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Bannissons en nous la peur et le fanatisme !

News en temps réel - jcdjereke@yahoo.fr le Mardi 22 Novembre 2016 à 09:09 | Lu 493 fois



Peu de gens ont entendu parler de Yambo Ouologuem. Même ceux qui s’intéressent à la littérature africaine ne savent pas toujours de quel pays il est originaire ni ce qu’il a écrit. Peut-être parce que Ouologuem n’est pas aussi célèbre que Chinua Achebe, Bernard Dadié, Ferdinand Oyono, Aké Loba, Ousmane Sembène ou Mongo Beti. Et pourtant, il reçut, en 1968, le prix Renaudot, un des grands prix littéraires français, pour avoir publié, la même année, un livre iconoclaste, c’est-à-dire aux antipodes de ce qui était communément admis à l’époque.

Aujourd’hui, le roman de Ouologuem serait assimilé au politiquement incorrect. Mais pourquoi “Le devoir de violence” était-il considéré comme un livre différent des autres? Que disait-il qui n’avait pas été dit auparavant? En quoi innovait-il? Bref, qu’est-ce qui distinguait le Malien des autres auteurs africains? Rappelons d’abord le contexte. L’arrogance, le mépris et l’ignorance avaient poussé l’Occident à soutenir que les Africains n’avaient rien inventé, qu’ils étaient sans écriture ni civilisation. Pour s’en rendre compte, il suffit de songer, par exemple, à Hegel parlant dédaigneusement d’une Afrique au seuil, en marge et dans l’enfance de l’Humanité.

La Négritude, concept forgé par le Sénégalais Léopold Sédar Senghor, le Guyanais Léon-Gontran Damas et le Martiniquais Aimé Césaire, puis des chercheurs sérieux et accomplis comme Cheikh Anta Diop et Joseph Ki-Zerbo ne tarderont pas à battre en brèche ces grossiers mensonges, tout comme d’éminents sociologues et historiens africains rabattirent le caquet à Nicolas Sarkozy qui avait affrmé à Dakar en 2007 que l’homme africain n’était pas assez entré dans l’Histoire (lui y est entré d’une manière peu glorieuse en faisant assassiner Mouammar Kadhafi après lui avoir soutiré 5 millions d’euros en 2006 pour sa campagne, en faisant bombarder Abidjan et en faisant tuer des centaines d’Ivoiriens pour installer un imposteur et une marionnette).

Dans leurs travaux, ils démontreront en effet que non seulement l’Afrique ancienne possédait l’écriture, la philosophie, les mathématiques, etc., mais que c’est en Afrique, dans l’Égypte pharaonique, que vinrent se former les savants et philosophes grecs parmi lesquels Pythagore, Solon, Démocrite, Anaxagore, Platon et Aristote dont l’Occident aime tant se vanter (cf. Théophile Obenga,“L’Égypte pharaonique tutrice de la Grèce de Thales à Aristote”, http://ethiopiques.refer.sn/spip.php?page=imprimer-article&id_article=1128). \
Nul doute qu’il était bon et juste de rétablir la vérité historique mais la tentation était en même temps grande et réelle d’idéaliser cette Afrique-là (je reprends ici le titre d’un roman du Camerounais Jean Ikelle Matiba), de laisser croire que tout y allait bien, qu’on y vivait heureux, en un mot qu’aucun problème ne s’y posait.

Certains romanciers comme Camara Laye dans “L’Enfant noir” ont succombé à cette tentation en donnant de l’Afrique une image bucolique ou paradisiaque. Mongo Beti lui répondit sèchement en l’accusant de ne parler que de “fêtes stupidement interminables, de se complaire dans l’anodin et surtout le pittoresque le plus facile, d’ériger le poncif en procédé d’art”. Stanislas Adotevi, lui, s’en prit violemment à Senghor, insistant sur le fait qu’une littérature en dehors du combat révolutionnaire est sans intérêt pour les Africains exploités et dominés par la France (cf. “Négritude et négrologues”, UGE, 1972). Mais celui qui alla le plus loin dans la démystification de cette Afrique idyllique, c’est incontestablement Ouologuem.

De quelle manière le fit-il? En donnant à voir des rois et chefs sanguinaires comme les Saïfs, conquérants et maîtres du mythique empire Nakem où se pratiquait, au 13e siècle déjà, l’esclavage. Mais “Le devoir de violence” ne se contente pas de brocarder cette Afrique innocente. Il fustige aussi le colonialisme occidental et les prétendus spécialistes de l’Afrique pompeusement baptisés africanistes. Autrement dit, c’est tout le monde qui en prend pour son grade dans ce roman traduit en neuf langues.

Comme l’ont bien perçu Alain Rouch et Gérard Clavreuil, “l’auteur malien se refuse à faire le procès du seul colonialisme et montre que les violences et les atrocités de toutes sortes ont parsemé l’histoire de l’Afrique”. Ils ajoutent: “Il n’épargne rien, ni personne en affirmant (au sujet des religions) que l’Islam s’est servi de l’animisme pour exploiter la naïveté du peuple et que le Christianisme a encouragé les Noirs à se soumettre au pouvoir temporel tout en pillant l’Afrique de ses créations artisanales les plus authentiques:” (cf. “Littérature nationale d’écriture française: Afrique noire, Océan indien”, Paris, Bordas, 1987, p. 298).

“Le devoir de violence” n’a pas eu le succès qu’il méritait. Il est peu connu en Afrique et en France, probablement parce que, sans procès, il fut retiré assez vite de la vente par Seuil (l’éditeur), après que l’auteur fut accusé par un certain Éric Sellin d’avoir plagié “Le dernier des Justes” d’André Schwarz-Bart. Il faudra attendre 2003 pour que, grâce à la maison d’édition Le Serpent à Plumes, le livre soit de nouveau accessible aux lecteurs.

Le principal enseignement que je tire de ce brûlot, c’est que l’amour de l’Afrique ne devrait pas nous empêcher d’en voir et d’en dénoncer les travers et les dérives. Tout n’est pas et ne peut pas être parfait dans le comportement de nos dirigeants, dans nos partis politiques, religions ou ethnies. Comme Ouologuem, tâchons d’être lucides et objectifs; efforçons-nous d’allier passion et esprit critique. Bannissons en nous la peur et le fanatisme qui sont la marque des gens médiocres et superficiels ! Faisons-nous violence pour dire ce que nous pensons réellement. C’est à cette condition, et seulement à cette condition, que nous serons vraiment utiles à nos chefs et à nos communautés.

Jean-Claude Djéréké

jcdjereke@yahoo.fr
Mardi 22 Novembre 2016
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