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2 ans après la chute de Gbagbo: Dans la galère des blessés et orphelins de guerre de 2011

le Samedi 8 Juin 2013 à 08:51 | Lu 576 fois

Les violences post-électorales ont rallongé le chapelet des victimes de la crise ivoirienne. En effet, de nombreux blessés, veufs et orphelins engendrés par cette guerre de mars-avril, sont venus grossir les rangs des victimes des violences des années 2002-2010. Et elles semblent visiblement livrées à elles-mêmes depuis que les armes se sont tues. A la veille de l'audience de confirmation des charges contre l'ex-président Laurent Gbagbo, qui se tenait à La Haye fin février, certains de ses oubliés de la guerre ont été sortis de leur silence par le Collectif des victimes de Côte d'Ivoire( Cvci) afin qu'ils témoignent des souffrances endurées depuis deux ans, sans la moindre assistance de la part des pouvoirs publics. De là nous est venue l'idée de toucher du doigt leurs réalités en faisant une incursion dans leurs domiciles, d'où personne ne semble entendre leurs cris de détresse.



2 ans après la chute de Gbagbo: Dans la galère des blessés et orphelins de guerre de 2011
Nous voilà donc ce mercredi 15 mai au siège du Collectif des victimes de Côte d'Ivoire ( Cvci) à Marcory résidentiel aux environs de 9h30. Là, nous attend Issiaka Diaby, le président de cette association de défense des droits des victimes, créée depuis 2000. Dans les minutes qui suivent, nous embarquons à bord de son véhicule, avec, un cameraman, une jeune dame, responsable des affaires sociales et des orphelins au Cvci. Nous faisons escale en chemin pour prendre de la viennoiserie et du lait que le président de cette association prévoit de remettre à chaque victime que nous visiterons.

Première escale: Treichville, Avenue 16, Rue 14 barrée, en face du restaurant « le vieux ». Ici, vit Mohamed Koné, un blessé des violences post­électorales. Vit ? Plutôt se laisse vivre, cloué qu'il est au lit depuis deux ans, ayant perdu l'usage de ses jambes suite aux violences post-électorales. C'est un jeune homme au visage livide que nous trouvons couché dans un lit de fortune, collé au mur du salon. Vêtu d'un sous-corps blanc et d'une culotte, Mohamed est étendu dans ce lit d'une place. A ses pieds, un ventilateur en marche pour le soulager de la chaleur. Il est 3 10h15. A cette heure de la journée, seul se tient à ses côtés son père, Aboulaye Koné. Egalement vêtu d'un sous-corps blanc et d'une culotte, le père Koné nous accueille chaleureusement.

PLUS D'ARGENT, PLUS DE SOINS POUR MOHAMED

Depuis deux ans, nous raconte-il dans le salon où nous prenons place, son fils est scotché au lit. Pour se lever, se laver, aller aux toilettes et manger, il faut recourir aux bras des autres, en l'occurrence de son frère Aboulaye. « Moi, avec mon âge, je ne peux pas soulever seul ce grand garçon. C'est Aboulaye qui s'occupe de lui », nous fait savoir M. Koné. A l'écouter, la famille éprouve de réelles difficultés à prendre en charge ce blessé de la crise post-électorale. Sans assistance d'aucune structure étatique, la famille Koné s'en est remis dans un premier temps aux tradipraticiens et autres « docteurs» de la médecine traditionnelle, pour sauver Mohamed. En vain.

« On a cru qu'on pouvait trouver une solution avec les tradipraticiens, plusieurs sont venus ici. Ça n'a rien donné », regrette-t-il, avant d'ajouter:« Tout le monde nous a dit que c'est une opération chirurgicale seule qui peut le sauver. Or, pour une telle opération, il ne faut pas moins de 4 ou 5 millions Fcfa. Où trouver cet argent ?». Au dire de M. Koné, aucune autorité gouvernementale ne leur a apporté la moindre assistance, ni financière ni matérielle depuis que Mohamed est cloué au lit. Seule la député Amy Toungara, se rappelle-t-il, leur avait donné un coup de pouce pendant la campagne électorale pour les législatives, auxquelles elle était candidate à

Treichville : « Elle est venue ici et nous a remis 150 000 fcfa pour un examen que nous devions faire. L'argent a été effectivement utilisé pour faire cet examen. Et elle nous a promis de suivre l'évolution des choses, mais depuis qu'elle a été élue, on n'arrive plus à la joindre ». Au début du drame, le père de Mohamed avait pourtant pris à bras le corps le traitement de son fils: « Au début, on achetait les produits que les médecins nous prescrivaient: les vitamines, les antibiotiques. Après, on n'arrivait plus à les acheter. On a même fait des radios à l'époque où on pouvait encore le transporter jusqu'au Chu( Centre hospitalier universitaire) de Yopougon. Mais nous n'avons plus d'argent pour faire le déplacement sur le Chu, au service de neurochirurgie.

Le dernier déplacement date d'il y a un an. Les dernières radios remontent à l'année dernière. On n'arrive plus à faire les consultations médicales ni acheter les produits qu'on nous a prescrits pour que les nerfs ne restent pas inactifs. A ce jour, on ne sait plus rien de son état de santé réel, puisqu'il ne bénéficie plus d'assistance médicale ». Preuve que Mohamed ne va plus au Chu et se déplace très peu: son fauteuil roulant refermé et adossé au mur, dans la cour. Maigre espoir pour ce blessé des violences post-électorales: les séances de rééducation que pratique gracieusement un spécialiste, auquel M. Koné ne manque pas de témoigner sa gratitude: « Il nous avait demandé de payer 10 000 fcfa, à raison de deux séances par semaine; on a plaidé pour 8000 fcfa.

Mais même ces 8000 fcfa, on n'arrive pas à les payer. Il nous avait également demandé de le faire venir dans sa clinique, située dans le quartier. Mais comment payer le déplacement ? Malgré tout, ce monsieur a continué à venir s'occuper de Mohamed à la maison depuis deux ans ». Deux ans après la guerre post-électorale, le père de Mohamed est à bout de souffle et ne cache pas son découragement. « Je suis franchement découragé, je suis épuisé. Toutes les démarches que nous avons menées auprès des autorités, n'ont pas abouti. J'ai l'impression qu'ils ont oublié ces blessés de guerre. Et moi qui pensais que ceux-ci devaient constituer la priorité des autorités. On parle de pays émergent sans rien faire pour faire émerger ces victimes », s'offusque-t-il.

Même désolation chez le concerné, resté couché sur le dos tout au long de nos échanges avec son père: « On s'est dressé contre ceux qui voulaient confisquer la victoire du président Ouattara et notre récompense, c'est d'être cloué au lit ou dans un fauteuil roulant, assène Mohamed d'une voix presque étouffée. On a essayé d'approcher les autorités, mais elles sont restées sourdes à notre appel. C'est décevant. Désormais, on s'en remet à Dieu ». Il est 10h 54, nous prenons congé de la famille Koné. Mais avant, le président du Cvci remet un sachet de victuailles à Mohamed et un modeste soutien financier, non sans leur remonter le moral comme il peut.

DIEU ET LES TRADIPRATICIENS, LES SEULS RECOURS

Près de quatre heures plus tard, soit à 14h 40, nous posons les pieds dans le salon de la famille de Diarra Ibrahim, dans une cour commune à Abobo Agbekoi. Cette victime de la crise post-électorale a plutôt bonne mine, quoique ayant les jambes atrophiées. A notre arrivée, Diarra est assis sur une chaise, au salon. Il fait une chaleur étouffante. Le seul ventilateur perceptible n'est plus qu'un objet de décoration, étant hors de service. On transpire. Le blessé, la trentaine, explique avoir été touché le 4 mars 2011, aux environs de 13h, au sortir d'une mosquée non loin d'une station d'essence.« C'est un char qui revenait du camp commando qui a tiré sur la foule. J'ai pris une balle qui a affecté ma colonne vertébrale, et m'a rendu comme ça. Je la porte encore dans le corps. On m'a dit qu'elle va finir par sortir seule », relate-t-il d'une voix claire. Il nous apprend qu'avant ce drame, il était vendeur de viande dans le marché d'Abobo avocatier.

Depuis, tout s'est arrêté. Lui non plus dit n'avoir bénéficié d'aucune assistance de quelque structure étatique que ce soit. « Ce sont mes propres ressources qui m'ont permis de me traiter jusque-là », souligne-t-il. Il reconnaît avoir eu droit à quelques séances de rééducation gratuite au tout début de son suivi médical au Chu de Yopougon. Par la suite, il a dû payer les médicaments et la rééducation lui-même: « Ça fait plus d'un an cinq mois que je prends des médicaments et fais la rééducation. Chaque semaine, je prends Xylocaine visqueuse (2270 fcfa) et Princi-B fort( 4540 fcfa). J'ai un sac plein de médicaments, que j'ai demandé à la vieille de jeter. Comme tout cela n'en finit pas, j'ai décidé de m'en remettre à Dieu », raconte, résigné, Diarra. Selon lui, il a commencé la rééducation en faisant trois séances par semaine, ce qui lui coûtait 15 000 fcfa pour le déplacement au Chu de Yopougon, à raison de 5000 fcfa pour l'aller-retour en taxi.

Quant à la rééducation proprement dite, elle lui revient à 14000 fcfa pour 10 séances. : « Après, j'ai commencé à aller deux fois par semaine et finalement je ne vais plus qu'une fois, car je n'ai plus les moyens ». Aux difficultés financières qui rendent difficile le déplacement s'ajoute un autre souci: le manque de fauteuil roulant, celui de seconde main qu'il s'était acheté étant désormais hors d'usage. Après deux années de

traitement cahin-caha, Diarra dit sentir une relative amélioration et garde l'espoir de pouvoir retrouver l'usage de ses membres s'il bénéficie d'un meilleur suivi médical.

« J'attends beaucoup des autorités. Depuis, on nous fait des promesses, mais on ne voit rien venir », lâche le jeune homme, qui n'a pour tout soutien que sa mère. Invitée à nous parler de la façon dont elle vit l'état de son fils, c'est une mère exaspérée qui dépeint les souffrances qu'elle endure: « C'est moi seule qui m'occupe de lui depuis qu'il est dans cet état. C'est dur pour moi: il faut payer les médicaments, payer son déplacement pour l'hôpital, lui faire à manger et payer le loyer. Il faut en plus l'aider à quitter le lit, se déplacer pour sa toilette. Je n'arrive pas à trouver les moyens pour tout ça, étant seule à m'occuper de lui ». En réponse à ces complaintes, le président du Cvci, Issiaka Diaby, prend l'engagement d'offrir un fauteuil roulant au blessé de guerre et de lui payer, pour un moment, les trois séances de rééducation que nécessite normalement son état. Non sans ajouter qu'il fera entendre leur voix auprès des autorités compétentes.

Mais avant de quitter Diarra et sa mère, il remet un sachet de victuailles et un peu d'argent. Un geste qui émeut le malade au point d'écraser des larmes. « C'est le geste qui me touche», lâche-t-il, alors que le président du Cvci tente de le réconforter. Avant de mettre le cap sur Abobo Agbekoi, nous étions passés par le quartier Doukouré à Yopougon. Dans ce quartier précaire, vivent Koné Yacouba et sa mère Koné Korotoumou. Yacouba, 10 ans, est un orphelin de guerre: il a perdu son père, Koné Karim, pendant la crise post-électorale. Tailleur de son état, celui-ci a été abattu le 12 avril 2011, soit le lendemain de l'arrestation de l'ancien président Laurent Gbagbo.

Depuis, il gît dans l'une des fausses communes qui côtoient encore les habitations. Pour parvenir à la cour commune où vit le jeune garçon, nous prenons les couloirs serpentant le quartier. Il faut enjamber l'eau usée et puante qui ruisselle à l'entrée de la cour. A notre arrivée autour de 11h20, le gamin est tiré de son lit, ou plutôt d'une sorte de divan en plancher qui tient lieu de lit. C'est un enfant amaigri, tenant à peine sur ses jambes, que l'on fait asseoir sur un tabouret. Visage rendu osseux par la maladie, il porte une chemisette blanche.

Au dire de sa mère, cela fait un mois qu'il est dans cet état. Faute de ressources financières, elle n'a pu le conduire à l'hôpital pour qu'il soit procédé à un diagnostic du mal dont il souffre. Jusqu'à ce que les responsables locaux du Cvci soient saisis de son cas le jeudi 9 mai dernier. « L'orphelin souffre d'une infection pulmonaire. A partir d'aujourd'hui, la chargée des affaires sociales et des orphelins du Cvci va prendre son dossier en main », nous explique le président de cette association.

DUR, DUR POUR CES ORPHELINS ET VEUVES

Aux côtés du gamin, sa mère, une dame de situation sociale modeste. Elle explique qu'elle est seule à s'occuper des enfants après l'assassinat de leur père. Faute de ressources, l'un d'eux est décédé des suites d'une maladie, un autre a été moralement déséquilibré après le drame vécu par la famille pendant la guerre post-électorale. Celui-ci a été envoyé pour traitement à Korhogo. Seul vit donc avec sa mère le petit Yacouba Koné, lui aussi très souffrant. Vendeuse dans le marché du quartier, dame Koné Korotoumou dit manquer d'argent pour une prise en charge correcte de l'enfant. En attendant, l'orphelin se meurt.

Le président du Cvci promet alors de payer les médicaments prescrits après les premières consultations dont le petit a bénéficié depuis que son cas a été porté à la connaissance de cette structure. Dans le même quartier, vit dame Diomandé Vado, devenue veuve depuis un certain 29 avril 2011 où son époux, Soumahoro Mamadou, a été tué. Lui aussi repose dans l'une des fausses communes du quartier. Depuis six mois, elle est rongée par un mal. « Je suis allée à l'hôpital, on m'a donné une ordonnance, mais je n'arrive pas à la payer », dit-elle, en brandissant l'ordonnance en question.

Alors, pour contourner cette difficulté, elle recourt aux médicaments de la rue : « Voilà ce que je prends, lance-t-elle, agitant un emballage de médicament bleu. Ça coûte 100 fcfa, mais ça ne vaut rien ». Légalement mariée, cette dame d'un certain âge, éprouve bien des difficultés pour toucher sa pension. Alors, pour faire face aux charges laissées par son défunt mari, elle vend du bois de chauffage de temps à autre, mais aussi s'adonne à la mendicité le vendredi à la mosquée.

Pour la soulager un tant soit peu, le président du Cvci fait payer sur le champ son ordonnance, qui s'élève à environ 10 000 Fcfa. Et laisse un kit de victuailles et un peu de sou à la mère de l'orphelin malade. Nous prenons congé d'eux. Direction: Jonnesbourg, une bourgade du quartier Koweit de Yopougon.

Nous bravons une voie cahoteuse et gorgée d'eau de pluie pour accéder à la cour commune où réside veuve Camara, épouse de feu Camara Yaya, chauffeur à la retraite, abattu en avril 2011, après l'arrestation de Laurent Gbagbo. Il est 12h48 quand nous prenons place dans le salon. Il fait une chaleur accablante. Point de ventilateur. Assise sur une natte, dame Camara a le visage marqué par la maladie. En boubou, elle se traîne quand elle doit se déplacer. C'est qu'elle est paralysée. Sa santé, nous explique-t-elle, s'est dégradée suite à la disparition tragique de son mari pendant les violences post-électorales. « Cela fait deux ans que je suis dans cet état. Je me soigne à l'indigenat, faute d'argent », articule-t-elle. Ce que confirme sa fille, Camara Salimata :« C'est l'ami de notre papa qui la soigne à l'indigenat ; il dit qu'on ne paiera que quand elle aura recouvré la santé ».

Selon elle, ils n'ont pas les ressources financières pour acheter les médicaments de la médecine moderne que nécessite l'état de sa mère. C'est le Cvci qui leur vient en aide quand il faut payer certaines ordonnances. A part cette association, assure Mlle Salimata, aucune autorité ne leur a apporté la moindre assistance. « Pour subvenir aux besoins de maman et aux nôtres, nous vendons de l'eau glacée », ajoute cette élève de Terminale G, qui a dû interrompre ses cours, faute de soutien financier mais aussi pour s'occuper de sa

mère, laquelle a elle aussi abandonné son commerce. Depuis de longs mois, Salimata a donc rangé cahiers et stylos ainsi que son uniforme scolaire. « Leur situation a étéportée à la connaissance de Mme Fatou Diomandé, conseillère du président de la Commission dialogue, vérité et réconciliation( Cdvr), quand elle a effectué une tournée ici. Mais, il n'y a pas eu de suite », indique Youan Bi, ex-représentant de la Cdvr au quartier Koweit, aujourd'hui responsable local du Cvci. Avant de quitter veuve Camara, peu après 13h, le président national de ladite association lui remet le même sachet de vivres et un peu d'argent, en présence de l'autre épouse du défunt. Il promet de lui trouver un fauteuil roulant et lui faire suivre un traitement médical adéquat. A sa fille, Salimata Camara, il envisage de trouver une prise en charge scolaire afin qu'elle reprenne le chemin de l'école.

Assane NIADA
L'Inter

Samedi 8 Juin 2013
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