbo va aller à la Cpi. Mais est-ce lui qui en décide? Ses déclarations voudraient-elles signifier qu’il connait d’avance la réponse de la Cpi avant même l’instruction du dossier ? Y aurait-il alors une connivence ou un agenda caché entre la Cpi et Ouattara? Deuxièmement, si en Côte d’Ivoire, le pouvoir judiciaire est indépendant pourquoi c’est Ouattara qui décide des affaires dont elle peut connaître ou pas? Et qui fait qu’aujourd’hui, notre justice dessaisie par monsieur Ouattara est déclarée incompétente pour juger des affaires relatives à des crimes de sang.

Troisièmement, la Côte d’Ivoire n’a pas ratifié le traité de Rome instituant la Cpi et ne peut le faire dans l’immédiat en raison d’un arrêt du Conseil Constitutionnel qui stipule que certaines dispositions de ce traité sont contraires à notre Constitution conformément à l’article 86. En conséquence, la ratification ne sera possible qu’après révision de la loi fondamentale, laquelle révision ne peut se faire que par voie référendaire étant donné que les dispositions constitutionnelles concernées sont relatives à l’exercice du mandat présidentiel (voir l’article 126 de la Constitution). Or en l’absence de ratification du traité l’instituant, la Cpi n’a pas compétence pour juger des citoyens Ivoiriens.

Enfin, au-delà de tout ce qui précède, qui peut dire qu’il a vu Gbagbo Laurent tuer quelqu’un en Côte d’Ivoire pour l’accuser de crimes de sang ? Maintenant, si on dit que des personnes sous sa responsabilité en tant que Chef de l’Etat ont commis des crimes de sang et qu’il en porte de ce fait la responsabilité, alors monsieur Alassane Dramane Ouattara devra aussi répondre des crimes commis par les Frci depuis le 17 mars 2011 au moins, notamment les 1000 morts de Duékoué.

Parce que leur responsabilité a été clairement établie par des organisations internationales qu’on ne peut soupçonner d’être pro-Gbagbo ni même de sympathie pour celui-ci. Que Soro Guillaume soit, dans ce cas, aussi poursuivi pour les crimes de la rébellion armée des Forces nouvelles depuis le 19 septembre 2002. Des responsabilités qu’il revendique même dans ses récentes déclarations.

N.V : Votre camarade, l’ex-ministre Désiré Tagro tué lors de l’arrestation du Président Gbagbo a été inhumé, samedi dernier. Quel souvenir gardez-vous de lui ?

E.G : Désiré Tagro, paix à son âme, est une grande perte non seulement pour le Fpi mais également pour la Côte d’Ivoire toute entière. C’est un haut cadre compétent, un homme de qualité qui vient de nous quitter dans la fleur de l’âge. Je constate, malheureusement sept mois après, que nous n’avons aucune information relative à l’enquête supposée ouverte sur son assassinat. Le procureur semble peu pressé de dénouer ce dossier. Il a certainement des affaires plus urgentes et plus importantes à traiter.

Désiré Tagro était pour moi plus qu’un camarade, c’était un frère et un ami. Bien que nous nous connaissions déjà en tant militants au sein du Fpi, c’est à partir de 2007 que nos relations se sont véritablement renforcées quand, nommé ministre de l’intérieur, il a bien voulu m’associer aux réflexions et travaux relatifs à la décentralisation en ma qualité de président de la commission des affaires générales et institutionnelles de l’Assemblée nationale.

C’est de cette collaboration qu’est née notre amitié. Entre lui et moi, le courant passait très bien et il m’a dit un jour, en novembre 2009, qu’il avait beaucoup de plaisir à travailler avec moi. Je garde de lui l’image d’un homme engagé, intelligent, à l’esprit vif. C’était aussi un homme impulsif avec un franc-parler qui dérangeait beaucoup de gens. Mais, malgré les apparences, c’était un homme généreux qui n’hésitait pas à aider son prochain.

Je retiens également qu’il était très attaché au Président Laurent Gbagbo et loyal envers lui. Je me souviens, comme si c’était d’hier, de la dernière fois où je l’ai vu. C’était le 4 avril 2011 à la résidence du Chef de l’Etat à Cocody. Ce jour-là, il nous a dit, de façon prémonitoire, en riant : « je viens de dire au Président que ma proximité avec lui, à partir de maintenant, n’est plus seulement idéologique et politique mais physique et géographique; c'est-à-dire que je ne le quitterai plus d’un pas.

S’il est quelque part, je suis à côté et si quelque chose doit lui arriver ça m’arrivera d’abord ». C’est vraiment un grand homme que nous pleurons et ma peine est d’autant plus grande que, comme beaucoup d’autres de ses amis, je n’ai pas pu être à ses obsèques. Je présente mes condoléances à son épouse, ses enfants, à mon ami Zokou Gogoua René et tous les parents du défunt. Que Dieu reçoive son âme dans la paix.

N.V : Vous avez été le dernier ministre de l’intérieur de Laurent Gbagbo. Que pensez-vous de l’intégration à la Police de près de 300 ex-rebelles sans concours par le régime Ouattara ?

E.G : Si quelqu’un ignore ce que signifie l’injustice, en voici un exemple concret. Pendant qu’on refuse l’admission de ceux qui ont passé régulièrement leur concours, on fait entrer sans concours à la Police, des personnes mais uniquement sur la base de leur appartenance à la rébellion armée. Ceux à qui on a barré de façon injuste la route de l’école de Police et dont la liste est disponible sont de toutes les régions de la Côte d’Ivoire et certainement de tous les bords politiques. Leur seul tort, c’est que c’est moi qui est signé le communiqué proclamant les résultats les déclarant admis.

Est-ce leur faute ? Auraient-ils dû refuser leur admission ou refuser de se présenter quand ils ont été convoqués pour les épreuves orales ? Pourquoi eux qui n’ont fait que passer un concours officiel qui date d’ailleurs de 2009 doivent-ils être pénalisés alors que des hauts responsables qui ont collaboré activement avec le ministre de l’intérieur que j’étais sont encore en poste et que certains ont même été promus ?

N.V : Quatre partis membres du Cnrd sont candidats aux législatives prévues pour le 11 décembre prochain, cet acte n’isole-t-il pas le Fpi ?

E.G : Le Cnrd n’est pas un parti politique ni un regroupement uniquement de partis politiques. Il y a également en son sein des organisations de la société civile et des mouvements de soutien au Président Gbagbo. Et selon sa charte, chaque organisation garde son autonomie. C’est certainement au nom de cette autonomie que ces partis politiques ont décidé d’aller aux législatives pour disent-ils prendre au mot le pouvoir qui veut un signal du Cnrd. Le Fpi ne s’en trouve donc pas isolé. La balle lancée par ces quatre partis est maintenant dans le camp du gouvernement.

N.V : Quel sens donnez-vous à la visite annoncée de M. Ouattara à l’Ouest dont vous êtes aussi un des représentants à l’Assemblée nationale ?

E.G : Comme je ne suis pas dans l’organisation de cette visite, je ne saurais lui donner un sens. Par contre, je peux dire que les populations espèrent qu’au cours cette visite, monsieur Ouattara pourra les écouter et apporter des réponses aux préoccupations qui sont les leurs et qui sont entre autres que depuis 2002, des gens qui se réclament de lui, les pourchassent tous les jours, les tuent, les exproprient de leurs terres et plantations. Que compte-t-il faire pour mettre fin à cette situation et réparer les préjudices subis ? Des personnes identifiées comme étant les auteurs de ces crimes, notamment ceux qui ont massacré 1000 des leurs à Duékoué en mars-avril 2011 seront-elles arrêtées et traduites devant les tribunaux pour répondre de leurs actes ?

Quel traitement compte-t-il faire du cas Amadé Ourémi, un ressortissant du Burkina Faso, donc non ivoirien, accueilli généreusement dans la région mais qui depuis 2003 a levé une armée de 400 à 600 combattants et qui sévit dans la forêt classée du Mont Péko et les villages environnants, qui a participé aux massacres des populations au quartier Carrefour de Duékoué, qui a assassiné quatre éléments des Fds dont un officier en décembre 2010 dans la sous-préfecture de Bagohouo et qui est toujours en liberté ? A quand le retrait des dozos de la région, ces chasseurs traditionnels venus du nord ?


Interview réalisée par Augustin Kouyo




Vendredi 11 Novembre 2011
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1.Posté par Noche le 11/11/2011 18:25 | Alerter
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En lisant cette article,j'ai les larmes aux yeux...L'injustice dont a été victime le peuple Wê prendra fin.Il est dit que pardonner est nécessaire pour la cohésion d'une nation mais ,ce pardon ne viendra pas de nous les Wê.Nos morts sont nombreuses et nous continuons de subir aux yeux du monde entier.L'ONUCI est la pièce maitresse de notre souffrance.Sachez que l'heure de notre libération approche.Tous ceux qui se dresseront contre nous seront écrasés.
Pour la liberté de notre peuple,nous allons vaincre ou mourir.
Forces Libres du Grand Ouest.

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