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12ème Congrès du Pdci-Rda/ Yéboué Lazare (baron du parti) : « On prépare la mort du Pdci »

le Vendredi 13 Septembre 2013 à 06:38 | Lu 853 fois



12ème Congrès du Pdci-Rda/ Yéboué Lazare (baron du parti) : « On prépare la mort du Pdci »
Le Pdci-Rda, ancien parti unique fondé par feu Félix Houphouët-Boigny et dirigé actuellement par Henri Konan Bédié, tiendra, sauf changement, son 12ème congrès ordinaire en octobre prochain. A l’approche de ces assises, le vieux parti est englué dans une crise profonde. M. Yéboué Lazare, baron du Pdci et un des anciens fidèles du président Bédié, est ferme : « Tel que le congrès se prépare, je ne sais pas si nous allons atteindre notre objectif qui est de redynamiser le parti. Parce que le congrès se prépare dans un cadre autre que celui prévu par les textes ». Habituellement peu bavard, l’homme a accepté de se confier à Notre Voie. Interview exclusive.

Notre Voie : Monsieur Yéboué Lazare, cela fait quelque temps que vous n’êtes plus visible sur la scène. Que devenez-vous ?

Yéboué Lazare : Je suis au parti. Je suis membre du Bureau politique, membre du Comité de direction du Pdci-Rda, j’allais dire « originel », pour faire avancer le parti.

NV : Pourquoi Pdci originel ?

YL : Oui, le Pdci originel, c’est le Pdci que les Ivoiriens ont toujours connu.

NV : Mais si vous faites la précision, c’est qu’il y a quelque part une tendance à la déviation…

YL : Mais personne ne l’ignore en Côte d’Ivoire. Le fait de bastonner un Secrétaire général qui demande un préalable (NDLR : la scène s’est déroulée lors du conclave organisé récemment par le président du Pdci, Henri Konan Bédié, à Yamoussoukro), c’est nouveau. On ne peut pas dire que c’est la déviation, mais en tout cas, ce n’est pas la coutume au Pdci.

NV : Vous donnez le sentiment qu’il y a des difficultés dans la gestion de l’héritage que vous a laissé Houphouët-Boigny. Alors, que devient, selon vous, le Pdci dans les mains de la génération de l’après Houphouët dont vous faites partie ?

YL : Vous-même, vous le constatez. Au moment où le président Houphouët nous quittait en 1993, le Pdci représentait un peu plus de 80 % des suffrages exprimés en Côte d’Ivoire. Monsieur Bédié est arrivé, il a gagné à plus de 90 % à la présidentielle de 1995. Mais prenez les résultats des dernières élections présidentielles de 2010. Le Pdci est tombé à environ 25 %. Cela signifie que le parti a fortement régressé.

NV : Quelles en sont les raisons, selon vous ?

YL : Personnellement, je retiens que nous n’avons pas été très militants. Chacun de nous s’est battu pour lui-même. A la présidentielle, au moment où il fallait se battre pour faire gagner le président Bédié, on vient me demander : « Mais après les présidentielles, toi qu’est-ce que tu veux être, député, maire ou président de Conseil général ? ». J’ai dit à mes frères, mettons-nous d’abord en ordre de bataille pour faire la campagne du président Bédié. Après qu’il aura gagné, le reste sera facile. Mais si nous exprimons déjà nos ambitions, nous allons rivaliser parce que chacun voudra faire croire au président Bédié qu’il est le plus influent dans sa zone. On ne m’a pas écouté.

NV : Le Pdci a fortement régressé, vous l’avez dit. Qui en est responsable à l’intérieur de vos structures ?

YL : Nous avons tenu un Bureau politique, le 02 juin 2012, dont le communiqué final a tout dit. Nous avons conclu à une responsabilité collective. Notre Secrétaire général, Alphonse Djédjé Mady, a l’habitude de dire : « nous n’avons pas été productifs. Le Pdci a perdu beaucoup. En tant que Secrétaire général, j’assume ma part de responsabilité ». Moi, Yéboué Lazare, en tant que militant, j’assume aussi ma part de responsabilité, puisque le Bureau politique a conclu à une responsabilité collective. Personne au Pdci ne peut dire qu’il n’est responsable de rien.

NV : Le président du Pdci, Henri Konan Bédié, assume-t-il également sa part de responsabilités ?

YL : Il ne faut pas focaliser le débat sur les hommes parce qu’après, ça devient un problème de personnes. Cette situation dramatique que connait le Pdci ne peut être réduite à un problème de personnes. Je dis que nous sommes conscients que le Pdci a beaucoup perdu. Est-ce que vous pouvez imaginer que le grand Pdci, 67 ans d’existence, n’ait pas de candidat sur certaines parties du territoire national, dans une élection législative ou locale, alors que nous prétendons avoir des militants partout ? Pour les législatives par exemple, il y a environ une vingtaine de circonscriptions où nous n’avons pas eu de candidats. Pour les municipales, c’est plus d’une trentaine de localités où nous n’avons pas eu de candidats. Chacun doit donc être conscient de ce qu’il a fait.

NV : C’est dans une telle ambiance que se prépare le 12ème Congrès du Pdci. Quel est l’enjeu de ce congrès ordinaire ?

YL : Pour ce congrès, sur proposition du président Bédié, nous avons adopté le thème suivant : « Le Pdci-Rda face aux nouveaux défis : Renouveau, Renaissance et Rajeunissement ».

NV : Cela fait beaucoup de R dans un thème…

YL : Oui, ce thème a le mérite de montrer que nous voulions aller à une redynamisation du parti. Parce que nous avions en tête de reconquérir le pouvoir en 2015. Parce que les militants que ont été meurtris de constater que pour les résultats du 1er tour de la présidentielle 2010, le Pdci a perdu tout l’Ouest, depuis Oumé jusqu’à Toulépleu. Le Nord, on n’en parle pas. Tout l’Est, de Bouna à Tiapoun et tout le Sud, notamment tout le pays Attié, Ebrié et Abbey. Et se rétrécissant comme une peau de chagrin, le Pdci s’est recroquevillé sur le « V Baoulé ». Houphouët serait vivant qu’il n’aurait jamais accepté cela. Pour développer le Pdci, Houphouët a créé l’axe Nord-sud. Et c’est pour revenir à cette dimension ancienne du parti que nous avons placé notre espoir dans ce 12e congrès.

NV : Est-ce que les préparatifs du congrès vous donnent à croire que cette ambition sera réalisée ?

Y l : Non ! Malheureusement, tel que le congrès se prépare, je ne sais pas si nous allons atteindre cet objectif. Parce que le congrès se prépare dans un cadre autre que celui prévu par les textes. Vous pouvez poser la question à tous ceux qui étaient au Bureau politique du 23 mai 2013, ce Bureau politique n’a pas adopté un Comité d’organisation. Un des organisateurs actuels a, à ce Bureau politique, annoncé à la presse que le Bureau politique venait d’adopter un Comité d’organisation. Le Secrétaire général a aussitôt pris la parole pour rétablir la vérité. L’intervention du Secrétaire général a été saluée par une grande ovation. Mais à la surprise générale, le président du parti a publié une lettre dans laquelle il indiquait qu’un Comité d’organisation avait été mis en place. On n’a pas voulu le contredire sur le champ pour éviter la cacophonie. Sinon, en réalité, il a bien demandé au Secrétaire général de prendre les travaux du Comité ad hoc comme base de réflexions pour les amender si nécessaire et faire des propositions. Ce qui a été fait.


NV : Il y a aujourd’hui, au sein du Pdci, le débat relatif à la légalité interne. Des voix, et non des moindres, estiment que les textes ne permettent pas au président Bédié d’être candidat. Quelle est votre opinion ?

YL : Ma position est très claire. Je suis pour l’application stricte des textes. Les juristes qui ont voulu prendre la défense de ce que certains frères sont en train d’amener le président Bédié à faire n’arrivent même pas à apporter la preuve d’une cohérence de ce qu’ils disent, à savoir que le président Bédié peut être candidat.

NV : A quels juristes faites-vous allusion ?

YL : Il y en a eu quelques uns mais je retiens Me Kouamé Faustin. L’ancien ministre de la Justice du président Bédié, après être allé exhumer une disposition du code civil, a lui-même conclu sa démonstration par le fait que si le président Bédié est réélu dans les conditions actuelles, il ne pourra fonctionner qu’en interne. Parce que son élection ne serait pas opposable au tiers.

NV : Cela veut dire quoi exactement ?

YL : Me Kouamé Faustin a soutenu et je cite : « Dans notre système juridique qui est celui de la déclaration administrative préalable, l’absence de déclaration ou l’attente du récépissé de déclaration ne fait pas obstacle au fonctionnement interne d’un parti politique. Simplement la mesure en cause ne peut être opposée au tiers (personne étrangère au parti concerné) ». Fin ce citation.

A supposer que le président Bédié soit réélu au soir du 5 octobre prochain, il dispose de 3 mois pour que le ministère de l’intérieur entérine la procédure. Et pendant les 3 mois, s’il arrivait quelque chose d’important au Pdci, qui va ester en justice ? Première difficulté. Seconde difficulté, nos textes disposent que pour être candidat, il faut avoir 40 ans révolus et 75 ans au plus. A 39 ans moins un mois, vous ne pouvez pas être candidat. A 75 ans plus un mois, vous ne pouvez pas non plus être candidat. Voilà ce que disent nos textes. Le président Bédié a 79 ans. Et ces dispositions, c’est le président Bédié, lui-même, qui les avait introduites dans les statuts.

NV : Comment avez-vous pu accepter cette modification de vos statuts sans savoir qu’elle allait poser tant de problème à son inventeur, le président Bédié lui-même ?
YL : Ecoutez, l’argument qu’il avait développé et qui nous avait convaincus, c’est qu’il fallait démocratiser un peu plus le Pdci et surtout donner espoir aux jeunes. Les jeunes doivent savoir que les positions où se trouvent les aînés au sein du parti ne sont pas des positions immuables et qu’à un moment donné, ces aînés doivent leur céder la place. C’était un argument imparable.

Tenons-nous en donc à ces textes au lieu de chercher des situations compliquées qui pourraient être préjudiciables à notre parti. Par exemple, faire fuir les jeunes de notre parti. Le Pdci ne peut se permettre d’élire un président qui ne peut fonctionner qu’en interne même pour une courte période. Aujourd’hui, pour justifier l’injustifiable, on nous parle de Marcoussis. La réunion de Marcoussis a effectivement évoqué la question de l’article 35 de la Constitution, mais ça n’a pas prospéré ! En son temps, Monsieur Gbagbo, en tant que président de la République, avait introduit ces recommandations à l’Assemblée nationale. Mais le parlement s’était déclaré incompétent. Et pour permettre que toutes les candidatures à la présidentielle soient prises en compte, le président de la République d’alors s’est référé à l’article 48 de notre Constitution.

NV : On connait vos amitiés avec le président Bédié, qu’est-ce qui fait que vous vous démarquez ainsi de lui ? Ne craignez-vous pas d’être traité de Judas?
YL : Etre traité de Judas, de vendu… ça m’est équilatéral complètement ! Je suis comme une calebasse renversée, toutes les médisances, tous les mensonges qu’on va dire sur moi, ça va couler sur ma peau. Ce sont les chercheurs de poste qui refusent de dire ce qui est la réalité. Donc, ces qualificatifs sont des injures et comme le dit mon grand frère Paul Akoto Yao, «les injures ne salissent que la bouche de ceux qui les profèrent».

NV : Mais nous disons que vous êtes l’ami de Bédié…

YL : Concernant cet aspect de la question, je me demande pourquoi vous voulez trouver des amis au président Bédié quand, lui-même, a écrit dans un livre qu’il n’a pas d’amis. Je ne veux pas utiliser le mot que lui-même a utilisé pour qualifier ceux que vous considérez comme ses amis…

NV : «Suiveurs» ?

YL : (Silence et rires). Vous devez comprendre qu’il y a quand même l’autonomie de pensée de l’individu. J’ai été son collaborateur, d’accord, mais il est arrivé un moment où peut-être, nous n’avions pas la même façon de voir la suite des évènements. Au Pdci, je veux être un militant à part entière et non un militant entièrement à part.

NV : On vous a vu à la conférence de presse du Secrétaire général du parti, Djédjé Mady, au moment où il se déclarait candidat à la présidence du Pdci. Le soutenez-vous ?

YL : J’avais répondu à un de vos confrères que ma présence aux côtés de Djédjé Mady s’expliquait par le fait que j’ai été invité. Et je vais vous devancer pour dire que je n’étais pas à côté du président Bédié qui a organisé un conclave, une réunion qui n’est pas statutaire. Parce que là-bas, à Yamoussoukro, les participants étaient triés sur le volet. Il y avait d’abord les Secrétaires généraux de sections, les Délégués généraux et communaux et les invités spéciaux choisis par lui-même. Je ne suis plus Secrétaire de section, je ne suis plus Délégué départemental et je n’ai pas reçu d’invitation spéciale. Alors, je ne suis pas allé là-bas parce que je tenais à éviter qu’on me bastonne.

NV : On dit que vous avez rompu avec Bédié parce qu’il aurait rayé votre nom de la liste des candidatures aux élections couplées…

YL : Non, c’est prendre un raccourci. Certes, ce que vous dites pourrait être une raison valable mais ce n’est pas l’essentiel. Ça fait longtemps que je me plains. Je ne veux pas réveiller les anciennes querelles, mais si vous vous souvenez, en 2004, j’avais fait une adresse aux militantes et aux militants du PDCI, qui a été publiée par Le Nouveau Réveil. Suite à la polémique que l’adresse a suscitée, j’ai accordé une interview au même quotidien pour tout expliquer. J’avais manifesté tout mon mécontentement dans le fonctionnement du parti. Particulièrement, le fait que nous ne nous soyons pas réunis après le coup d’Etat de 1999 pour tirer les leçons. Donc, ce n’est pas une affaire d’avoir rayé mon nom. C’est plus profond que cela. C’est une question de vision et de fonctionnement du Pdci.

N.V. : Quel est votre regard sur votre alliance avec le Rdr et sur le Rhdp ?

Y.L. : L’alliance Rhdp est une bonne alliance. Seulement c’est le fonctionnement qui pose problème. Si vous entendez des grognes de la part des militants du Pdci, c’est parce que l’alliance n’a pas bien fonctionné. Tous les textes que l’on produit peuvent être bons, mais s’ils sont mal mis en œuvre, ça peut poser problème.

N.V. : Aujourd’hui, il y a deux camps, celui de ceux qui pensent que le Rhdp doit avoir une candidature unique aux élections présidentielles de 2015 et celui de ceux qui estiment que chaque parti de l’alliance doit présenter un candidat au premier tour de l’élection. Dans quel camp êtes-vous ?

Y.L. : La deuxième alternative que vous évoquez-là, c’est elle qui est écrite dans les textes de l’alliance. Les textes disent qu’au premier tour, chaque parti présente un candidat et le mal placé soutient celui qui est le mieux placé au deuxième tour. Quand vous parlez de candidature unique dès le premier tour, cela a des conséquences très graves. En tout cas, pour le Pdci, qui est un vieux parti, cela a des conséquences très graves.

N.V : Qu’est-ce qui justifie votre crainte pour cette situation d’absence de candidat Pdci à la prochaine présidentielle ?

YL : C’est le cas de l’Adema, ancien parti au pouvoir, au Mali. L’Adema a été créé par le président Alpha Oumar Konaré. Et l’Adema l’a soutenu et il a été élu une première fois avec plus de 60%. Puis une deuxième fois à peu près avec le même score. Donc voilà un parti qui était en passe de rayonner sur le Mali. Et comme un parti politique est une association privée, le fondateur peut en faire ce qu’il veut. Alors, quand arrive la troisième fois, Konaré ne pouvant plus être candidat, il demande à ses militants d’accepter que l’Adema n’ait pas de candidat. Puis, il demande de soutenir la candidature du président Amadou Toumani Touré (ATT) qui n’était pas militant de l’Adema et il ne l’a jamais été jusqu’à la date d’aujourd’hui.

C’est un militaire. Alors, par respect pour le chef, tous les militants ont accepté de soutenir ATT. Et donc pendant deux mandatures, on n’a pas entendu parler de l’Adema aux élections présidentielles au Mali. Et voilà qu’après une période un peu trouble, et à la suite d’une transition, on organise l’élection présidentielle. L’Adema présente un candidat et voilà qu’il n’obtient même pas 10%. Parce que les militants ont perdu l’habitude de voter Adema. Même l’actuel président élu était lui-même Adema avant de créer son propre parti. Alors, demander au Pdci de ne pas avoir de candidat et de rejoindre un groupe de partis qui va être un fourre-tout, c’est la mort du Pdci, le parti d’Houphouët. Le Pdci originel que je suis ne peut pas accepter cela !

N.V. : Même si c’est le président Bédié qui le demande ?

Y.L. : Mais le président Bédié ne l’a pas encore demandé.

N.V. : Il dit qu’on ne change pas une équipe qui gagne.
Y.L. : Mais, ça c’est son appréciation. En tant que citoyen, il a son opinion. Mais comme lui, chacun a son opinion. Et je dis qu’on peut faire tout sauf nous demander de conduire le Pdci-Rda à l’abattoir.

N.V. : On dit que ceux qui ne soutiennent pas la candidature de Bédié à la tête du Pdci forment un front anti-Ouattara…

Y.L. : Je l’ai déjà dit, je ne veux pas rentrer dans les dérives sur des personnes dans ce débat. Ce n’est pas un problème de personne. J’insiste là-dessus. Ceux qui disent des choses pareilles, je m’en excuse, mais ils n’ont rien compris. Qu’est-ce que Monsieur Ouattara a à voir avec des palabres internes au Pdci-Rda ? Le président Ouattara n’a rien à voir dans ce débat interne au Pdci. Nous nous sommes tous battus pour qu’Alassane Ouattara gagne. Et moi, je donne toujours mes résultats dans mon petit coin de Diabo : au premier tour, Monsieur Bédié a eu plus de 6000 voix. Monsieur Ouattara en a eu 183.

Monsieur Gbagbo a eu plus de 300 voix. A la suite de l’appel lancé par Bédié à notre endroit, nous les militants, nous qui encadrons les militants à la base, nous nous sommes tous mobilisés pour faire la campagne de Monsieur Ouattara. Et chez moi, Monsieur Ouattara est passé de 183 voix à 5000 voix. Donc on ne peut pas dire que nous n’avons pas fait ce que nous avions à faire. Mais mes amis et moi disons que nous ne pouvons pas imaginer que le Pdci ne participe pas aux élections présidentielles de 2015 avec un candidat en son nom propre, un candidat militant du Pdci-Rda.

N.V. : Pensez-vous que ceux qui soutiennent une candidature unique n’ont pas d’intérêt ?

Y.L. : Ils ont sûrement des intérêts. Mais moi, je ne les partage pas et c’est mon droit.

N.V. : Ne pensez-vous pas que vous transgressez les intérêts du président Bédié qu’on soupçonne de penser que si Ouattara demeure au pouvoir, ses intérêts demeureront aussi ?

Y.L. : Je ne sais pas si vous avez écouté le petit sketch de Gbi de Fer. Il dit : «Président Bédié, si vous avez un problème, appelez vos frères et dites-leur quel est votre problème et ensemble avec eux et vous, vous allez trouver une solution ». Pour l’instant, je ne sais pas si c’est le président Bédié lui-même qui veut que le Pdci disparaisse. Jusqu’à preuve du contraire, je refuse de penser que ce soit une idée de Bédié. Parce que si c’est une idée de Bédié, ce serait très grave. Alors je ne sais pas si M. Bédié a des intérêts ou s’il n’en a pas.

En tout cas, il n’a rien dit. Nous, nous lui disons ce que nous voulons. A savoir que le Pdci n’a pas le droit de connaitre une telle dérive. Parce que nous ne voulons pas que notre parti disparaisse dans le paysage politique de la Côte d’Ivoire comme l’Adema est en train de disparaitre au Mali. Même les 9% que l’Adema a eus au premier tour, les militants ont voulu les remettre au candidat Cissé, mais le candidat de l’Adema lui-même qui les a obtenus a dit qu’il soutient IBK. Vous convenez avec moi que l’Adema est en dislocation très avancée !

N.V. : Quel est votre regard sur les pré-congrès éclatés du Pdci qui viennent de prendre fin dans tout le pays ?

Y.L. : Les pré-congrès, tout comme le conclave, ne sont pas des instances de notre parti. Vous avez vu ce qui s’est passé au conclave ?

N.V. : Non ! Que s’y est-il passé ?

Y.L. : Un secrétaire de section a levé le doigt pour demander la parole, on ne lui a même pas demandé ce qu’il voulait dire. On s’est jeté sur lui, on l’a frappé, on l’a ligoté et on l’a enfermé en prison au commissariat. Il a été consigné là-bas jusqu’à la fin du conclave. (Il montre des signes de colère).

Ça, ce n’est pas un comportement Pdci ! Je le dis et je le répète, ce n’est pas un comportement Pdci ! Le président Houphouët ne peut être assis là et de telles situations vont se produire et ne rien dire. Le conclave était complètement verrouillé. Nous avons reçu beaucoup de plaintes. On aurait demandé, je dis bien on aurait demandé aux délégués de ne faire venir au conclave que ceux qui sont prêts à voter pour le président Bédié. J’ai des lettres ici de secrétaires de sections qui disent avoir été refoulés alors qu’ils sont secrétaires de section depuis 2004 pour certains, et depuis 2010 pour d’autres. Je ne citerai pas de noms pour ne pas créer de polémiques.

NV : Celui qui a été rudoyé est-il vraiment Secrétaire de section ?

YL : Celui qui a été frappé est secrétaire de section depuis 2011 en remplacement du titulaire qui a démissionné et qui est allé au Rdr. Un de nos frères est allé à la tribune pour dire «Je suis allé vérifier, il n’est pas Secrétaire de section». Je dis à ce frère qu’il est bien secrétaire, je suis désolé. Moi-même, pour en avoir le cœur net, je suis allé sur le terrain pour le vérifier, il est bel et bien secrétaire de section. Cette façon de faire ne conduit pas à un rapprochement, disons-le net, à un rassemblement autour du chef.

NV : Et on a enclenché avec les pré-congrès…

YL : Alors, les pré-congrès, là bas, c’est pire. Moi-même, j’ai vécu la situation chez moi à Bouaké. On a laissé faire. Nous ne voulions pas mettre certains frères responsables en difficulté. Mais vous-mêmes vous avez vu ce qui s’est passé. Tel groupe de secrétaires se lève et fait sa déclaration, tel autre groupe se retrouve pour faire la sienne également, etc. C’est une cacophonie assourdissante. Où est la cohésion ?

Je demande à mon grand frère, le président Bédié, de ne pas prendre pour argent content ce que viennent lui dire les membres du Comité d’organisation qui est en réalité sa direction de campagne. Nous, il ne nous fait plus confiance parce que nous avons tendance à dire certaines vérités, c’est son droit. Mais ceux à qui il fait confiance risquent de le conduire dans une situation qui ne me fera pas plaisir. Je ne veux pas qu’ils conduisent notre patron dans l’abîme. Parce que même s’il sort de ce congrès gagnant dans ces conditions, il sera dans l’abîme.

NV : La situation est déjà compliquée puisqu’il y a en face de Bédié des candidats déclarés…

YL : Bon, pour ce qui concerne les autres candidats qui se sont déclarés, je pense que ce sont des militants purs et durs du Pdci qui ont le droit de vouloir diriger notre parti. Les gens ne comprennent pas qu’ils mènent des actions communes. A leur conférence de presse, quelqu’un a demandé quel est le président de leur alliance. Mais le M-23 qui a eu raison du président Wade au Sénégal, qui était son président ?

Comment il s’appelait ? Il n’y avait pas de président. C’est une alliance de circonstance. Parce que les trois candidats développent les mêmes thèses. A savoir l’application stricte des textes du Pdci-Rda. Les textes disent que pour être candidat, il faut avoir 40 ans minimum et 75 ans maximum. Ensuite les textes disent, à l’article 40, que le Secrétaire général est chargé d’exécuter toutes les décisions des organes centraux. Ce sont le Congrès, la Convention, le Bureau politique, le Président, le Secrétariat général et le Grand Conseil. Alors n’est-ce pas celui qui exécute les décisions du Bureau politique qui est l’organisateur du congrès ? Il faut qu’on cesse d’abrutir nos militants.

NV. : Au fait, quels sont les vrais rapports entre le Secrétaire général et le président du Pdci, selon vos textes ?

YL : Vous faites bien de poser la question. Car, j’ai entendu un frère sur une chaîne étrangère dire que dans notre parti, il n’y a pas un texte spécifique sur le Secrétariat général. Et que le secrétariat général serait une équipe que le président met en place pour l’aider lui-même. Il est dans l’erreur. Dans les statuts, il y a des attributions bien précises dévolues au Secrétaire général.

C’est pareil dans le règlement intérieur. C’est parce que nous ne voulons pas aller trop loin dans ce qui se fait que nous zappons certaines choses. Nous sommes à un mois du Congrès et le Secrétaire général peut, dans une plainte, bloquer l’organisation de ce congrès. En effet, l’article 41 du règlement dispose que c’est le Secrétaire général qui reçoit toutes les listes de tous les délégués des sections et des délégations générales qui sont à l’extérieur de la Côte d’ Ivoire. Nous sommes à 30 jours du congrès et il n’a pas reçu un seul nom. Pas un seul document. Alors comment vous voulez que les choses puissent se faire dans l’harmonie ? Ce n’est pas bon. Je le répète, ce n’est pas bon !

NV : M. Djédjé Mady est écarté parce qu’il est candidat…

YL : Oui, on dit que le Secrétaire général est candidat, donc il ne serait plus Secrétaire général. Mais le Président du parti est lui aussi candidat, est-ce à dire qu’il ne serait plus Président de ce parti ? Nous, nous considérons que le président Bédié, jusqu’au soir du 5 octobre, jour du vote du nouveau président, demeure président du Pdci-Rda. Si c’est lui qui est réélu, il demeure président. Mais si ce n’est pas lui qui est réélu, jusqu’au soir du 5 octobre, il reste président. Comment peut-on dire que parce qu’un militant s’est porté candidat, il n’exerce plus les fonctions qui sont les siennes ? C’est une incongruité ! Et c’est parce qu’il y a des choses qui se passent comme ça et qui sont inacceptables que je me suis un peu éloigné.

NV : Concrètement, quel remède proposez-vous contre ces dérapages ?

YL : Voyez-vous, le père-fondateur du Pdci, notre père à tous, a dit, peut-être que certains l’ont oublié, mais je le rappelle : «La manière dont j’ai dirigé le Pdci depuis sa création jusqu’à maintenant, personne ne pourra le faire ainsi après moi. Non pas parce que je suis le plus fort ou le plus intelligent, mais parce que les mentalités ont changé aujourd’hui. Il y a beaucoup d’intellectuels et il y a des choses qu’on ne peut pas faire comme par le passé. C’est pourquoi, je vous propose qu’après moi, ça soit une équipe pour diriger le Pdci et non une seule personne». Le président Houphouët nous a prévenus. Et c’est ce qui se passe et on doit l’admettre ainsi.
De ce fait, je trouve normales les candidatures des trois autres frères.

Je voudrais donc dire à nos militants de savoir raison garder face à ces foisonnements normaux. Le Pdci, c’est notre héritage à tous. Bien sûr, comme a coutume de dire notre ancien président, le président Gbagbo, «la présidence, ce n’est pas un banc mais un fauteuil». De ce fait, pour un groupe d’hommes bien organisé, on ne peut pas vouloir que tous les militants soient présidents. C’est pour cela qu’on choisit un d’entre nous et nous le respectons. Et nous l’avons fait jusqu’à ce que nous constations, aujourd’hui, qu’il nous conduit là où nous n’avons pas envie d’aller. C’est-à-dire dans la situation de l’Adema au Mali. Telle est le problème qu’il faut résoudre au Pdci, notre parti à tous.




Interview réalisée par Boga Sivori et Armand Bohui
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Vendredi 13 Septembre 2013
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